Nouvel entrant dans le foisonnant espace metal symphonique à chant féminin, et conscient des enjeux et des risques courus à se lancer tête baissée dans la bataille, c'est à pas de loup que ce duo espagnol entrera dans l'arène, gammes et arpèges jouissant dès lors du temps nécessaire à leur pleine maturité. Aussi, créé en 2013, le combo ibérique originaire de la Principauté des Asturies ne réalisera ses deux premiers singles, «
The Monster Single » et «
Failed Ritual », qu'un an plus tard ; leur en succéderont deux autres, «
Blessed by the Moon » ainsi que «
Press Scar to Play », l'année suivante. Titres qui, pour la plupart, et après un sérieux lifting, feront partie intégrante de leur premier et présent album studio, «
Void in Black » ; une galette généreuse de ses 57 minutes, signée pas avant 2019 chez le puissant label espagnol Rock CD Records. Un heureux présage, sans doute...
C'est au cœur d'un rock'n'metal mélodico-symphonique mâtiné d'une touche atmosphérique gothique et moderne, à la fois volontiers entraînant, empreint d'élégance, parfois énigmatique, et un brin romantique, que nous immergent
Lilith von Krone, bassiste et frontwoman au chatoyant grain de voix, et son comparse, l'ombrageux vocaliste, habile claviériste, programmeur et fin guitariste de son état,
Fenrir Wolfgang Kramer. Aussi, effeuille-t-on un set de 11 compositions calé sur un duo mixte en voix de contraste, où se perçoivent alternativement les influences de
Darkwell,
Atargatis,
Lacuna Coil,
Xandria,
Autumn, Metalite,
The Gathering,
The Birthday Massacre et
Elis. Témoignant d'un enregistrement et d'arrangements instrumentaux de bonne facture, et bien qu'accusant un léger sous-mixage des lignes de chant, ainsi qu'un manque de profondeur de champ acoustique et quelques finitions lacunaires, l'opulent manifeste se parcourt d'un seul tenant. Mais suivons plutôt nos deux acolytes dans leurs pérégrinations...
C'est cheveux au vent que s'effectuera la majeure partie de la traversée, le duo parvenant dès lors à aspirer le tympan sans avoir à forcer le trait. Si le bal s'ouvre sur une brève et somme toute dispensable entame instrumentale à la coloration cinématique, le propos ne saurait s'y réduire exclusivement, loin s'en faut. Ainsi, à l'organique et laconique «
Beyond the
Veil », succède « Church of
Pain », un tempétueux effort symphonique gothique aux riffs épais, à la confluence entre
Darkwell,
The Gathering et
Xandria (première mouture). Glissant sur un souriant courant mélodique où se greffent les empreintes vocales en parfaite harmonie de nos deux tourtereaux, pourvu en prime, d'un fringant solo de guitare, le troublant méfait ne se quittera qu'à regret. Difficile également de se soustraire a «
Ruthless Doll », pulsionnelle et aérienne offrande aux couplets finement ciselés relayés chacun d'un refrain catchy.
Dans cette dynamique, d'autres passages pourront non moins s'imposer à nos pavillons. Ce qu'illustre, tout d'abord, «
Failed Ritual », trépident effort atmosphérique gothique aux fulgurantes accélérations et souligné par les suaves oscillations de la belle, qui ne sont pas sans rappeler celles de Chibi (
The Birthday Massacre). On ne saurait davantage esquiver ni le synthétique et ''nightwishien'' «
Blessed by the Moon » tant pour son énergie aisément communicative que pour son infiltrant cheminement d'harmoniques, ni le ''metalitien'' «
Press Scar to Play » eu égard à la qualité de ses enchaînements intra piste.
Quand le convoi orchestral se fait un poil moins pressant, le combo trouve à nouveau les clés pour nous assigner à résidence. Ce qu'atteste, d'une part, «
Lilith », ''gatherien'' mid tempo à la basse vrombissante, reposant sur un avenant riffing doublé de sensibles arpèges au piano. On retiendra, d'autre part, le ''darkwellien'' mid tempo syncopé «
Void in Black » pour son refrain immersif à souhait mis en habits de lumière par les cristallines inflexions de la sirène.
Plus en retenue, le message musical ne se fera guère moins troublant, tant s'en faut. Ainsi, on ne résistera que malaisément à l'entame d'un headbang subreptice sous le joug de « In Love with a
Dead », power ballade à la confluence entre
Flowing Tears et
Atargatis. Empruntant une sente mélodique certes convenue mais des plus enivrantes, et mise en habits de soie par les câlinantes modulations de la maîtresse de cérémonie, cette mélancolique aubade trouvera assurément un débouché favorable auprès du féru de moments intimistes.
Nos compères ont, par ailleurs, opté pour d'amples pièces en actes symphonico-progressives. Bien leur en a pris. A commencer par « I Bring
Hate », une fresque tout en légèreté, à la croisée des chemins entre
Lacuna Coil,
Atargatis et
The Gathering, déversant ses quelque 6:48 minutes d'une traversée à la fois mouvementée et frissonnante. Voguant sur un ondulant tapis synthétique, jouant à plein sur les effets de contrastes atmosphériques et vocaux, glissant parallèlement le long d'une radieuse rivière mélodique, et mis en exergue par les voix en parfaite symbiose de nos deux vocalistes patentés, ce grisant passage ne saurait être éludé par l'aficionado du genre. Et comment ne pas se laisser porter par l'enchanteur paysage de notes dont se pare «
Lost of a
Lifetime » ? Ce low tempo progressif aux riffs émoussés laisse entrevoir un fin legato à la lead guitare ainsi que de sensibles gammes au piano. Rendu hypnotique par les limpides volutes de la princesse et recelant une saisissante densification du corps instrumental à mi-morceau, l'instant privilégié se savourera à chaque fois davantage au fil des écoutes.
Au final, le duo espagnol nous convie à une œuvre à la fois pulsionnelle, rayonnante, intrigante, délicate, et se laissant aisément apprivoiser, in fine. Variée sur les plans atmosphérique, rythmique et vocal, diversifiant ses exercices de style à l'envi, et témoignant d'un réel potentiel technique assorti de lignes mélodiques au demeurant convenues mais finement esquissées, cette première offrande place le combo ibérique en outsider avec lequel la concurrence devra composer. Si l'ingénierie du son souffre encore de quelques irrégularités et si une quelconque prise de risque peine à se faire jour, nos acolytes sont néanmoins parvenus à personnaliser moult portées de leur propos et inciter à sa relecture, afin d'en saisir la substantifique moelle. Bref, un introductif effort tout en légèreté et d'une puissance insoupçonnée ; une poigne de fer dans un gant de velours, en somme...
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