Acoustic Verses

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16/20
Nom du groupe Green Carnation
Nom de l'album Acoustic Verses
Type Album
Date de parution 24 Janvier 2006
Style MusicalMetal Progressif
Membres possèdant cet album37

Tracklist

DISC 1
1.
 Sweet Leaf
 04:38
2.
 The Burden Is Mine... Alone
 03:15
3.
 Maybe?
 05:02
4.
 Alone
 03:43
5.
 9-29-045
 15:29
6.
 Childs Play (Pt.III)
 03:32
7.
 High Tide Waves
 07:49

Durée totale : 43:28



DISC 2 - The Acoustic Verses - Remastered - Re-Issue and Remastered in 2021 by Season Of Mist,
1.
 Sweat Leaf
 04:38
2.
 The Burden Is Mine... Alone
 03:15
3.
 Maybe
 05:03
4.
 Child's Play, Part 3
 03:31
5.
 Alone
 03:44
6.
 9-29-045
 15:29
9.
 High Tide Waves
 07:49

Bonus
7.
 Six Ribbons
 03:11
8.
 Transparent Me
 05:02
10.
 Child's Play, Part 3 (Live)
 03:59

Durée totale : 55:41


Chronique @ Hibernatus

04 Décembre 2021

Le groupe inflige à son art une impitoyable ascèse

Étonnante formation que Green Carnation. Après une démo de 1990, elle ne survit pas au départ de son fondateur, le guitariste Tchort, allant assouvir son goût de l'extrême vers d'autres horizons (Emperor, Carpathian Forest, Satyricon, Blood Red Throne...). Après une première (nightside) éclipse, le groupe est reformé à la fin du siècle dernier et enchaîne une série de 5 albums qui réussissent un double exploit : conserver indemne une personnalité affirmée à travers des sorties très différentes et succéder sans dommage au chef d’œuvre absolu qu'est « Light of Day, Day of Darkness ».

Ceci expliquant cela, d'ailleurs. Après « Light of Day... », chaque opus témoigne d'une ardente quête de renouvellement : le Heavy progressif de « Blessing in Disguise », le Hard-Stoner-Pop de « The Quiet Offspring (qui laissa sur le carreau pas mal de fans). Et pour finir, début 2006, une sortie radicalement acoustique. Pourquoi radical ? Parce que contrairement au « Damnation » d'Opeth, en dehors du matériel d'enregistrement, presque rien n'est électrifié ; hormis un peu de basse, des claviers et des samples minimalistes, tout n'est que cordes pincées, frottées ou frappées et percussions soigneusement dosées dans « Acoustic Verses ».

Le groupe inflige à son art une impitoyable ascèse. Toute graisse superflue est résolument fondue, le jeu des musiciens, d'une austère et frugale délicatesse, renonce à toute afféterie démonstrative. C'est jusqu'à la composition qui est simplifiée : la plupart des titres sont courts et directs, seules les 15'30 du morceau ternaire 9-29-045 justifiant quelque peu le qualificatif de « progressif » (avec peut-être High Tide Waves). De ce farouche travail d'épuration ressort, émaciée, voire squelettique, mais d'une force inaltérée, la puissance mélancolique de Green Carnation. Une mélancolie ni univoque ni accablante, cependant : le jeu, les rythmes sont évolutifs et changeants, et la voix magistrale de Kjetil Nordhus (entre autres, car tout le monde chante peu ou prou) nous fait passer par bien des paysages émotifs : la tristesse, la révolte, l'abdication, le désespoir, mais aussi de la sérénité, et pourquoi pas, une pointe de gaîté.

Pour sûr, on ne trouvera pas une once de cette dernière dans le morceau de bravoure 9-29-045. La tristesse domine la première partie du titre, My Greater Cause, emmenée par un Nordhus tour à tour languissant et décidé, soutenue par de secs accords de guitare adoucis par l'arrière-plan de violon, troublée par des touches humides de mellotron. La voix devient plus solennelle sur le second acte (Home Coming), d'abord secoué par la batterie puis passant majoritairement instrumental, claviers psychédéliques alternant avec des voix samplées oppressantes. Enfin, House of Cards, ponctué de percussions, nous abandonne sur une acceptation fataliste du destin.

On n'est pas non plus à la fête sur The Burden Is Mine... Alone, titre particulièrement épuré à la composition basique, assis presque exclusivement sur la voix et la guitare : un dépouillement qui lui confère une singulière puissance émotive. High Tide Waves alterne passages tout de douceur avec voix susurrante, des renforcements plein de peps soutenus par des chœurs et de la batterie et une partie instrumentale à qui succède un Nordhus incantatoire et limite agressif, pour s'achever sur trois accords égrainés : on hésite entre le malsain et le tragique.

On trouve ailleurs des sentiments plus positifs – enfin, moins négatifs. Le début de Maybe ? reste plaintif et mélancolique, mais le tempo se réveille à mi-titre et vire sur un instrumental doux-amer qui culmine dans un final onirique. Sweat Leaf est apaisé, s'achevant même sur une tonalité sereine.
Child's play part III (les part I et II sont des titres de « The Quiet Offspring », joyeux pour le premier, morne et introspectif pour le second) est de la même eau : dans ce court instrumental, le piano élégiaque évoque moins la mélancolie qu'une souriante nostalgie. Quant à Alone, il est presque enjoué, emporté qu'il est par un violon très folk et dont les paroles dérivées d'un poème de Poe sont chantées d'une voix de maître par un Kjetil Nordhus impérial et optimiste.

Cet excellent album à la composition très collective a longtemps servi d'épitaphe à Green Carnation. Le groupe s'est senti rincé ; ne voyant guère comment poursuivre ses innovations en cascade, il préféra se dissoudre, même si « Acoustic Verses » reçut plus d'écho favorable que son immédiat grand frère « The Quiet Offspring ». Mais « n'est point mort qui à jamais dort » : Les Norvégiens se reforment en 2014, font plusieurs gratifiantes apparitions scéniques et sortent un intéressant full length en 2020. L'année suivante, il décident de remastériser « The Acoustic Verses » (cette fois pourvu d'un article). Qu'apporte donc la nouvelle version ?

Peu de chose, à mon sens. Le son est meilleur, mais la production de 2006 était tout sauf indigente. L'ordre des pistes est modifié : Child's play part III, qui succédait à 9-29-045, remonte entre Maybe ? et Alone, et se voit remplacé par deux nouveaux titres intégrés dans la tracklist. Moi, ça m'énerve, comme tous les vieux, j'aime pas qu'on bouleverse mes habitudes d'écoute. Cela dit, mes humeurs importent peu, que valent donc ces intrus, pas si neufs que ça puisqu'on les retrouve dans le single de 2005 « The Burden Is Mine... Alone ». Au moins, l'inclusion est cohérente historiquement.

Transparent Me : j'avoue mon peu d'appétence pour ce mièvre duo masculin-féminin qui, malgré une bonne partie de guitare aux trois quarts me semble trop anodin pour ne pas jurer avec le reste. Je suis plus convaincu par Six Ribbons, aux aimables relents de baroque anglais. On ne remontera pourtant pas à Purcell pour en trouver l'origine, seulement à 1978 : il s'agit d'une cover du hit du musicien australien Jon English. Cette jolie chanson à la trouble allégresse, aimablement dansante et rehaussée de contrepoints féminins, succède honorablement à Child's play part III déporté en haut de tracklist pour aérer l'ambiance plombée par 9-29-045. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'elle est à la hauteur du matériau antérieur, mais elle fait illusion. Quant au dernier bonus, placé en fin d'album, c'est une version « live » de Child's play part III ; pourquoi des guillemets ? Parce qu'il faut attendre la toute fin et ses applaudissements pour réaliser qu'on est en concert. Carrément inutile.

J'en resterai pour ma part à ma bonne vieille version 2006. Mais la nouvelle sortie pourra satisfaire les fanatiques du vinyle : pour la première fois, « The Acoustic Verses » fera l'objet d'un pressage en microsillons. Et dans tous les cas, remettre à l'honneur un tel opus n'est jamais inutile. Sans être un chef d’œuvre, il n'en reste pas moins un grand album dont la découverte ou la re-découverte sera tout sauf du temps perdu.

1 Commentaire

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TasteofEternity - 07 Décembre 2021:

Ha Green Carnation, un nom qui nous fait remonter à l'époque bénite du Circle. C'est aussi un nom qui résonne pour certains comme un supplice interminable, insensible qu'ils sont au charme des beautés ténébreuses... Merci mon JL d'en remettre une louche.

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