Argile

Philippe Courtois, qui représentait la formation "Argile", en présence de la bassiste Olivia Scemama, a eu la gentillesse de répondre à mes questions durant cette dixième édition du Hellfest. Ce fut l'occasion de parler un peu de ce projet encore bien méconnu, qui semble avoir remporté un certain succès en concert auprès du public rassemblé à Clisson.

interview ArgileBonjour Philippe Courtois ou SAS de l’Argilière, comme tu veux.
SAS : C’est toi qui décide. Mon nom de citoyen ou mon nom d’artiste.

Aujourd’hui, au Hellfest, tu représentes « Argile » et non « Misanthrope ». Tout d’abord c’est une fierté pour moi et pour Spirit Of Metal de faire cette interview de vous, puisque tu es représenté aussi avec ta bassiste.
SAS : Oui, voila ! Olivia !

Tout d’abord, comment vous sentez-vous ?
SAS : Ah mais, je suis heureux.

Olivia : Super bien !

SAS : Le Hellfest est un grand rassemblement. Un rassemblement que l’on espérait depuis des années en France. Moi j’ai connu le metal depuis au moins cent festivals. On a rêvé de ce festival et il existe. Et de voir des artistes comme « Argile », en plus de pouvoir être programmé c’est délirant. Aussi surprenant que délirant.

Du coup, comment s’est passé l’accueil ?
SAS : Très bien ! Très bien ! On est arrivé. On nous a donné des pages, à boire, à manger.

Olivia : J’ai trouvé très sympa ! Très détendu ! C’est super agréable.

SAS : Non, non, mais je connaissais déjà. C’est la troisième fois que j’y joue. J’ai joué deux fois avec « Misanthrope », donc c’est toujours d’une grande qualité. Il n’y a pas de problème. De toute façon, il n’y a rien à dire sur le Hellfest. Tout a été dit. Tout se passe très bien. C’est grand. C’est gigantesque. C’est un peu déboussolant, mais sinon on s’en sort, voilà.

Vous êtes membre également de la mythique formation « Misanthrope », groupe atypique de metal français. Là vous jouez en tant que membre du groupe « Argile », qui plus est, est considéré comme un projet parallèle. Que pouvez-vous nous dire là-dessus ? Car peu connaissent encore ce projet.
SAS : Alors, ce que je peux dire c’est qu’ « Argile »…on a commencé à écrire les premiers riffs de musique en 1997 lors des compositions du disque « Visionnaire » et j’ai commencé les textes du double album qui est « Monumental Monolith » et « The Monotonous Moment of a Monologue » en 1998. Et en fait, on a réalisé que certaines compositions, certains riffs ne cadraient absolument plus avec ce que l’on voulait faire de « Misanthrope ». Après cela a été des chansons beaucoup plus marquées, beaucoup plus catchy sur « Libertine Humiliations » et notre grand succès « Misanthrope Immortel ». Donc, on a voulu en tant que groupe « Misanthrope »…on a évincé pas mal de riffs, de mélodies, de mélancolie, trop typés 90, trop mélancoliques. Et voilà, donc il y avait pas mal de matériel écrit et en 2001 avec Jean-Jacques on a compilé tout ça et on a écrit un double album, qu’on a enregistré en deux fois avec quelques petites années d’écart. Mais c’est un groupe secret. Voilà, on n’en parle pas. Il y a pas de pas facebook, il y a pas de site web, rien. C’est notre petit secret.

On compte donc aujourd’hui deux albums d’Argile, un troisième album est-il en cours d’élaboration ? Y aura t-il une réelle constance autour de ce projet ? Il y a t-il une évolution dans la conception de celui-là ?
SAS : Donc on veut laisser planer le doute pour le moment. On va voir les retombées qu’a « Argile » après un concert au Hellfest. Est-ce que ça va intéresser des gens ? Est-ce que c’est bien ce qu’on a fait ? Nous sommes satisfaits de la création artistique qu’on a réalisé pour le Hellfest hier. Mais encore une fois, c’est vraiment…vu qu’on a tous des groupes…enfin un groupe principal, en tout cas, qui est « Misanthrope », on se concentre sur « Misanthrope ». Ben, « Argile » c’est vraiment quand rien ne va plus, la détresse. Il faut qu’on soit très très malheureux pour écrire un troisième album. (rires) Quand je pense que l’on vit tous agréablement, des instants de bonheu
interview Argiler, on peut même dire ça. Donc, c’est vrai, je suis pas trop dedans, mais ça se fera très certainement. Mais rien n’est figé. Si ça se fait, il y aura une vraie évolution, car les deux premiers albums ont été écrits en même temps, même s’ils ont huit ans d’écart. Il faudra reprendre à zéro.

On croit saisir un ersatz de votre formation principale à travers « Argile ». Il y a semble-t-il autre chose. Quelles sont les autres influences marquantes de ce projet ?
SAS : Ouais ! Il y a vraiment autre chose. Le mot « ersatz » est compliqué à exprimer, parce qu’il est relativement péjoratif, mais on peut pas dire autre chose que ça. Je trouve que c’est vachement difficile comme mot. On compose pas du tout de la même manière. Là, c’est principalement des riffs de moi arrangés par Jean-Jacques Moréac. C’est lui qui fait les cordes, toutes les cordes, même les paternes de batterie. Maintenant, il y a Gaël qui nous a rejoint pour la batterie. On a des guitaristes solistes de session. Ce sont pas les mêmes selon les albums. On a jamais utilisé le même producteur pour les deux disques, donc on essaye d’avoir les qualités de chacune des deux formations. Mais, pour moi, ce n’est pas du tout la même musique. Ça n’a rien à voir. Il y a un groupe c’est en français, l’autre c’est composé que pour de l’anglais, les paroles, les thèmes, les inspirations. Toute façon, je veux qu’ « Argile » ce soit intemporel, figé dans les années 90. C’est un espèce de fantasme sur l’avant-garde doom-death du début des années 90 et sur toutes ces formations que j’ai tant aimé.

On va revenir un petit peu sur le site Hellfest. Vous avez dit à quel point cela a une grande importance pour vous, notamment parce que vous y aviez été plusieurs fois. Certaines dégradations ont été produites sur le site Hellfest. Apparemment, ce serait l’œuvre de mouvances catholiques traditionnalistes. Quelle est votre réaction à ce sujet ?
SAS : Je ne veux pas faire de commentaire.

Quel a été pour vous, en tant qu’artiste, votre meilleur moment de concert cette année, et à l’inverse quel a été votre pire ?
SAS : En tant qu’artiste, le pire moment c’est cette détresse que j’aurais si jamais le groupe faisait un pain énorme ou se plantait…en plein Hellfest. La durée du show est tellement courte et millimétrée, on n’a pas le droit de se tromper. Ça met une pression énorme. Donc, en fait, tout le concert je le passe….enfin, il y a qu’au Hellfest où je suis concentré comme ça. Le reste des concerts dans d’autres endroits, c’est beaucoup plus tolérant. Mais là, on est tellement sur un timing séré. Faut que ça roule quoi. Et ça, ça me met vraiment la pression. Après, le meilleur moment c’est évidemment le public quoi. Toute façon, on ne remerciera jamais assez le public. J’ai été sidéré de voir autant de monde. On pensait jouer devant 200-300 personnes maximum, vu que le groupe personne ne le connait. Et c’était plein. C’était hallucinant. Et toi ? (A Olivia) Comment tu as ressenti ça ? (pas de réaction) Bon ! Très bien ! Joker ! (rires de SAS)

L’année 2015, a-t-elle été riche en événements et en concerts pour vous ?
SAS : Oui ! Oui ! Je vis dans le metal toute la journée, toute l’année. Donc, il y a des concerts tout le temps. Je fais plein plein de choses. La musique est de plus en plus accessible. Il y a de plus en plus de gens qui se disent musiciens, qui essayent. D’ailleurs, au détriment des vrais professionnels. Il y a une vraie dualité entre les formations. Celles qui sont un hobby et celles qui sont professionnalisées, qui ont des exigences de management et monétaires. Oui ! C’est hyper intéressant ! Je pense que le metal n’a jamais été aussi gros en France que ces trois dernières années. On voit des stades de France, on voit des Hellfest sold out en quelques semaines, en quelques mois. Là on parle d’événements
de 80.000, de 120.000 personnes. C’est assez délirant. « Nightwish » refait Bercy. Avant « Nightwish » c’était à L’Elysée-Montmartre, et ce n’était pas sold out quand il y avait Tarja. Donc, ça me fait bien rigoler. En fait, on comprend bien le décalage lié à internet. Je prends l’exemple de « Nightwish » car c’est très sympathique. Tout le monde dit que c’était mieux avec Tarja. A l’époque de Tarja, il y avait personne aux concerts. Enfin, personne par rapport à aujourd’hui. Maintenant, il n’y a plus Tarja, il y a d’autres personnes, et avant c’était l’Elysée-Montmartre d’une capacité de 1500. Donc c’est très drôle. Comme quoi ce que l’on lit…le web est faux.

Que pensez-vous des productions des artistes de metal français, actuellement ?
SAS : La question piège. (rires) C’est très compliqué à répondre comme question parce que je veux vexer personne. Il y a beaucoup trop de groupes. Il y a beaucoup trop de disques moyens qui sortent, non inspirés, et c’est très pénible. Surtout ce qui me gêne c’est ce non-professionnalisme des formations. Ces groupes qui sont prêts à jouer gratos, qui sont prêts même à payer pour jouer, forcément, ils nivèlent par le bas la scène française. On n’arrivera qu’à empirer la situation. Surtout, les groupes qui ont besoin…qui ont des frais, qui ont des professionnels techniciens-son et lumière, stage managers, peuvent plus vendre leur spectacle parce qu’il y a des mecs qui jouent gratuit et qui dumpent le marché même du concert. Ok super ! Donc on peut plus vendre de disque via internet. On peut plus dire que c’est mal. Donc ok ! On nous interdit de vendre nos disques, et surtout on nous donne même plus la possibilité de faire du live, parce que les gens veulent du concert gratuit. Mais comme dirait Gene Simmons de « Kiss », tout ce qui est gratuit est vain.

Il y a-t-il un artiste, un groupe, un album, toutes nationalités confondues qui vous a marqué récemment ?
SAS : J’ai beaucoup de mal avec les sorties récentes. Olivia, tu veux répondre ?

Olivia : Non ! C’est toi…

SAS : Ok ! Depuis « Ghost » et le groupe français « Alcest »…ce sont les deux dernières formations que j’ai découvert ces trois-quatre dernières années qui m’ont fait vibrer. Donc oui, voilà, un groupe français, « Alcest », et le groupe suédois « Ghost ». Je suis absolument fan des deux groupes. Je suis navré et je regrette qu’il y en ait aussi peu. J’achète énormément de disques. Alors, ce n’est pas que les disques sont décevants, j’ai pris tellement de claques avec l’évolution du metal extrême de 1985 à 1995, donc pendant 10 ans, que je trouve que l’on est dans un cycle…ok ! on est dans le retour dans le stoner et dans les années 70, « Orchid » et tout, c’est un circuit fermé. J’adore « Orchid », mais…, j’adore, j’ai acheté les albums, mais je peux pas dire que ça m’a marqué. Ils font le « Black Sabbath » que l’on aurait aimé, mais c’est pas novateur. Et ce ronron…J’aime le metal, ça fait partie de moi, mais ça…Putain ! J’aimerais des surprises.

Merci ! Du coup c’était la dernière question. J’étais ravi de faire cette interview avec vous et ce sera un plaisir de suivre vos prochains concerts avec « Argile » et « Misanthrope ». Pouvez-vous nous dire un mot, un message pour nos lecteurs de Spirit Of Metal ?
SAS : Merci beaucoup pour l’interview. Merci beaucoup de ton intérêt pour « Argile ». On veut rester dans le secret, on peut rester dans la non-existence. On est là par un sublime hasard. Merci au Hellfest ! Merci à toi d’être venu. Et écoutez la musique si vous êtes curieux, si vous aimez l’avant-garde, le death, la mélancolie.

AlonewithL : Peut-être un troisième album.

SAS : Quand le souffle de l’inspiration viendra, pourquoi pas. Mais on est trop heureux en ce moment (rires). Ce n’est pas possible. Merci beaucoup ! Bonne fin de journée !
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Interview done by AlonewithL

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