Trois longues années se sont écoulées depuis « The Blazing Lily », flamboyant et premier album full length de l'inspirée formation italienne, et l'on pensait, à tort, nos espoirs à jamais envolés de la voir revenir dans la course. Contre toute attente, la voici de retour avec, sous le bras, un second opus de longue durée dénommé «
Voices from the
Ocean » ; galette sortie, elle également, chez WormHoleDeath, et où se succèdent sereinement 8 pistes inédites sur un ruban auditif de quelque 36 palpitantes et enivrantes minutes...
Ce faisant, on effeuille une production à l'ingénierie du son particulièrement soignée, réalisée au MathLab Studio, à Prato (Italie), par Lorenzo Guddemi. De plus, la rondelle jouit d'un mixage parfaitement équilibré, dispensé à The Grid, à Montréal (Canada), signé Christian Donaldson (guitariste chez
Cryptopsy et
Mythosis). Quant à l'artwork de la jaquette d'obédience fantastique, il est l'oeuvre d'un certain Rhett Podersoo (
Machine Room Design), connu pour avoir réalisé quelques pochettes de
Elvenking,
Gyze,
Kimaera,
My Dying Bride,
Souls Of Diotima, entre autres...
Fidèle à ses aspirations initiales, le septet originaire de Lucques, quelques sept années après sa création, nous convie à une œuvre mélodico-symphonique gothique épique et racée, doublée d'une touche dark, à nouveau calée sur le schéma de la Belle et la Bête ; les limpides inflexions de Clara Ceccarelli (soprano dont le timbre oscille entre Zuberoa Aznarez (
Diabulus In Musica) et Carina Hanselmann (
Arven)) contrastant avec les growls ombrageux de Giacomo ''Jev'' Casa. Le projet se poursuit dans le sillage orchestral d'
Amberian Dawn et
Imperia, suivant un cheminement harmonique proche de ceux de
Delain,
Dark Sarah,
Xandria et
Leah.
Si le line-up originel demeure inchangé, quelques invités ont été sollicités pour l'occasion, enrichissant le message musical de leur présence. Pour la première fois de son histoire, le combo a sollicité des choeurs, a fait appel au puissant grain de voix de Francesco Cavalieri (
Fairyland,
Wind Rose) et au délicat toucher d'archet du violoniste Gianluca Chelini. Si la structure de ce manifeste, entièrement écrit et composé par nos sept mousquetaires, reste classique (instrumentaux en entame et en outro, alternance d'up, mid et low tempi, nappes synthétiques de rigueur...), quelques digressions attendent toutefois le chaland, y compris celui de la première heure...
C'est dans les passages mélodico-symphonique progressif que la magie opère le plus aisément. Ainsi, par un fondu enchaîné, le bien-nommé «
Storm », laconique instrumental d'ouverture aux arrangements nightwishiens, nous projette au cœur d'un champ de turbulence à l'instar du mid tempo progressif «
Endless Ocean » ; titre ''delainien'' en l'âme, avec un zeste de
Xandria, doté d'une indéfectible énergie, dont la rythmique sanglante et la basse claquante s'en font l'écho, avec quelques franches montées en puissance du corps instrumental au programme. De sémillants effets de contraste vocaux s'inscrivent dans la trame de cette headbangante offrande, les angéliques volutes de la belle répondant point pour point aux attaques de son comparse de growler. On ne saurait davantage éluder « Farthest
Dream », galvanisant méfait au carrefour d'
Amberian Dawn (première période) et
Imperia. Distillant ses riffs corrosifs en tirs en rafale, l'incandescent instant se fait tantôt diablotin, tantôt chavirant, notamment au regard de ses séries d'accords d'une redoutable efficacité et des enchanteresses impulsions de la maîtresse de cérémonie.
Lorsqu'il accélère la cadence, le combo italien n'a pas non plus tari d'inspiration, parvenant à nous happer sans jambage. Ainsi, on sera aspiré tant par l'offensive rythmique que par les riffs massifs, tels des rouleaux compresseurs, du tempétueux «
The Abyss of Knowledge » ; titre dark symphonique à mi-chemin entre
Amberian Dawn et
Tristania, jouant à plein sur les effets de contraste atmosphérique pour tenter de nous rallier à sa cause. Ainsi virevolte un gracieux violon au beau milieu d'un convoi orchestral rythmé par d'incessants et puissants coups de boutoir. Dans une même dynamique, s'impose à nos pavillons « Bleeding
Path », épique et gorgonesque offrande power symphonique dans la veine de
Dark Sarah, avec un soupçon de
Draconian. On sera aspiré par la muraille de choeurs densifiant le corps oratoire de leur présence, parallèlement à un saisissant duo mixte en voix de contrastes. Et, là encore, la sauce prend.
Quand ils s'adonnent aux moments intimistes, nos compères semblent comme touchés par la grâce. C'est avec une rare élégance qu'ils nous livrent alors leurs mots bleus les plus sensibles. Ainsi, l'accroche s'effectuera d'un battement de cils sur « July
Rain » ; émouvante ballade a-rythmique en guitare acoustique/voix. Mise en exergue par un frissonnant duo mixte en voix claires, les cristallines patines oratoires de la sirène et les crayeuses inflexions de Franscesco Cavalieri évoluant à l'unisson, la tendre aubade ravira le tympan de l'aficionado du genre. Et comment résister aux vibes de « Son of the
Moon (a
Moon Tale - Pt. VI) », ballade progressive dans la lignée d'un
Xandria seconde mouture ? Doté de délicates gammes au piano, d'un fin legato à la lead guitare et de choeurs aux abois, cet effort réserve aussi quelques accélérations insoupçonnées, contribuant à rendre l'instant privilégié d'autant plus prégnant, et ce, sans y perdre en substrat mélodique.
Pour clore le chapitre, la troupe nous octroie une cinématique et pénétrante plage instrumentale. Un exercice de style certes classique dans un tel registre mais témoignant d'une belle harmonie orchestrale et d'une stupéfiante profondeur de champ acoustique. Ainsi, le bien-nommé « Last Chant » laisse les vents violents nous assaillir et les vagues d'un océan déchaîné s'écraser sur la grève. A ces éléments naturels qui, peu à peu, s'apaisent, viennent se superposer d'enveloppantes nappes synthétiques, un fragile xylophone et de troublants clapotis échappés d'un violon mâtiné d'élégance. Bref, une manière habile et opportune de boucler la boucle.
Au final, on explore une œuvre pétillante, un tantinet énigmatique, mais surtout pétrie d'inspiration et propice à l'enivrement de nos sens. En outre, on décèle un potentiel logistique, technique et mélodique de fort bon aloi, déjà esquissé sur la précédente livraison. Et si l'originalité n'est pas inscrite dans les gênes de cet opus, quelques prises de risques apparaissent çà et là au fil de notre parcours auditif. On aurait cependant souhaité la réalisation de l'une ou l'autre pièce en actes, à l'image d'une fresque symphonico-progressive, notamment. On aurait également espéré davantage de diversité sur les plans atmosphérique et vocal, et ce, en dépit de choeurs aujourd'hui bien plus présents qu'hier et des progrès notoires accomplis par la touchante déesse. Quoi qu'il soit, ce second mouvement permet au combo italien de poser de nouveaux jalons, poursuivant ainsi sereinement sa route...
Merci pour la chronique ;)
Attention à la petite faute dans le titre ^^
Merci à toi! Du coup, au regard des progrès réalisés par le collectif italien, j'attends avec impatience la suite de l'aventure! Peut-être à l'instar d'un 3e album full length?...
Sinon, la petite erreur relevée dans le titre a été corrigée. Merci pour ton coup d'oeil :)
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