Nommer son douzième album studio par le nom de son groupe constitue sans doute une action significative dans la carrière d'une formation. Signe d'un album synthèse ou d'un tournant marquant,
Accuser - l'album - est ici fièrement mis en avant par son leader Frank Thoms qui sort ici sans nul doute son meilleur effort depuis au moins
Diabolic (2013). Parti d'une base speed/thrash dans les 80's, ayant flirté avec la vague techno-thrash (Who Dominates Who,
Double Talk), puis avec la mouvance groovy moderne des 90's de
Repent à
Taken by the Throat,
Accuser est en quelque sorte devenu une sorte de
Testament à l'allemande, organe vocal remarquable en moins au cours des dernières années.
Avec son album éponyme, à paraître en cette bien triste fin d'année 2020,
Accuser met toutes les chances de son côté des les premières secondes de "Misled Obedience", prenant littéralement à la gorge l'auditeur, au riffing réellement atomique, annonçant la couleur d'un disque puissant et sans concession. Un premier titre aux jolis soli qui sent bon et invitera facilement le fan de thrash pas passéiste à prolonger l'écoute.
Pas passéiste car tout simplement
Accuser a conservé ses contours modernes hérités des 90's, mais en les mélangeant habilement au thrash version 2020 tel que le pratique encore aujourd'hui
Testament, à base de rythmiques puissantes enrobées de soli mélodiques et parfois aériens. La voix de Thoms éructe comme depuis quelques albums sa voix grave, sans pousser dans ses retranchements mais avec conviction (le solide "
Temple Of All" et ses ambiances que n'aurait pas renié un
Nile). A la fois implacable et habile, et sans trop ressembler à un
Testament du pauvre (même si "Contamination" possède de nombreux résidus made in Oakland), ce qui pouvait lui être reproché parfois depuis sa reformation,
Accuser propose un album dense et intéressant de bout en bout, doté de refrains sympas ("Psychocision") et d'un riffing hyper solide (écoutez l'intro encore une fois atomique du superbe "The
Eliminator" pour vous en convaincre, digne d'un excellent
Overkill, et un des titres forts de l'album).
Les plus anciens fans noteront des clins d'œil à la période techno-thrash allemande sur le riff qui introduit "Lux In
Tenebris", ce morceau symbolisant à lui seul la synthèse voulue du groupe avec son riffing syncopé, sans que l'une ou l'autre de ses penchants ne domine l'autre. Egalement, la place de "Be None The Wiser", au parfum très
Metallica période Black Album et donc complètement à part dans l'album, placé en milieu de disque (ou en fin de première face pour les adeptes de vinyles), casse le rythme véloce et l'unité de l'album (certains pourront lui trouver une utilité d'aération bienvenue, au contraire), bien vite repris avec "Rethink", titre rapide au chouette solo et faisant office de défouloir, comme il est de bon ton en première position de seconde face vinylique. Nonobstant cette expérimentation (erreur ?), le reste du cru 2020 ne souffre d'aucune faute de goût, et propose des passages parfois subtils (la partie instrumentale de "
Seven Lives") conférant une épaisseur délectable à un album costaud, intéressant et bien supérieur à certaines sorties récentes du côté de certains vétérans Allemands (
Assassin, par exemple).
Gros disque pour Frank Thoms et son bébé, qu'on n'attendait pas autant en forme. "A
Cycle Ends", le dernier titre, comme il est signifié fort à propos, finit un disque majeur pour le propos du groupe, sorte d'aboutissement de ce que
Accuser est capable de faire de mieux depuis sa réapparition discographique en 2009. Sans contestation possible un excellent album de thrash, ni trop moderne, ni passéiste, qui agitera avec conviction le petit monde du thrash cette fin d'année.
Ah Ouais là moi aussi vous touchez à une corde sensible j'adore trop ces albums cités aussi surtout le Exumer pour ma part. Mais c'est vrai que leur nouvel album d'Accuser ça sent les années 80 à plein nez ! C'est bon ça !
J'ai découvert le groupe avec retard il y a 15 ans de ça avec "Who Dominates Who?", très bon mais avec une prod limite, même pour les 80's. J'ai ensuite essayé à sa sortie "Agitation" qui m'a déçu car trop influencé par les 90's, j'ai persisté néanmoins en tombant sur le cru 2018 "The Mastery" à bas prix et j'ai été agréablement surpris car on revenait à du thrash plus traditionnel. Ok, l'influence 90's n'a pas totalement disparu mais elle est moins pénible que sur "Agitation", tout est donc relatif. Grâce à cette bonne chronique, je crois que je vais me laisser tenter par cet album éponyme.
le premier titre ressemble gravement à "the ballad of leonard and charles" d'exodus (excellent titre)
Je viens d'approfondir l'écoute de cet album aujourd'hui. Je ne regrette pas l'achat effectué grâce à cette chronique, c'est du solide, mais tout n'est pas parfait et il ne me fait pas une impression plus forte que "The Mastery" de 2018.. Par exemple, "Be None the Wiser" est pénible et poussif, et oui, bien vu, il rappelle malheureusement pour moi le Black Album que je déteste. J'ai ressenti aussi l'influence Slayer dans les parties les plus rapides, why not car c'est une référence sympathique à mes oreilles, mais je trouve par exemple leurs compatriotes d' Exumer meilleurs dans ce créneau. Ceci étant dit, c'est un album effectivement plaisant qui passe plutôt bien si on ne s'attend pas à une oeuvre majeure.
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