Wrath Monolith

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16/20
Nom du groupe Doomed (GER)
Nom de l'album Wrath Monolith
Type Album
Date de parution 18 Mai 2015
Style MusicalDoom Death
Membres possèdant cet album13

Tracklist

1.
 Paradoxon
 12:13
2.
 Our Ruin Silhouettes
 06:13
3.
 Euphoria's End
 09:14
4.
 The Triumph - Spit
 09:37
5.
 Looking Back
 08:21
6.
 I'm Climbing
 05:02

Durée totale : 50:40

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Doomed (GER)


Chronique @ Vinterdrom

29 Juin 2015

Doomed ou l’assurance tout risque en matière de doom/death.

Pierre Laube a un caractère bien trempé : il sait ce qu'il veut et il sait comment l'obtenir, en témoigne la direction claire, précise, sans équivoque adoptée depuis la création de Doomed. Un projet fondé en 2011, soit tout jeune encore, mais parvenu si tôt à maturité qu'on a aujourd'hui l'impression de se trouver face à un vieux de la vieille.
Dès ses premiers pas avec Doomed (les albums "The Ancient Path" et "In My Own Abyss", tous deux parus en 2012), le vocaliste et multi-instrumentiste originaire de la Saxe a catégoriquement prouvé son grand savoir-faire en matière de doom/death à la fois écrasant et mélodique, pesant et aérien, fort d'un dosage entre rythmiques brutes de fonderie et envolées finement ciselées dignes d'un alchimiste chevronné ; de la belle ferronnerie bien équilibrée, en somme, à rapprocher des débuts de Swallow The Sun (pour la lointaine influence des Peaceville Three, ainsi que l'excellence dans l'exécution), mais où l'atmosphère vespérale se voit supplantée par d'impressionnantes visions apocalyptiques.
Un climat délétère qui se traduit également dans le cadre visuel dont Pierre Laube, décidément artiste à tout faire, s'occupe en parallèle de la musique (et donc naturellement doté d'une identité bien marquée). Un artwork qui regorge d'effroyables créatures vomies des Enfers, mises en scène selon des fresques symbolisant la dévotion et la souffrance ; des atrocités comme allégories des troubles névrotiques qui hantent l'esprit humain. Voilà grosso modo le concept.

Certes, on pourra toujours reprocher à Pierre Laube de prendre trop peu de risques, de trop jouer la carte de la sécurité, mais pourquoi diable s'escrimerait-il à révolutionner sa formule quand celle-ci fonctionne et qu'elle demeure, par-dessus tout, franchement inspirée…
Cela dit, qualifier chaque nouvel album de Doomed d'exacte redite du précédent serait expédier un peu vite la besogne. A ce titre, Pierre Laube avait démontré avec "Our Ruin Silhouettes" (2014) sa capacité à rehausser son canevas par un songwriting sensiblement plus fouillé. Et c’est par un feeling particulièrement vindicatif, voire carrément pugnace par instants, que cette quatrième offrande baptisée "Wrath Monolith" se distingue.

Le monolithe … un bloc massif déjà croisé dans le doom extrême, au travers du groupe français portant ce nom-là et du voisin belge Until Death Overtakes Me notamment, mais jamais aussi rayonnant de haine viscérale qu'avec Doomed.
C'est ainsi que "The Triumph" déverse une avalanche de riffs de brute épaisse, délivre un pilonnage intensif qui ne cesse que le temps d'une courte séquence basée sur des chœurs mortuaires, avant d'enchaîner sur les accélérations assassines de "Spit" ; un laminage en règle, qui ne laisse aucune chance. "I'm Climbing" n'est pas en reste, question agressivité, avec son déferlement de growls et de shrieks bien étançonné par un tabassage rythmique qui remue les tripes, à la limite du death/black.
Le monolithe imaginé et figuré par Pierre Laube est un patchwork de tout ce que l'être humain cache en lui de répugnant, de tout ce que les sociétés que ce parasite a bâties à travers les âges ont laissé d'exécrable héritage. Des travers de la civilisation moderne où tout doit aller toujours plus vite quitte à se fracasser droit dans le mur, où chacun doit posséder davantage que son voisin quitte à vivre dans un perpétuel état de frustration, jusqu'à l'obscurantisme autant religieux qu'idéologique, fléau que l'on croyait appartenir à une époque révolue, mais que la stupidité a ravivé par la cruauté la plus sanguinaire, tous les instruments d'oppression du troupeau bêlant y passent. Les immondices s'entassent pour former ce monument de décadence que l'être humain, aveuglé et réduit malgré lui en esclavage, s'échine à grimper dans sa quête effrénée de satisfaction, vers ce qu'il croit être un idéal, vers le sommet du "Wrath Monolith" où rien d'autre ne l'attend que les armes et l'échafaud … l'irrémédiable Mort.

Pour autant lancé dans sa diatribe, Pierre Laube n'en a délaissé ni les harmonies ni les ambiances.
Les airs désabusés de "Looking Back" et le chant clair qui s'y pose, taillés dans le modèle Katatonien, cristallisent toute l'amertume que l'on éprouve en observant le monolithe et en constatant à quel point les enseignements de l'Histoire se retrouvent bien vite oubliés ; à quel point celle-ci finit invariablement par se répéter.
Les leads labyrinthiques traversant "Our Ruin Silhouettes" et "Euphoria's End", œuvres de Yves Laube (si ce n'est lui, c'est donc son frère…), effectuent une descente vertigineuse dans les méandres de l'esprit.
Véritables machines à carburer au plomb autant qu'à l'éther, et pas avares non plus en effets de distorsion, les guitares tantôt foudroient tantôt envoûtent par leur jeu versatile. Entre attaques électriques et arpèges contemplatifs, les lignes évolutives de "Paradoxon" et "Euphoria's End" bâtissent, moellon par moellon, un édifice aux contours immédiatement accrocheurs soutenus par une charpente d'une grande richesse, résistant sans broncher à l'épreuve des écoutes répétées. Un travail incontestablement brillant, que les claviers achèvent de cimenter.
Plus discrets bien que disséminés à tous les étages de l'architecture, ils s'avèrent une précieuse main-forte, autant pour approfondir les atmosphères (l'aura surnaturelle de "Paradoxon" par exemple) que pour appuyer là où ça fait déjà bien mal (les effets indus de la doublette "The Triumph / Spit" renforcent la hargne transpirant du morceau). Emplies de gravité, les notes de piano placées en ouverture et clôture du "Wrath Monolith" soulignent avec justesse son essence funèbre.

Comme de coutume, tout est question d'équilibre avec Doomed, une constante malgré les contrastes particulièrement accentués ressortant de ce quatrième opus. Equilibre que l'on retrouve également au niveau de la production, auxquelles la clarté et la modernité n'ont en rien sacrifié la rugosité. En bref, c'est du béton armé !
Avec des fondations musicales aussi solides et avec l'indéfectible soutien logistique du label Solitude Productions comme autre facteur de stabilité, difficile d'imaginer l'édifice Doomed s'écrouler tant il apparaît invulnérable.
Reste à savoir si "Wrath Monolith" constitue une fin de cycle, tant le concept y semble abouti, ou si ledit concept se prolongera sur un hypothétique cinquième album. Mais au rythme où avance Doomed, gageons ne pas attendre très longtemps pour connaître la réponse…

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