Vitrun

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Nom du groupe Carpe Noctem (ISL)
Nom de l'album Vitrun
Type Album
Date de parution 05 Octobre 2018
Style MusicalBlack Metal
Membres possèdant cet album0

Tracklist

1.
 Söngurinn Sem Ómar Milli Stjarnanna
 
2.
 Upplausn
 
3.
 Og Hofið Fylltist af Reyk
 
4.
 Hér Hvílir Bölvun
 
5.
 Úr Beinum og Brjóski
 
6.
 Sá Sem Slítur Vængi Flugunnar Hefur Náð Hugljómun
 

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Carpe Noctem (ISL)


Chronique @ Icare

14 Novembre 2018

L’Islande est grande, très grande, et Carpe Noctem fait définitivement partie de ses rois.

Carpe Noctem fait partie de cette fameuse scène black metal islandaise étonnamment prolifique aux textures sonores si froides, vaporeuses et uniques. In Terra Profugus, leur premier album de 2013, même s’il était finalement assez balisé, m’avait mis une énorme claque tant par sa noirceur abyssale que ses ambiances incroyablement prenantes, autant donc vous dire que j’attendais la suite avec impatience. Ce n’est que cinq ans plus tard que celle-ci verra le jour, s’incarnant sous la forme de Vitrun, deuxième full length de 52 minutes supporté par Code666 Records. On y reconnaît immédiatement la patte du combo, même s’il semblerait que Carpe Noctem a évolué et que cet album ne soit plus aussi direct, palpable et brut que le premier.

En effet, dès le premier titre de la galette, Söngurinn Sem Ómar Milli Stjarnanna, même si les caractéristiques musicales du combo sont bien là, on ressent une énergie différente, une colère larvée qui menace à l’ombre de chaque dissonance mais qui reste toujours contrôlée et confinée dans le sillon de ces blasts plus lourds que réellement rapides. Carpe Noctem propose toujours une musique sombre, inquiétante et sinueuse, mais les parties réellement violentes sont plus dispersées, noyées dans cette progression tortueuse mid tempo aux tons tantôt apaisés, tantôt réellement cauchemardesques (la brève attaque grinçante aux couinements quasi sériels que constitue le pont central de Og Hofið Fylltist af Reyk, agonie de cordes hurlantes et martyrisées à la limite du supportable qui nous fait vaciller pendant quelques secondes).
D’une manière générale, les morceaux sont rythmés de quelques passages lourds et rapides et de courts déchaînements de fureur, mais les lenteurs traînantes dominent, plus ou moins insidieuses et éprouvantes, comme ce passage dès 4,02 minutes de Söngurinn Sem Ómar Milli Stjarnanna où les notes de guitare semblent se décomposer dans l’air.
Le chant black très rauque d’Alexander Dan Vilhjálmsson et le martèlement lourd d’Helgi Rafn Hróðmarsson donnent le corps à la musique, mais là où In Terra Profugus nous enfonçait impitoyablement et constamment des kilomètres sous terre, Vitrun explore plus volontiers les contrées dévastées et vaporeuses d’un au-delà imaginaire : ces arpèges flottants à la Dolorian et ces passages ambiant viennent nous envelopper de leurs notes aigres en une danse macabre, faux apaisement avant la chute (la fin de Hér hvílir bölvun, l’instrumental Úr beinum og brjóski).

Moins scolaire et prévisible que par le passé, porté par un son moins étouffé, plus froid et précis, Carpe Noctem crache un art chaotique et déstructuré flirtant parfois avec les limites du bruitiste, un art black metal imprévisible aux rebondissements sporadiques admirablement rythmé par le batteur et balisé par ce canevas de guitares incontrôlées qui rugissent, éructent et hurlent dans un tâtonnement constant: à l’image de la pochette, on se sent tournoyer dans les ténèbres à l’écoute de ces six titres, chute sans fin dans un vide glacial répercutée par ces dissonances à outrance. En effet, difficile de parler de riffs sur un album pareil, on avancera plus le terme de texture sonore mouvante, palpitante mais impalpable, avec ces couches de guitares qui se superposent et se fondent l’une dans l’autre en permanence, comme si le morceau se créait et se décomposait constamment au fur à mesure que les notes nous parviennent.

Si dans l’ensemble, Vitrun est un peu moins accrocheur que son grand frère, plus abstrait, insidieux et porté sur les contrastes, il n’en est pas moins d’une noirceur nauséeuse, très loin de tous les clichés post black même dans ses passages les plus calmes, et sacrément plus habité et profond qu’une bonne flopée de groupes actuels soi-disant evil qui se contentent de suivre le manuel du bon groupe de black orthodoxe à la lettre.
Ceci dit, loin d’être toujours éprouvante, cette lente déchéance s’accompagne de ses quelques moments de grâce, comme si les musiciens tentaient d’apprivoiser le néant en l’habillant d’une certaine beauté (le long passage final de Söngurinn Sem Ómar Milli Stjarnanna, Og Hofið Fylltist af Reyk à la longue intro plaintive et planante, le long passage hypnotique à partir de 6,38 minutes de Hér hvílir bölvun qui emmène superbement le morceau vers sa fin ambiant).

Pour conclure, après un In Terra Profugus déjà incroyable, Carpe Noctem remet le couvert cinq ans plus tard et nous offre une suite impériale, plus immatérielle, à la fois moins violente et mélodique mais tout aussi addictive et indispensable. Une sorte de suite logique, plus mûre et réfléchie, un chaos mieux maîtrisé et moins conventionnel. Vous pensiez que l’Islande était un petit pays ? Il va falloir revoir votre géographie, l’Islande est grande, très grande, et Carpe Noctem fait définitivement partie de ses rois.

1 Commentaire

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kalysto - 19 Novembre 2018:

Merci Icare pour cette chro, plume toujours aussi agréable à lire et tellement bien imagée.

T'as bien résumé l'ambiance de ce disque que me botte bien le cul aussi.

Je suis sûre que le climat si particulier de l'Islande déteint sur ses habitants, c'est le fracas de la glace contre le feu volcanique, toujours en mouvement, toujours sur la balance, une subtile alchimie de création/destruction qui engendre le chaos et qui produit des gens (et de la musique donc) au caractère bien trempé !!

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