Trois ans de silence radio envolés déjà depuis son introductif EP «
From a Distance »... Une éternité pour la fanbase du groupe espagnol cofondé par le guitariste Ramiro Alva (ex-
Born In
Exile) et le bassiste Victorien Condemine en 2018 ! Le temps de peaufiner ses gammes et ses arpèges, et à l'issue d'un travail de longue haleine en studio, le combo ibérique lèvera la barre de ses exigences d'un cran supplémentaire, nous octroyant, cette fois, son premier album full length : «
Vestige ». Ce faisant, les huit pistes de cette auto-production – au demeurant finement mixée et mastérisée – auraient-elles les armes requises pour permettre à nos acolytes de tenir la dragée haute à leurs challengers, toujours plus nombreux à affluer ?
Plus encore, à l'aune des 36 frugales minutes de la bande auditive de la galette, le collectif barcelonais pourrait-il prétendre se hisser parmi les valeurs montantes de l'espace metal moderne à voix féminine ?
Conformément à ses aspirations premières, la troupe nous immerge à nouveau au sein d'un metal moderne aux relents djent, progressif, groove, death et jazz, combinant des sources d'influence aussi éclectiques que
Rage Of Light,
Tesseract,
Kadinja,
Novelists,
Lacuna Coil et Volturian. Jouant habilement sur les effets de contraste rythmique, nos compères ont, là encore, misé quelques espoirs de l'emporter par le biais des qualités interprétatives de la frontwoman, Pipi Gogerl, cette dernière octroyant non seulement de fluides inflexions, à la manière de Jennifer Haben (
Beyond The Black), mais aussi des growls caverneux et des screams on ne peut plus anxiogènes, dans le sillage d' Adrienne Cowan (
Seven Spires). Le groupe peut également compter sur une technicité instrumentale éprouvée et sur des mélodies délicatement ciselées et des plus enivrantes. De quoi nous intimer d'explorer plus en profondeur la cale du navire...
A l'instar de son devancier, ce mouvement varie ses phases rythmiques à l'envi, le plus souvent, non sans nous happer, et d'un claquement de doigts, dans ce champ de turbulences. Ce à quoi nous sensibilise, en premier lieu, le ''kadinjien'' mid/up tempo « Fever
Dream » qui, au regard de ses enchaînements intra piste des plus sécurisés, de l'étendue du spectre vocal de l'interprète – cette dernière alternant chant clair et screams avec une stupéfiante aisance – et de son fuligineux solo de guitare, ne relâchera pas sa proie d'un iota. Techniquement plus complexe, un brin tourmenté, et mis en habits de lumière par les angéliques oscillations de la déesse, l'opulent et ''volturien'' «
Horizon », pour sa part, se fait aussi pénétrant que pétri d'élégance. Mais nos acolytes sont loin d'être à bout d'arguments pour tenter de nous rallier à leur cause...
Tout aussi enfiévrées, d'autres plages, aux relents death gothique mais non moins engageantes, ne sauraient davantage être éludées. Ce qu'atteste, d'une part, le sanguin mid tempo progressif « Here I Remain » qui, sous l'impact de ses inaliénables et puissants coups de boutoir et de sa touche djent poussera assurément à un headband bien senti et quasi ininterrompu. Et ce n'est pas son flamboyant solo de guitare qui nous déboutera davantage de ce tortueux méfait, tant s'en faut. Dans cette mouvance, on ne se fera guère moins bringuebaler par le mordant et intrigant « Tideworn » ; recelant un refrain immersif à souhait encensé par les fluides modulations de la princesse ainsi qu'une saisissante accélération doublée d'une graduelle densification du dispositif instrumental avant de fermer la marche, ce manifeste poussera assurément à une remise en selle sitôt l'ultime mesure envolée.
Un tantinet moins éruptives, d'autres pistes pourront à leur tour aspirer le tympan du chaland sans avoir à forcer le trait. Ce que révèle, tout d'abord, « Naive », mid tempo syncopé et groovy, au confluent de
Rage Of Light et de
Novelists ; pourvu d'une basse éminemment claquant et d'un refrain catchy mis en exergue par les claires impulsions de la sirène, ce hit en puissance ne se quittera qu'à regret. Dans cette énergie, et non sans rappeler Volturian, « On Shore » se pose tel un mid tempo syncopé aux riffs crochetés, que l'on retiendra tant pour ses truculents arpèges d'accords, qu'empruntent les saisissantes ondulations de la déesse, que pour ses insoupçonnées et grisantes accélérations. Par ailleurs, dans une ''lacunacoilesque'' dynamique, le sensuel « Windskin » retiendra tant pour son caractère enjoué et la ferveur de son groove que pour ses gimmicks guitaristiques et ses séries de notes à la colorature jazzy. Tout aussi enivrant et dans cette même veine s'inscrit « Stormchild » qui, eu égard à l'infiltrant cheminement d'harmoniques qu'il nous invite à suivre, ne saurait davantage être esquivé.
A l'aune d'un album aussi enivrant et empreint de grâce qu'éruptif, un brin tourmenté, le désir d'y revenir dès la chute amorcée nous étreint. Des phases rythmiques et des lignes de chant variées et des plus prégnantes parsèment le trépident méfait ; et si, à l'instar du précédent effort, les exercices de style tendent à se répéter, les ambiances se font plurielles, cette fois. Doté à la fois de lignes mélodiques plus finement sculptées aujourd'hui qu'hier, d'une originale fusion de styles, d'une ingénierie du son difficile à prendre en défaut et d'une signature vocale aisément identifiable, et n'accusant pas l'once d'un bémol harmonique, l'opus aurait les arguments esthétiques et techniques requis pour offrir une croisière sans escale prématurée à celui qui y aura plongé le pavillon. Aussi, ce premier élan de longue durée constituerait une arme susceptible de hisser dès lors nos acolytes parmi les valeurs montantes de l'espace metal moderne à chant féminin. Voilà désormais le combo ibérique encore un peu plus près des étoiles...
Note : 15,5/20
Très intéressant ce papier avec la référence de nombreux groupes que j'affectionne tout particuièrement. Il me tarde d'y jeter un coup d'oeil pour me faire un avis.
Merci pour la chronique !
Merci pour cet élogieux retour! Pour ma part, cet album représente l'une des sorties les plus marquantes de cette année (hors metal symphonique). En espérant qu'il te donne autant de plaisir qu'à moi à le parcourir.
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