Patrón

Presque sept ans ont passé depuis "Double Disco Animal Style ", le dernier album de Loading Data , pionnier de la scène stoner française. Son frontman Lo a depuis monté Patrón, groupe à géométrie variable dont le premièr album justement nommé... "Patrón" est sorti le 29 Mai 2020, sur le Label Klonosphère. Lo, chanteur et guitariste de Patrón, nous présente son nouveau bébé :


Jean-Edern Desecrator (Spirit Of Metal) :  Bonjour Lo, commençons par la question inévitable : que signifie ce patronyme Patrón ?
 
Lo (Patrón) :
 Salut Jean-Edern. Patrón c’est patron en espagnol. C’est un clin d’oeil à Alain Johannes qui a produit cet album et que  je surnommais comme ça à l’époque où l’on enregistrait Double Disco animal Style de Loading Data. Par ailleurs, je suis grand amateur de Tequila et de Mezcal. Et enfin c’est aussi le surnom que me prêtent certains musiciens de la scène stoner française. Non pas pas parce que je suis le patron, mais plutôt l’un des darons étant donné que je fais partie de la première vague de cette mouvance en France. Ca sonnait bien, c’était simple et efficace, j’ai opté pour Patrón.
 
 
 
JeD : Tu fais du stoner avec Loading Data depuis plus de 20 ans, qu'est ce qui a motivé la création de Patrón ?
 
Lo :
 La réponse est dans ta question. Ca fait plus de 20 ans que j’ai monté Loading Data. Novembre 99. Il était temps de voir autre chose. Ca faisait plusieurs années que je me disais qu’il faudrait que monte un projet parallèle. Comme Loading était en pause dû aux emplois du temps des uns et des autres, je me suis dit que c’était l’occasion rêvée. Et voilà c’est fait! Mais Loading Data n’a pas dit son dernier mot. On s’entend tous très bien. On n’a pas splitté. Et j’espère qu’on reviendra avec un nouvel album prochainement.
 
 
 
JeD :  Comment le Line up du groupe s’est-il constitué ?
 
Lo :
 Alors ça dépend de quel groupe tu parles. Il y a le line up de l’album et le line up en live. Le seul qui soit dans les deux mis à part moi, c’est Aurélien Barbolosi (Aston Villa, Elliott Murphy, 99LBS), un copain de longue date, qui assure la plupart des guitares de l’album et les guitares en live aussi, avec moi. Comme je n’avais ni batteur, ni bassiste pour enregistrer cet album et que je savais vouloir retourner l’enregistrer avec Alain à Los Angeles, je lui ai proposé qu’on fasse appel à des locaux que je connaissais. A la batterie il y a Barrett Martin (Mad Season, Screaming Trees…) que j’avais rencontré quelques années auparavant lors dun festival dans le désert Californien. Il jouait ce soir là avec les Moiave Lords, groupe de Dave Catching des Eagles of Death Metal. On avait discuté après son concert, sympathisé et échangé nos contacts. C’est un batteur que j’adore depuis que j’ai 15 ans et que j’ai découvert l’album Above de Mad Season. C’était un grand honneur de jouer avec lui. Joey Castillo (Danzig, Queens of the Stone Age, the Bronx…) assure  la batterie sur d’autres titres. C’est celui que je connaissais le moins bien. Je le croisais régulièrement avec Alain et je savais qu’il avait beaucoup aimé le dernier album de Loading Data. Comme je savais que j’allais faire appel à mon vieux pote Nick Oliveri (Kyuss, Queens of the stone Age, Mondo Generator) pour jouer de la basse et qu’ils ont l’habitude de jouer ensemble je me suis dit autant prendre le combo.  Sinon le reste des basses mais aussi, des solos de guitare, des choeurs, du charango, des claviers etc etc sont assurés par Alain Johannes (Eleven, Chris Cornell band, Them Crooked Vultures). Mais comme tu peux t’en douter, tout ce beau monde a déjà pas mal d’engagements, donc j’ai remonté une équipe en France. C’est Rob Hudson, un copain Australien qui gère la basse et Simon Lemonnier qui porte tout ça à bout de bras, derrière ses fûts.

 
 
JeD : Il me semble que tu as passé une partie de ta vie aux USA ?
 
Lo : Oui j’ai grandi à l’étranger. En Angleterre et aux USA entre autres. Je suis revenu en France à l’âge de 15 ans. Mais je suis reparti aux USA m’installer à plusieurs reprises (en Floride, puis en Californie) . Aujourd’hui, je fais la navette autant que possible entre Paris et Los Angeles.
 
 
 
JeD : Considères-tu Patrón comme un projet solo, un side project, ou un groupe destiné à avoir une carrière plus pérenne ?
 
Lo :
 Je ne sais pas vraiment ce qu’on appelle un projet solo. Oui c’est moi qui compose tout, mais c’était presque pareil dans Loading Data. Je serais bien embêté si je devais jouer tout seul sur scène à la fois la guitare, la basse, la batterie et assurer le chant. Autrement je dis je serais bien incapable de tout gérer tout seul. Ensuite oui c’est moi qui manage, c’est moi qui démarche, c’est moi qui fait tourner la boutique.  Mais encore une fois, sans les musiciens du groupe je ne serais pas grand chose. C’est un projet parallèle, mais à vocation longue durée.  
 
 
 
JeD : Les chansons étaient elles déjà composées, où ont elles évolué en jouant avec le groupe ? Le contenu de l'album est plus varié que ce que les singles laissent paraître…
 
Lo :
 J’avais enregistré des démos des morceaux. J’avais plus ou moins tout écrit: les guitares, les basses, les batteries, le chant. Là-dessus tout le monde est venu améliorer, peaufiner ce que j’avais enregistré; C’est clair qu’à moins de vraiment se prendre la tête, les batteries composées au clavier, ça rend pas pareil. Donc Barrett a amené son groove, Joey sa puissance. Mais dans l’ensemble on reste assez proche des parties que j’avais écrites au départ. En ce qui me concerne, je trouve que les 3 singles sont déjà bien différents les uns des autres. Et en effet, sur l’album il y a encore beaucoup d’autres ambiances. J’ai pas voulu me limiter. En composant, j’ai pris ce qui venait et ce qui me semblait former un album homogène bien que diversifié.
 
 
 
JeD : Dans certaines de vos vidéos, on voit le studio dans lequel vous avez enregistré l'album, le 11AD a Los Angeles, où pas mal de groupes connus sont passés…
 
Lo :
Oui, 11Ad, c’était la maison d’Alain. Et toute sa maison était un grand studio d’enregistrement niché en plein quartier résidentiel de Los Angeles. Y’avait 2 batteries dans 2 pièces différentes, l’ampli basse dans la salle de bain, des amplis guitare dispersés à travers la maison, des dizaines de micros, des instruments de toutes sortes un peu partout. Une ambiance hyper chaleureuse. Rien à voir avec les studios froids, aseptisé, tirés à 4 épingles. On fume, on boit, on jam, on s’amuse … etc….  C’était une maison où à n’importe quel moment peut débarquer : Joe Barresi, Josh Homme par exemple… alors que t’es en pleine séance. C’était un havre de paix pour beaucoup d’amis d’Alain.   C’était un endroit magique, rempli des souvenirs, de bons moments et d’autres plus tragiques. C’est un studio qui a vu passer Chris Cornell pour euphoria Morning, les Eagles of Death Metal, No Doubt, Mark Lanegan, etc etc Mais c’est aussi dans cette maison qu’est morte la mère d’Alain ainsi que Natasha Shneider sa compagne de toujours avec qui il avait fondé Eleven. On a été les derniers a profiter de cette maison. Après nos enregistrements Alain partait en tournée avec PJ Harvey et à son retour c’én était terminé de 11AD.
 
 
 
 
JeD : Les éléments visuels de Patrón, son logo néon fluo, sa pochette fortement dénudée qui rappelle celles de certains groupes de hard FM, c'est un hommage à une certaine époque révolue ? Est-ce que tu n'as pas été tenté de pousser le pastiche plus loin, jusque dans la musique ?
 
Lo :
 C’est Thomas Bihoré, un copain (vidéaste attitré de Loading Data et Patrón) qui a crée la pochette. On est parti sur l’idée d’un croisement entre une couverture de magazine Pulp des années 50 et une ambiance années 80. Pas tant hard FM que simplement variété 80 (dont je raffole).  Je pense qu’on peut retrouver dans la musique des clins d’oeil aux années 80 mais c’est très discret, voire même mon imagination peut-être.   
 
 
 
JeD : Qu'elles sont les influences qui ont inspiré l'album, et quelle vision as-tu de la musique de Patrón ?
 
Lo :
 
Cet album est un mélange de toutes mes influences. De mon goût pour la variété fluo des années 80, le rock de Seattle des années 90, le jazz, les crooners, le bon vieux rock n roll d’Elvis, et évidement le desert rock. Encore une fois, je n’ai voulu coller à aucun genre en particulier. J’ai composé sans trop me poser de questions. Patrón c’est puissant par ses refrains, c’est grave par son accordage en DO, c’est souriant par ses paroles, c’est lourd par sa rythmique, c’est pop par ses mélodies, c’est dansant par son groove…    
 
 
JeD : Par rapport à Loading Data qui possède rythmiquement des patterns assez torturés, Patrón privilégie un 4/4 plutôt rock et dépouillé, ou des motifs plus accessibles. Ça s'est goupillé naturellement, ou c'était un choix de composition ?
 
Lo :
 Ca s’est fait tout seul. Je compose un peu tous les jours. Je m’oblige tous les matins à me mettre devant mon ordinateur et à brancher tout mon matos. Il y a des jours sans et puis soudain ça vient. Et là j’ai eu une période bénie de quelques mois où tout est sorti sans effort, sans me faire violence. Les morceaux sont nés les uns derrière les autres. S’est posé la question ensuite de savoir ce que j’allais en faire. J’étais dans le doute. Et c’est Robin entre autres, le batteur de Loading, qui m’a botté l’arrière-train et m’a dit que je devais absolument  mettre ses morceaux au propre. J’ai hésité encore un peu et puis finalement pour que Robin me lâche la grappe, j’ai appelé Alain et je me suis envolé pour Los Angeles.  
 
 
 
JeD : J'ai trouvé que ton chant a un côté théâtral que peu de chanteurs ont, a l'instar d'un Mike Patton quand il fait le crooner, ou Pete Steele de Type O Negative... Est-ce quelque chose que tu as vraiment travaillé, ou un naturel qui prend le dessus ?
 
Lo :
 Non c’est pas du tout travaillé. J’ai une voix grave. Je suis basse. Et c’est sûrement ça qui donne ce côté théâtral. Avant j’essayais plus de pousser, de monter dans les aigus et puis j’ai eu envie de chanter avec mon timbre naturel. Mais oui on me compare à un tas de chanteurs: Mark Lanegan, Peter Steele, Andrew Eldritch… Mais ce sont toujours les mêmes noms qui reviennent parce que les voix graves sont plus rares donc forcément le choix est plus limité. Mais personnellement je ne vois pas vraiment la ressemblance mis à part le fait qu’on a des voix graves.  
 
 
 
JeD : Comment ferez vous sonner Patrón en concert, par rapport à la production très léchée des versions  studio ? Avez vous eu le temps de rôder un set avant le confinement ?
 
Lo :
 Oui on a eu la chance de faire quelques dates, dont 3 en première partie d’Alain Johannes sur sa dernière tournée Européenne. Malheureusement on devait remettre ça en Avril et ça a été annulé à cause du Coronavirus. L’équipe qui m’accompagne en live est très solide. Je pense qu’en concert c’est plus brut, plus crade, plus énergique et plus libre. Mais c’est difficile à dire car on a à peine eu le temps de se chauffer. Difficile de se baser sur seulement 4 concerts.  
 
 
 
JeD : Pour finir, malgré les incertitudes qui pèsent dans cette période troublée, quelles sont tes envies musicales à moyen et long terme ?
 
Lo :
 Tourner, tourner, tourner!!! On a récemment signé chez SOZ Concerts, un tourneur Néerlandais. On a des dates en vue en Décembre aux Pays-Bas. On devait tourner avec Alain au mois d’Octobre mais j’ai bien peur que ça soit compromis. J’aimerais bien repartir jouer aux USA, en Amérique latine. Et bien entendu l’Europe. Mais bon tout ça reste très incertain pour le moment donc attendons la suite.  Et puis un 2ème album ça serait cool. Mais pour ça il faut que je remette au boulot.

 

Un grand merci à Lo pour ces réponses très détaillées !
 

 

 

interview réalisée par JeanEdernDesecrator

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