
Si pour beaucoup Annecy et ses environs n’évoquent qu’un lac magifique et de folles soirées fondues sauvagement arrosées, avec Osirion tout ça risque de changer. Ce groupe de black-metal nous sort très bientôt un premier album qui risque d’assurer furieusement vu les 2 démos corrosives qui l’auront précédées dans le circuit underground. Le paysage idyllique jusqu’alors idéalisé laissera assurément place à des visions autrement plus morbides, maléfiques et meurtrières. Un black-metal infernal avec tout un tas de réminiscences thrash en est la cause, un black bestial qui fera le régal des amateurs de musique occulte et sans fioritures. Car Osirion forgent leurs armes dans le plus inoxydable des aciers, ce groupe incarne le black-metal dans tout ce qu’il a de plus radical et fascinant : l’art misanthropique par excellence. Voici une interview réalisée en février 2005 avec les 2 démons Turannos (six cordes) et Valharik (six cordes et vociférations).
>Pourrait-on commencer cet entretien par un historique d’
Osirion ? Quand/où/comment vous êtes-vous rencontré ?
T: L’entité qu’allait devenir Osirion sommeillait en moi
depuis de longues années déjà, mais seule mon installation
définitive dans les Alpes l’a vu naître en tous points conforme
à mes espoirs ; rapidement, quelques zicos m’ont suivi, convaincu
que nous pourrions réveiller la scène underground locale. Beaucoup
de jalousie nous ont fait de la pub (merci les bâtards !)… Cela
n’a plus d’importance aujourd’hui, car nous jouons et sommes
écoutés surtout à l’extérieur. L’ancien
chanteur a dû gicler il y a déjà 2 ans.
V: J’ai rencontré Turanos par une connaissance commune lorsqu’il
cherchait un guitariste-chanteur pour son groupe. C’était au début
de l’année bâtarde 2003. J’avais auparavant rôdé
dans des formations peu concluantes et Osirion m’a permis de faire une
entrée décisive dans la scène black-metal.
T: Maldoror (basse), Barbituric (batterie) complètent l’Osirion
à nos cotés.
>Sur vos 2 démos, votre style est clairement du black-metal
pur et sans compromis. Quelles seraient vos influences ? Qu’est-ce que
le "sapaudiae true black-metal" ?
V: Mes influences pour Osirion sont toutes les œuvres musicales et littéraires
pouvant me libérer du conformisme “molâchons” que répandent
sans relâches les ondes de la médiocrité.
T: De bonnes et solides influences telles que Slayer, Sodom, Kreator, Rotting
Christ, Bathory (rip), Darkthrone, Ancient, Sacramentum, Beherit, Dark Funeral,
Impaled Nazarene, Enthroned, Tsjuder, Marduk, Deicide… De tout cela, nous
retirons un mix de black-metal cru très old school – comprendre
un peu "thrash". J’écoute aussi plein de bons trucs en
death, heavy et thrash qui n’entrent pas directement dans nos influences.
Le "sapaudiae true black-metal" était notre slogan d’origine
en 2001 pour sortir un peu de la masse des démos black-metal hexagonales
: cela a bien marché, car cette étiquette un peu pompeuse a intrigué
voire agacé pas mal d’auditeurs (dont toi ! hé hé)
; "sapaudiae" signifie simplement : "d’origine savoyarde"
en latin.
>Le nom Osirion semble avoir pour origine l’histoire grecque.
Tu peux nous éclairer ?
T: Bien vu, oui ! Le passionné d’histoire (surtout les civilisations
antiques sémitiques et indo-européennes, mais pas seulement) dans
le groupe, c’est moi ! Comme je gère le visuel et écrit
la plupart des textes, la facette historique imprègne fortement Osirion
: nous nous plaçons du point de vue de descripteurs d’un sens de
l’histoire différent ; de nombreux modèles et de nombreuses
lois sont nées au cours de l’antiquité et guident encore
inconsciemment les plus braves d’entre nous. Certes, l’Histoire
à le sens qu’on lui donne, mais selon nous, elle ne tend pas vers
le progrès et la paradis (marxiste ou judéo-chrétien) ;
elle n’est qu’un éternel recommencement : l’échelle
cyclique est la seule véritable, elle se vérifie dans la vie quotidienne.
Clamer qu’elle atteint un but n’est qu’une chimère
créée pour régenter les masses : à l’apogée
de toute chose succède la décadence ; cette seconde phase approche,
puis une renaissance surviendra… l’Osirion, lui, est justement un
lieu de culte polythéiste et syncrétique dédié à
la renaissance végétale ou humaine après la mort, essentiellement
en Egypte – le mot est grec car cette glorieuse contrée sablonneuse
fut envahie par Alexandre le Grand…
>La différence de production entre vos 2 démos est
énorme. Pour l’album, vous avez enregistré ça où
? Satisfait du son final ?
T: Ouais, on ressent bien le passage de l’analogique au numérique
; chacune de nos productions possède une ambiance particulière,
partiellement dûe au son : la première, "An Opus for Lucifer"
(2002), enregistrée de façon chaotique par l’ancien chant
eur,
est crade et "chargée". La seconde, "Evil made History"
(2003) est une charge impétueuse et brutale ; l’album, lui, à
un son très black old-school, mais assez peaufiné et puissant,
un peu dans le style de Nehemah, pour te donner une idée. C’est
toujours notre ami Arnaud qui
donne forme à notre son numérique. Hailz à lui et à
son courage ! Nous enregistrer n’est pas de tout repos !V: On a enregistré l’album dans un environnement alpin plaisant vu la saison (juillet 2004). Le son me satisfait, il est à la fois brut et tout à fais audible avec des lignes de basses bien présentes qui donnent une profondeur dans les compos.
>Peut-on parler d’évolution musicale en ce qui concerne
cet album intitulé "Har Sabbat" ? Dans quel domaine pensez-vous
avoir progressé ?
T: Non ! Pas d’évolution, encore moins de révolution, d’ailleurs
; plutôt une confirmation de ce que faisons depuis nos débuts,
et une synthèse de nos deux démos : du black basique, violent
et parfois thrashy ; vu le nombre élevé de morceaux (11 titres),
"Har Sabbat" offre peut-être plus de variété que
les démos, trop courtes ; là, on s’est bien lâché,
en mettant toutes les ambiances que nous voulions faire passer, des rythmiques
abrasives type char d’assaut aux passages psychotiques et oppressants
; mais l’ensemble reste très homogène… D’ailleurs,
clin d’œil à nos débuts, le titre "Sign of Evil"
est servi en ghost-track pour la première édition du cd.
V: Etant donné que je suis derrière 30% des nouvelles compos on
pourra certainement se rendre compte d’une influence nouvelle dans certains
passages. Mais mis à part la controversée “Tourmente Hystérique”
qui peut être s’éloigne un peu du reste musicalement, l’album
forme un tout assez homogène c’est à dire que les différentes
chansons s’enchaînent avec harmonie. A l’écoute des
précédentes démos il me semble que le groupe a, dans son
ensemble, progressé avec une meilleur maîtrise instrumentale par
exemple.
>Concernant la diffusion de "Har Sabbat", c’est
Duke qui vous a signé. Tu peux nous présenter ce label underground
spécialisé dans les démos black-metal et la vpc. Pourquoi
lui ?
T: Parce qu’il a voulu de nous tout de suite, et aime sincèrement
ce que nous faisons. Et surtout, son esprit underground colle parfaitement à
ce que nous sommes. Kurgan et Luna, ses boss, sont deux êtres totalement
décalés, jouisseurs et passionnés. Ils incarnent tout simplement
l’underground !
>Les textes de votre 2nde démo "Evil Made History"
traitaient des assassins célèbres de l’histoire tels Jack
l’éventreur ou Tamerland (seigneur de guerre tartare du XIVème
siècle). Sur l’album, de quoi y parlez-vous ?
T: Trois thèmes traversent cet album : la fureur des combats, puis la
dévotion satanique, et enfin la décadence : pour cela, nos sources
d’inspirations sont vastes : Dune, la guerre 14-18, la sorcellerie médiévale,
l’empereur Napoléon, l’écrivain Lautréamont,
et essentiellement les ridicules mythes bibliques. Il s’agit de cas de
mort/renaissance, du point de vue physique ou mental ; par exemple, "Le
Vol de l’Aigle" parle de l’épopée napoléonienne,
qui finit bien, puisque sa légende lui survit puissamment… Autre
exemple, nous présentons des visions de Jésus peu communes dans
"Ave Iesus" et "Tourmente Hystérique", en montrant
ses défauts et l’absurdité de son message, puisque sa vie
s’achève de manière minable.
V: Cette album n’a comme seul concept le black-metal donc tout ce qui
s’en rapproche : combat, honneur, destruction, satanisme, magie noire…
“Tourmente Hystérique” décrit une vision où
le christ aurait choisi un autre chemin que celui imposé par le père.
Un chemin incertain et dégradant pour l’homme qui n’a comme
seule issue que celle de son imagination. “Dementia” rend hommage
à un grand visionnaire de ce siècle. Il fait l’éloge
des combats, victoires et sacrifices que doit accomplir un homme conscient d’un
avenir dont chacun des ses actes définira le devenir du genre humain.
>Le fait de vous exprimer en français revêt-il une
signification particulière ? Est-ce important pour vous que vos fans
saisissent entièrement votre message ?
V: Je pense que la voix propre au black-metal est la chance de transmettre admirablement
des paroles en français, donc tort serait de s’en priver. A l’heure
où la langue française est en voie d’extinction (il suffit
d’écouter la chanson française médiatisée
d’aujourd’hui pour s’en rendre compte), écrire un texte
dans notre langue natale est la moindre des choses que l’on puisse faire
pour la préserver.
T: Oui ! Ras-le-bol de tous ces groupes ressassant toujours le même charabia
angliciste surfait et creux : "satan kills, yeah, world dies, hell rules…",
voire "make love not war" dans les média pour les masses stupides
; on s
ait pertinemment qu’on ne s’exportera pas à des milliers
d’exemplaires chez l’oncle Sam, donc nous n’avons à
foutre de sa langue ; dorénavant, nous préférons partager
cette langue magnifique qu’est le français avec nos auditeurs,
et je pense que les francophones nous approuverons. D’autant que nous
avons bien soigné l’écriture des titres… A chacun
de se plonger dedans pour en retirer quelque chose. Enfin, les textes sont très
bien articulés par Valharik, donc souvent compréhensibles : un
régal !
>Après la reprise de Dark Funeral sur votre 2nde démo,
vous reprenez Impaled Nazarene. Pourquoi ce titre de "Ugra-Karma"
? Que penses-tu de leur discographie récente ?
T: On a repris aussi du Marduk (Materialized in Stone), mais ce titre est seulement
paru dans une compil underground, "A Tribute to Old-School Spirit Part
1" ; je suis absolument fan de toute la discographie de Impaled Nazarene
et de leur nuclear-metal : l’album "Ugra-Karma" est assez ancien,
et porte une aura mystique forte, d’autant que Hare Krishna en a fait
interdire la véritable pochette dans de nombreux pays. Ah ah ! Quelle
bonne pub ! Ce groupe renferme la rage à l’état brut et
ne se prend pas la tête bien qu’il nourrisse l’inspiration
de beaucoup. Et j’adhère à son évolution récente,
plus heavy.
>Pourquoi utiliser la roue solaire dans votre logo ? Ne crains-tu
pas les amalgames ?
V: En France personne ne craint d’aller voir le film “S-21 Khmer
Rouge” avec une étoile communiste dans le dos. Non je ne crains
plus les amalgames…
T: Je me suis déjà expliqué de nombreuses fois, saisis
par des moralistes à deux balles, à propos du choix de la symbolique
du groupe. D’une : ça nous amuse terriblement, je dois l’avouer,
de choquer les bien-pensants. C’est même ça, une des racines
du (black) métal : combattre l’esprit gnan-gnan formaté.
Mais avant tout, les symboles de notre logo sont esthétiques et possèdent
un sens spirituel beaucoup plus profond que des tergiversations NS actuellement
à la mode. Il est intimement lié à notre univers conceptuel,
et dans notre logo, il illustre la renaissance solaire, de Mithra au "sol
invictus" romain, complémentaire au pentacle du bas, symbolisant
lui les forces terrestres infernales, mais complémentaires dans notre
culte de l’Osirion. Nous sortons un t-shirt avec ce logo relooké
par Kurgan, en couleur sur le devant ; mais je te rassure, cette roue solaire
s’est mue en soleil étincelant par le crayon de Kurgan… pour
13 euros : buy !
>Comment se porte la scène black-metal (ou plus largement
métal) dans votre région ?
T: Bah ! La Haute-Savoie est pauvre en métal extrême actifs : notre
camarade de combat Darkwoods Legion s’en sort plutôt bien ; et Ad
Hominem, qui était déjà reconnu dans son style avant d’arriver
dans notre région. Il faut franchir les portes de Chambéry plus
au sud pour connaître de talents dotés d’une bonne organisation
: Nehemah, Himinbjorg, Evohé, Atrophy…
>Jouer live est-il une de vos préoccupations ? Ne penses-tu
pas comme certains que l’esprit black-metal soit dénaturé
dans une salle où la majorité des spectateurs présents
est là pour passer un bon moment ? Avez-vous des projets de concerts
pour les mois à venir ?
V: En effet je suis d’accord avec toi à propos de l’esprit
black-metal. D’ailleurs beaucoup de gens qui en écoutent n’aiment
pas ce genre de concert. Mais Osirion est plutôt un groupe de scène.
J’entends par là que nos compos ont plus de puissance et d’impact
en concert que sur un poste.
T: Des dates sont prévues, mais souvent foireuses, car la scène
black-metal underground n’est pas bien structurée. Nous pensons
jouer dans notre région le 13 mai 05 (Loisins), le 21 juin (Albertville),
mais rien n’est fermement confirmé… Le pied est de jouer
en Suisse, proche, car ils n’ont pas de groupes de black-metal là-bas,
et les gens y ont un bon esprit, ne sont pas radins, même si des slams
sont impensables dans ce petit pays si calme ! Et les gens qui viennent nous
voir ne sont pas là par hasard : ce sont toujours des metal-heads purs
et durs. Mémé ne paie pas 10 euros avec ses fillettes pour voir
nos sales gueules maquillées et cloutées. Je veux dire par là
qu’on a souvent eu un bon accueil, un public qui se déchire sur
nos riffs ! Si tu mets le paquet, les gens le ressentent et te le renvoient
: la rage monte en eux et, du coup, la température dans la fosse aussi.
Arghhh ! D’ailleurs, c’est tellement vrai qu’on va sortir
courant 2005 (printemps?) pour le prix d’une démo (6 euros), juste
pour se faire plaisir, un dvd-r de nos meilleurs titres live. Un pote virtuose
de la vidéo (Freak) se charge du montage.
>L’interview touche à sa fin, je te laisse le dernier
mot.
V: Merci pour ton interview et peut être à bientôt sur le
front !
T: Piétinez vos dieux et auto-couronnez-vous pour être votre propre
déité ! Ce sera déjà un grand pas de franchi pour
l’affranchissement de cette humanité trop grégaire…Head
bang ‘til death !











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