Suite à un premier et dantesque album full length, «
Through Infinite Dimensions », le groupe brésilien originaire de São Paulo – né en 2009 sur les cendres de Sky Sent – était attendu au tournant. Ce faisant, et contre toute attente, le prudent combo sud-américain reviendra plus modestement dans la course, muni, cette fois, d'un second EP répondant au nom de «
Wheel of Fate », que quatre années déjà séparent de son opulent devancier. Aussi, les cinq pistes que compte la menue rondelle sauront-elles constituer une arme de jet suffisamment efficace pour espérer voir nos belligérants lutter plus sereinement encore face à leurs si nombreux challengers ? Cela étant, les 24 brèves minutes du ruban auditif de cette auto-production permettront-elles dès lors à nos acolytes de rejoindre le cercle encore fermé des valeurs confirmées du si couru espace metal symphonique à chant féminin ?
Dans ce dessein, l'équipage de la dernière traversée a subi d'importants remaniements, le quintet d'hier se muant en un modeste quartet aujourd'hui. Auprès du compositeur, guitariste et l'un des maîtres d'oeuvre du projet, Fábio Matos (
Brightstorm, ex-Lydstorm, ex-Eve
Desire, ex-EvenDusk), évoluent désormais les talents de : Carla Almeida, en remplacement de Jessica
Sirius, en qualité de frontwoman ; Leandro Kbz (
Brightstorm), en lieu et place de
Vitória Marinho (ex-Wonder Maidens, ex-Heavendeath), à la basse ; Kelvin Alves (ex-Nephall, ex-Living
Shields) succède, quant à lui, à Paulo Lima (
Frantic, ex-Megaira, ex-
Nuclear Decimation, ex-Eve
Desire), derrière les fûts.
De cette fraîche collaboration naît un mouvement power mélodico-symphonique classique et progressif, dans la lignée du précédent effort. Aussi effeuille-t-on une œuvre à la fois impulsive, enjouée et empreinte de délicatesse, à nouveau inspirée par les vibes de
Nightwish,
Xandria,
Epica,
Diabulus In Musica,
Edenbridge et
Ancient Bards. A l'instar de son prédécesseur, cet opus bénéficie d'une production d'ensemble de bon aloi, dont un mixage bien équilibré entre lignes de chant et instrumentation. Il ne nous reste plus qu'à embarquer à bord de la frêle goélette pour ce bref parcours, que l'on espère parsemé de quelque enchanteur îlot...
A l'aune du précédent élan, c'est tout en douceur que démarre la croisière, sous couvert d'une laconique entame instrumentale symphonico-cinématique ; corroboré par un récitatif en voix féminine claire, l'a-rythmique et organique « The
Universe as
Perpetual Ticking » contraste avec son voisin de bobine. Ainsi, n'ayant de cesse de nous asséner de martelants coups de boutoir tout en sauvegardant une sente mélodique des plus enveloppantes où se calent les chatoyantes inflexions de la sirène, qu'escorte une chorale en liesse, le mid/up tempo «
Wheel of Fate » ne relâchera pas sa proie d'un iota. Doté en prime d'insoupçonnées et vibrantes montées en régime de son corps orchestral et d'un pont techniciste bien amené alors pourvu d'un fringant legato de guitare, ce ''tubesque'' effort au confluent d'
Epica et d'
Ancient Bards ne se quittera qu'à regret.
Mais, comme il nous y a déjà accoutumés, le collectif brésilien en vient parfois à intensifier d'un cran supplémentaire le rythme de ses frappes, non sans nous aspirer, et d'un battement d'ailes, dans la tourmente. Ce que révèle «
Lifetime », up tempo power symphonico-progressif et opératique aux riffs acérés et aux fulgurantes accélérations, à mi-chemin entre
Nightwish – pour ses truculentes lignes synthétiques et son lyrisme – et
Epica, à la lumière de ses forts contrastes oratoires et de sa dynamique d'ensemble. Dans ce vaste champ de turbulences, des growls ombrageux répondent en écho aux magnétiques envolées lyriques de la déesse. Et la sauce prend, in fine.
Lorsqu'ils nous plongent au cœur d'espaces tamisés, nos compères trouvent à nouveau les clés pour nous retenir plus que de raison. Ce qu'illustre, d'une part, «
Forgotten Name », ballade progressive pétrie d'élégance dans le sillage coalisé de
Diabulus In Musica et de
Xandria ; glissant le long d'une radieuse rivière mélodique, doté d'un refrain immersif à souhait sur lequel se greffent les pénétrantes modulations de la maîtresse de cérémonie, recelant parallèlement des growls aux abois ainsi qu'une grisante montée en puissance du dispositif instrumental, l'instant privilégié ne saurait être éludé par l'aficionado de moments intimistes. On retiendra non moins « Sweet Cure », ballade a-rythmique d'une sensibilité à fleur de peau, tant pour l'infiltrant cheminement d'harmoniques qu'elle nous invite à suivre que pour son délicat picking à la guitare acoustique.
En définitive, le collectif brésilien nous livre une œuvre à la fois truculente, enfiévrée et d'une confondante sensibilité, dans la lignée stylistique de sa devancière. En dépit de l'exigüité de son format, le méfait varie ses atmosphères comme ses phases rythmiques, ne relâchant son étreinte qu'en de rares instants. Témoignant d'une technicité instrumentale affermie, de lignes mélodiques, certes, un tantinet convenues mais des plus liantes, et d'une signature vocale aisément identifiable et des plus poignantes, le modeste élan se suit de bout en bout sans encombre. Et si l'originalité requise n'est pas encore au rendez-vous de nos attentes, l'opus ne repose pas moins sur une ingénierie du son soignée tout en n'accusant pas l'once d'un bémol harmonique. A défaut de le propulser dès lors parmi ses valeurs confirmées, le laconique mais émouvant mouvement serait en mesure d'asseoir un peu plus le combo parmi les valeurs montantes de cet environnement metal. Peut-être à l'aune d'un second album full length ?...
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire