Formé en 2006 en Suisse par les deux guitaristes Fernando « Fella » Di Cicco et Rocco Ghielmini,
Dreamshade a mis un an pour former un line-up stable et répondant aux critères de technicité des 2 membres fondateurs. Nous voilà donc en 2007 avec quatre nouveaux membres, j’ai nommé Iko Castelli au chant, Ivan Mocchia à la basse, Serafino « Serra » à la batterie et Rawirak « Rawi » Pellegrini aux claviers. Au grand complet, nos six lascars ne vont pas perdre de temps pour sortir en 2008 leur premier EP autoproduit «
To the Edge of Reality » plutôt prometteur (la chronique à son sujet est très représentative) leur permettant d’acquérir une notoriété assez importante au niveau local, et leur ouvrant la porte de festivals tels que le MetalCamp ou encore le Summer Breeze Open Air. C’est donc au début de l’année 2011 que
Dreamshade sort son premier album «
What Silence Hides » après une signature chez Spinefarm Records (
Children Of Bodom,
Sonata Arctica,
Eternal Tears Of Sorrow…).
Musicalement, nos suisses œuvrent dans un style variant entre un death melodique suédois et un metalcore plutôt originaire des Etats-Unis. Les sujets abordés dans leurs chansons alternent d’ailleurs entre un pessimisme expressionniste (quoique quelques lueurs d’espoir apparaissent dans leurs paroles) classique du death melodique et le thème de l’amour (ou de l’amitié) qui a échoué qui montre également un pessimisme plus propre au metalcore. Pessimisme accentué également par la pochette, noire et blanche et à l’atmosphère sombre, montrant un petite fille se cachant sous des draps sales dans une pièce lugubre et délabrée.
Quant à la musique, elle se veut très technique (inspirée notamment de
Children Of Bodom pour les guitares) et la mélodicité prend très (trop ?) souvent le pas sur la puissance.
Les claviers sont prépondérants dans la musique de
Dreamshade, offrant un surplus de mélodies avec de nombreux arpèges et se fendant parfois de quelques breaks comme sur
Eternal, ou encore sur un Erased By Time se rapprochant parfois d’un
Children Of Bodom des débuts, laissant éventuellement la place à la basse de s’exprimer de manière plus audible, basse semblant parfois trop peu présente bien qu’elle confère à la musique une agressivité qui devrait être apportée également par la batterie.
Car si j’ai employé le conditionnel, c’est que le jeu de Serra ne remplit pas forcément cette fonction. En effet, son jeu, très technique, basé sur une utilisation très variée des cymbales et une double pédale aussi à l’aise dans les mid-tempo (DeGeneration) que dans les chansons plus rapides (comme le blast beat dans As
Serenity Falls), n’offre pas les garanties nécessaires dans ce qui est de la puissance et de l’agressivité dans un style qui en demanderait parfois plus. Wide
Awake, morceau le plus pêchu de l’album, sera donc le seul à faire ressortir cette puissance manquante, preuve s’il en fallait que le groupe en est capable.
Les guitares sont elles aussi techniques et très tournées vers la mélodie, encore une fois privilégiée par rapport à l’agressivité, comme en atteste par exemple le solo que je qualifierais d’hypnotique de
What Silence Hides, ou encore dans Revive In Me. Les solis de Rocco prônent une technicité supérieure à la moyenne mais n’entrent cependant pas dans le domaine inutile de la démonstration. La guitare rythmique de Fella entre dans les mêmes plans que la guitare lead, se fendant également de quelques solis bien sentis.
Toutefois, ce manque de puissance général mais ne représentant pas non plus un vide dans la musique pourrait être comblé par les lignes vocales de Iko, mais cela n’est malheureusement pas le cas, car ce dernier représente bien le point négatif du groupe. Sa voix screamée très typée metalcore n’est pas posée en adéquation avec les musiciens, bien que la batterie serve très bien ses vocaux. De plus, malgré quelques growls pas toujours maitrisés (DeGeneration ou
Miles Away) ou quelques chuchotements en forme de narration (As
Serenity Falls, Only Memories Remain), sa voix ne varie pas du tout et est bien trop souvent présente dans la musique, empêchant parfois les musiciens de s’exprimer clairement.
Les claviers, qui sont donc très importants dans la musique, sont également parfois trop omniprésents, et leur son très synthétisé peut sembler trop rébarbatif et lasser, comme sur Only Memories Remain, où les nappes de claviers viennent étouffer le reste de la musique.
Il s’agit à mon sens des deux défauts de cet album qui a pu bénéficier d’une production très claire, ne privilégiant aucun instrument en particulier. Une production en somme très professionnelle, quoiqu’un peu trop linéaire par moments, renforçant dans le même temps une homogénéité parfois trop présente entre les morceaux, qui ne contiennent pas de points forts (très peu de refrains) et qui sont de ce fait difficilement reconnaissables parmi d’autres. Cette homogénéité trop marquée rend ainsi l’album difficile à écouter d’une traite et il sera possible de confondre deux chansons trop similaires.
Au final, que ressort-il de cette première galette des jeunes suisses ? Cet album ne révolutionne par le genre proposé comme l’auraient voulu les musiciens car si leur technicité reste supérieure à la moyenne (le très réussi Open
Wounds), il n’en ressort pas de moment fort, et le manque de puissance ne vient pas améliorer ce point. Le chant reste également le gros point faible de l’album, ce qui d’ailleurs ne sera plus forcément le cas à l’avenir car le groupe a changé de chanteur fin 2011 et un nouvel album est sorti au début de l’année avec donc le nouveau chanteur à l’œuvre. Un premier opus en somme très encourageant, à défaut d’être révolutionnaire.
Effectivement, l'arrivée du nouveau chanteur marque une évolution pour le groupe qui s'oriente un peu plus vers le metalcore, et le nouveau chanteur est bien meilleur que précédent, un très bon album donc.
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