Enfants de
Candlemass, de
King Crimson ou encore d'
Opeth,
Oceans of Slumber reste pourtant le groupe difficile à définir par excellence. À mi-chemin entre un metal progressif et un avant-gardisme pleinement assumé, leur musique tend à porter un regard sur de nombreux autres genres ou mouvements qui trouvent grâce à leurs yeux. Si leurs compositions ne répondent à aucun code strict en particulier, on peut tout de même s'imaginer ce que donnerait l'instrumental « The Wanderer » tiré du catalogue d'
Emperor de la fin des années '90 accompagné d'une voix féminine menaçante, d'influences classic rock et d'une bonne dose de death growls. Après le format cinq-titres «
Blue » qui marquait l'arrivée de la nouvelle frontwoman et non moins élégante Cammie Gilbert au micro en 2014 et se chargeait de tirer un trait sur le passé underground et sans doute plus extrême du combo (cf. «
Aetherial » publié deux ans après leur formation en 2011), c'est dans la poudreuse qu'on aperçoit de nouveau le sextet. En toute honnêteté, il n'y a aucun soucis à se faire sur le devenir de la formation d'
Houston qui se révèle à travers un deuxième album impressionnant de maîtrise et de diversité nommé «
Winter ». La maison Stark n'a qu'à bien se tenir.
Sortis de l'ombre grâce à la signature récente avec
Century Media (
Swallow The Sun,
Dark Tranquillity,
Paradise Lost ou encore
Moonsorrow) leur donnant ainsi une certaine visibilité qu'ils n'avaient pas à la sortie de leur premier essai auto-produit en 2013, leur progression dans la scène metal internationale promet d'être à la fois rapide et fructueuse. En effet, l'assurance des musiciens paraît grande et compte tenu de leurs expériences respectives dans des formations de death brutal et de grindcore, cela n'a rien d'étonnant - le batteur Dobber Beverly, principal compositeur du groupe, possédant un curriculum vitae pour le moins chargé : d'un simple passage live chez Manticore en 2011 en passant par un travail de mastering pour les Américains de
Viral Load (cf. « Backwoods Bludgeoning : Sick Hicks from the Sticks ») et à cheval sur cinq ou six combos différents. Depuis le départ du vocaliste et cofondateur Ronnie Allen dans le courant de l'année 2014, la bande a donc enfanté un EP essentiellement constitué de reprises du nom de «
Blue » afin de mettre à plat leurs influences communes et tâcher de ré-adapter leur registre initial en fonction de l'univers
Blues, gospel et hard-rock de Cammie. Dans cette optique-là, les "progueux" ont fait appel à leur cercle d'amis en ce qui concerne l’enregistrement, soit Craig
Douglas, le propriétaire d'
Origin Sound et Mike BBQ du Big Door Studio. Afin d'obtenir un rendu à la fois sombre et harmonieux plaçant l'aspect émotionnel au centre de la publication, le collectif est parvenu à décrocher une pointure du genre : le producteur de renom Russ Russell (
Napalm Death,
Amorphis,
Dimmu Borgir). Ce n'est pas tout. Très fin et subtile dans son ensemble, l'artwork, aux inspirations plutôt doom, est signé de la patte du maître incontesté Costin Chioreanu (on peut citer «
War Eternal » de
Arch Enemy, le dernier
Draconian ou
Einherjer, le single « Psywar » de
Mayhem ou bien « The
Tower » des
Vulture Industries).
Les premiers titres de l'album confirment que le death progressif de la période «
Aetherial » n'a pas été oublié malgré le parti pris d'avoir recruté une interprète féminine et ajouté un claviériste dans la bande en 2014. Long de près de huit minutes, l'éponyme «
Winter » débute par un air de lamentation très doom, pesant, parfois vaporeux et souvent psychédélique. Dans l'ensemble, le très grand professionnalisme d'
Oceans of Slumber se vérifie à l'aide de cette superposition de vocaux et d'interventions savamment millimétrées où chacun participe et apporte sa pierre à l'édifice. Au-delà de cette marche solennelle où Cammie descend dans les graves et ne cesse de groover sur ses versets, la scène commence à trembler avec l'arrivée d'un gros riff musclé de la part du guitariste Sean Gary qui en profite pour déverser son guttural intense et passionnel. Les autres musiciens ne sont pas en reste puisque Keegan Kelly lui vient en aide par le biais d'un scream final chaotique tandis le batteur actionne sa double-pédale en apportant la technique nécéssaire. Par ailleurs, le duo associant le percussionniste à la lead guitar d'Anthony Contreras fait souvent irruption lors de plans plus complexes comme c'est le cas sur la touchante et pourtant douce « Nights in White Satin » à l'arrière-plan si romantique et notamment à l'écoute de l'étrange « Apologue ». Ce dernier témoigne d'une production non seulement moins clean mais aussi moins basée sur l'émotion pure pour développer une piste caractéristique du metal extrême. En effet, le phrasé de la belle diffère nettement des titres précédents : à limite du parlé en introduction, malsain et torturé de l'intérieur. Le rythme est ponctué de quelques lenteurs, ainsi, on retrouve une nouvelle fois cette impression de douleur confirmée par l'apport d'une mitraillette black metal rapide et incisive qui s'organise derrière les fûts.
A priori, il paraît improbable qu'un batteur ayant étudié le jazz puisse consacrer le reste de son activité musicale à des formations aussi sombres que
Demoniacal Genuflection,
Ingurgitate ou encore
War Master. C'est un peu la particularité de cette oeuvre où la troupe exploite de nombreux sous-genres du metal tout en restant cohérente (doom, death, black, progressif, atmosphérique) et va au-delà des sentiers battus en explorant le néo-classique sur les deux derniers morceaux en faisant la part belle au sixième cerveau qu'est le claviériste Uaeb Yelsaeb sur l'instrumental « Grace » et « ... This
Road ». Pour autant, dans le morceau sus-cité, il ne s'agit pas d'une pièce réellement joyeuse puisqu'en dehors du chant très pur de la demoiselle, on assiste à des riffs de metal progressif voire à une ou deux touches de growls camouflées par la résonance du piano et de ses mélodies. C'est pour cela que Cammie intègre naturellement ce feeling et ce rapport toujours très
Blues aux compositions, «
Turpentine » en est l'exemple parfait avec ses solos classic rock façon Pink Floyd ou
Led Zeppelin. Sans faire preuve de fautes de goûts, ce nouveau méfait des Américains s'ouvre également vers des inspirations cinématographiques via quatre interludes sur les treize titres que contiennent l'album. « Good
Life » est intrigante car elle reprend brièvement les premiers accords de «
Winter » et enchaîne directement sur un folk forestier très traditionnel pourvu d'une flûte à bec et d'une clôture magique, spirituelle. A cappella gospel pour «
Lullaby », world music acoustique pour « Laid to Rest », ambient spatial et road-movie immersif pour « How Tall the
Trees » : un bel accomplissement très représentatif de l'ouverture d'esprit et du génie créatif des musiciens d'
Houston.
Véritable bijou de la nouvelle ère Cammie Gilbert/
Century Media, «
Winter » mêle le soft aux musiques extrêmes et met en lumière un
Oceans of Slumber passionné, déterminé, expérimenté. Si par le passé, « Remedy » a pu être un tube de qualité, cet opus, lui, compte plusieurs pépites à son actif. A la fois technique et intense sans être trop démonstratif, le sextuor se taille une marque de fabrique à son effigie : complexe.
Du coup, après écoute, ça me tente bien, je verrais si j'accroche sur la durée (si tout se passe bien, il sera acheté dès demain).
Tu m'en diras des nouvelles alors !
Histoire de ne pas oublier que toutes les musiques qu'on aime viennent du Blues, et Cammie est là pour nous le rappeller de la plus belle des manières. Sans les chaînes de l'escalve, mais avec les chaînes du genre, façon Judas enlaçant Black Sabbath, ou mieux Candlemass copulant avec At The Gates et Dark Tranquility...
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