In Terra Profugus

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15/20
Nom du groupe Carpe Noctem (ISL)
Nom de l'album In Terra Profugus
Type Album
Date de parution 02 Septembre 2013
Style MusicalBlack Metal
Membres possèdant cet album13

Tracklist

Re-Issue in 2014 by Hellthrasher Productions on vinyl.
1. Odium Somniferum 08:53
2. Ars Moriendi 08:19
3. Vitriol 10:16
4. Metamorphoses Maleficarum 11:01
5. Hostis Humani Generis 13:47
Total playing time 52:16

Chronique @ Icare

26 Août 2013

La musique de Carpe Noctum est indéniablement habitée, et fait l'effet d'assister à une messe noire hallucinée

Et voilà que des terres glacées d'Islande, Carpe Noctem sort de sa léthargie pour nous délivrer, quatre ans après son premier full length éponyme, cette offrande maudite qu'est Terra Profugus.
En cinq plages progressives, possédées et ambiancées, les entités brumeuses de Reykjavik nous servent un rituel lovecraftien très noir d'une unité et d'une cohérence bluffantes, magnifiquement illustré par cette pochette aux relents ritualistes et crépusculaires, et qui résonne comme une seule et unique litanie de 52 minutes.

Le culte commence par quelques notes inquiétantes et sombres aux relents d'ambiant et lorsque les instruments sortent de leur hibernation et commencent lentement à se mettre en branle, on se sent enveloppé dans les chapes brumeuses et suffocantes d'un doom pachydermique et mystique.
Effectivement, les cinq mélopées qui viennent composer ce rituel empruntent autant au black qu'au doom, en allant faire des détours bienvenus vers les méandres nébuleuses d'un ambiant angoissant et dérangé.

Avec des plages oscillant entre plus de 8 et près de 14 minutes, In Terra Profugus a le temps de développer ses ambiances et d'immerger l'auditeur dans son univers torturé et cauchemardesque : très ambiancé, presque cinématographique dans l'effroi visuel qu'elle suggère, sombre, d'une beauté vénéneuse et viscérale et toujours envoûtante, la musique de Carpe Noctum est indéniablement habitée, et fait l'effet d'assister à une messe noire hallucinée, une sorte de rituel Ancestral lovecraftien invoquant les divinités hideuses et démoniaques des Grands Anciens à s'extirper des abîmes oubliées du Temps.
Cette impression est servie par une lenteur envoûtante qui Domine la cérémonie, un son épais et poisseux qui assourdit les sens de l'auditeur (les guitares sont accordées très bas, et la basse gronde sourdement, nous entraînant toujours plus bas dans les abîmes chtoniennes), ainsi que certains passages noirs et désolés, très minimalistes, aux confins de l'ambiant (la fin de Vitriol qui fusionne avec le début de Metamoprhoses Maleficarum), appuyés par ces arpèges décharnés et évanescents à la Xasthur qui se dissolvent dans la vacuité de souffre de cet enfer sonore (la fin d'Odium Somniferum). Ces accalmies aux stridences poisseuses de mystère créent devant nos yeux hypnotisés des images fantomatiques et angoissantes, rappelant très fortement les expérimentations sonores quasi gnostiques de Dolorian (le début de Vitriol).

Parfois, la musique s'emballe en des accès de violence sporadiques (Ars Moriendis), les guitares rugissent, la batterie martèle avec un résonnement d'outre-tombe, le rythme s'accélère ainsi que les battements de notre coeur et l'effroi, l'immanence d'une horreur inconnue et immatérielle, se font plus palpables. Les éructations de la voix se font alors plus impérieuses, vocifératrices, et la litanie se décline en un furieux chaos de décibels infernaux, toujours aussi sombre et envoûtant. Le tout nous écrase par ce sentiment d'inéluctable, d'irrévocable, comme une prophétie millénaire qui s'accomplirait fatalement sous les imprécations de cette voix étrangement grave et rauque (qui n'est pas sans rappeler Ares d'Aeternus période and so the Night Became.... D'ailleurs, l'accordage et le son caverneux des guitares ainsi que cette ambiance sombre et occulte aux relents de souffre renvoient à des titres atemporels comme There's No Wine Like the Blood's Crimson).

Tous les titres sont marquants, et aucun ne se distingue vraiment des autres, chaque plage se coulant habilement dans la suivante en une cohérence insidieuse: vibrements désaccordés, notes corrosives noyées dans les brumes acides des limbes, arpèges fantomatiques qui s'évanouissent dans les vapeurs méphitiques des abysses, éructations inhumaines alternant avec des chuchotements inquiétants (la fin de Odium Somniferum) ou des hurlements déments plus écorchés ( la fin de Vitriol), riffs tordus et dissonants aux sonorités malsaines, montées en intensité progressives servies par des murs de guitares grésillants et une double hypnotique, explosions de fureurs atomisées à coups de double grosse caisse cataclysmique et appuyées par ces grognements de damnés, puis retombées cataleptiques, ralentissements morbides qui agonisent lentement et se muent en un doom poisseux aux relents funéraires, le tout s'enchaîne imperturbablement en une longue litanie morbide et s'écoute d'une traite.

Isolons tout de même le dernier titre, Hostis Humani Generis, qui, du long de ses presque 14 minutes, clôt cette cérémonie macabre et matérialise un parfait condensé de ce qu'est ce In Terra Profugus. Le début de cette longue piste, dérangeant et sombre, rappelle immanquablement le grand Freezing Moon (Mayhem étant une autre influence palpable du groupe), puant l'occultisme et les arcanes noires sous un brouillard glacial et une lune nue: malsain, noir, rampant, on sent une aura démoniaque diffuse, une entité maligne se dissimuler derrière chaque accord, chaque arpège, chaque pulsation morbide de batterie. Le tout est terrifiant mais terriblement envoûtant, et on ne peut s'empêcher de s'enfoncer avec délices dans les méandres de cette messe noire aussi fascinante que repoussante.

L'album se termine sur ces grondements diffus, ces percussions tribales et cette petite mélodie angoissante qui marquent la fin du rituel, mais annoncent irrémédiablement le début d'autre chose, quelque chose que l'on ne saurait nommer, l'avènement d'une aire d'angoisse et de ténèbres, la glorification païenne de cette masse informe et inhumaine que les quatre musiciens de l'Enfer ont invoquée et qui, après des millions d'années d'hibernation, a fini par sortir des oublis de l'abysse... Et lorsque la galette s'arrête soudain, après 52 minutes d'un voyage onirique et cauchemardesque, faisant place à un silence funeste, que l'on rouvre les yeux et que l'on reprend son souffle, on entend encore ces accords décharnés et ces pulsations morbides résonner dans les tréfonds de notre âme, et l'on comprend avec effroi que l'expérience In Terra Profugus ne vient que de commencer...

4 Commentaires

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mayhem13 - 27 Août 2013: Sublime Chro'! Tu m'a fait voyager au travers de tes mots.Je ne connais absolument pas le groupe, mais tu me donnes envie d'y jeter un oeil!
Icare - 27 Août 2013: Merci beaucoup! N'hésite effectivement surtout pas à te plonger dans cet univers sonore, si tu apprécies les références citées, je pense que ça ne peut que te plaire...
Perso, cette galette m'a déjà envoûtée...
TryAgainErik - 30 Août 2013: Mais où la trouver ?
Icare - 30 Août 2013: En fait l'album n'est pas encore sorti, je l'ai reçu en avant première en format digital pour en faire la promo.

La sortie officielle est prévue début septembre je crois, disons que dans une petite semaine, vous pourrez certainement le commander sur le site internet de code666!

Bonne découverte!
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