War Music

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16/20
Nom du groupe Refused
Nom de l'album War Music
Type Album
Date de parution 18 Octobre 2019
Style MusicalHardcore
Membres possèdant cet album7

Tracklist

1.
 Rev 001
 03:10
2.
 Violent Reaction
 04:03
3.
 I Wanna Watch the World Burn
 03:30
4.
 Blood Red
 03:40
5.
 Malfire
 03:01
6.
 Turn the Cross
 03:38
7.
 Damaged III
 03:08
8.
 Death in Vännäs
 03:03
9.
 The Infamous Left
 03:05
10.
 Economy of Death
 04:02

Durée totale : 34:20

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Refused


Chronique @ JeanEdernDesecrator

27 Octobre 2019

Refused is not dead !

J'ai un pote ex-punk à chien, qui s'appelle Steve. Depuis 1986, Steve fait tous les six mois un carnage capillaire à base de rasages à blanc et de sculptures au gel extra fort. Depuis 1986, Steve passe en boucle les trois mêmes albums, d'Exploited, Ramones et Bérurier Noir. Depuis 1986, Steve n'a pas changé, et hante tous les concerts électriques de la région, où il montre aux petits jeunes comment on headbangue sans se démettre les cervicales. Il est la preuve vivante que le punk, ça conserve.

On peut faire le même constat au sujet de Dennis Lyxzén, frontman des suédois de Refused, groupe culte de (post)punk hardcore qui affiche une santé inoxydable en cette fin 2019. Avec sa silhouette d'adolescent en furie , ses fringues de dandy décadent, sa coiffure décalée de bourgeoise bobo et son regard brillant de fougue, il défie les années sans avoir perdu la rage de la révolte.

Formé en 1991, Refused a été un des porte-étendards du punk-hardcore et du mouvement Straight Edge (pas de sexe, pas de drugs, mais plein de rock n'roll). Trois albums ont fait grandir leur réputation, "This Just Might Be the Truth" en 1994, "Songs to Fan the Flames of Discontent" en 1996, et surtout "The Shape of Punk to Come" en 1998, puzzle de créativité cinglant qui a dynamité tous les carcans des styles pré-cités.
Si cet album culte est devenu un monument (et un de mes albums préférés toutes catégories) , il était en avance sur son temps, divisant les fans lors de sa sortie . La tournée américaine qui devait suivre "The Shape…" , se révéla éprouvante, devant un public la plupart du temps épars, et léthargique. Refused tenait à un fil, tendu entre deux extrèmes : Dennis Lyxzén, le chanteur locomotive/dragster révolté et militant qui tirait le groupe à marche forcée, et le batteur David Sandström, plus calme, créatif et perfectionniste. Tout ce contexte exacerba les tensions dans le groupe, jusqu'à un véritable burn-out pour le guitariste Jon Brännström, qui décida d'arrêter la tournée. Un dernier concert, calice jusqu'à la lie, eût lieu dans le sous sol d'une villa d'une banlieue américaine... Pour les curieux, je conseille le film documentaire "The Refused are f...cking Dead", qui raconte les relations des membres de Refused, leur passion de la musique, jusqu'au dernier concert funeste qui précipita leur chute...

Les membres du groupe eurent un difficile retour en Suède et à la réalité, jusqu'aux minimas sociaux pour certains. D'autres poursuivirent leurs carrières respectives, dont on retiendra surtout celle de Dennis Lyxzén avec International Noise Conspiracy, dans un style toujours iconoclaste, mais plus rock, voire pop.

Après quelques rapprochements, le groupe se réunit en 2012 pour une série de concerts, dont le Hellfest, j'y étais (bombage de torse). Il fallut encore attendre quelques péripéties de line-up, et enfin l'année 2015 pour voire arriver dans les bacs l'album de la reformation. "Freedom" reprenait comme si ne rien était les choses là où elles s'étaient arrêtées avec "The Shape…". Un disque post hardcore pêchu et sophistiqué avec pas mal d'expériences musicales plus ou moins heureuses. On était loin du génie bouillonnant de leur époque bénie, mais c'était un disque… surprenant, rassurant, et encourageant pour la suite.

Nous voici en 2019, et Refused n'a toujours pas splitté, autour du noyau Dennis Lyxzén (chant), et David Sandström (batterie), on retrouve Magnus Flagge (basse), Kristofer Steen (guitare), et Mattias Bärjed (guitare) tout récemment. Ce nouvel album est le fruit d'une longue genèse, d'intenses séances de ping pong créatif. Il a été enregistré à plusieurs endroits en conditions Do It Yourself, et produit par Martin Ehrencrona.

Avec "War Music", Refused ne fait pas de publicité mensongère. L'artwork de l'album ressemble à un mur souillé de tracts et barbouillé par une main rageuse. C'est une musique brute, sans fioritures, en témoigne le son spartiate de la batterie, a peine dénaturé. Les effets de guitare utilisés, par exemple, sont très simples, sans la sophistication de mise sur leurs deux LP précédents.
On retrouve ici le son et l'âpreté de leurs prestations live. La production est dépouillée et va à l'essentiel, un peu à la Rick Rubin, sans le coté mat anémique, car ici l'énergie est mise en exergue. On retrouve le Refused survolté et révolté sur la plupart des titres (particulièrement sur "REV001", "Blood Red", "Turn The Cross", "Economy of Death") avec un esprit punk militant, et une musique empruntant ses armes autant au hardcore qu'au metal.
Si "Freedom" semblait dans le prolongement logique de "The Shades of Punk to Come", "War Music" est aussi viscéral et direct que l'album qui le précédait, "Song to Fan The Flames of Discontent". Exit les pérégrinations multi stylistiques, mis à part sur "Watch the World Burn" qui rappelle les belles heures d'un At The Drive In , dont le refrain pop/new wave tranche avec la brutalité des paroles, "Blood Red" dont les guitares s'envolent avec de belles harmonies, ou "Malfire" qui alterne couplets pop et passages de grosses guitares saccadées.
Pour l'anecdote, tous les titres de cet album ont eu droit à leur vidéo (mais parfois de simples plans fixes), ce qui donne une autre manière d'écouter ce presque concept-album, tant il est dans une veine de thèmes cohérente.

Fidèle à son crédo, Refused est toujours autant militant, les thèmes abordés sont les pétages de gueule civilisationnels, la guerre, et la religion, le tout éructé par un Dennis Lyxzén vindicatif. Seul "Death in Vännäs", plus personnel, parle de la jeunesse qu'ils ont vécue dans leur quartier.
Refused multiplie les prises de positions sans concession et les textes au lance-flammes contre l'establishment et les maux de notre bas-monde, mais dans la forme, il évite heureusement de trop forcer le trait et de verser dans le manichéisme aveugle et le prosélytisme intolérant. Ouf, on peut écouter du Refused sans se sentir obligé d'acquiescer à tout le pack révolutionnaire…

Sur "War Music", Refused revient à ses bases de groupe punk : punk hardcore, punk arty, punk metal, comme sur le dernier titre "Economy of Death". C'est aussi un parfait vivier dans lequel piocher pour leurs prestations live, tous les titres ont cette énergie communicative de la musique jouée à plusieurs dans une salle surchauffée. Le genre de salle où mon pote Steve finit assis contre les enceintes, drapé dans sa veste à patchs, en égrenant des petits rototos de houblon au rythme de la batterie qui lui pulse dans l'estomac.

2 Commentaires

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Goneo - 29 Octobre 2019:

Super-chronique. Je n'avais pas accroché sur Freedom, mais ce War music est vraiment pas mal, le seul défaut que je lui trouve ou plutôt ce que j'aurais aimé, c'est que je trouve qu'il manque de Hargne, la prod est un peu aseptisée. Un manque de violence quoi, bon après les bougres n'ont plus 20 ans. En tout cas je m'attendais pas du tout à ce qu'il sorte un album de ce type, je pensais plutôt qu'ils allaient continuer dans le délire Freedom.

JeanEdernDesecrator - 30 Octobre 2019:

Oui, ça manque de hargne comme tu dis, mais je trouve que ce manque se retrouve aussi en concert. En comparant un concert de maintenant et un de 1998, ça saute aux oreilles. Quelque chose a grillé entre les deux, et ils jouent moins avec d'adrénaline....

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