Versus

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Nom du groupe Pearl Jam
Nom de l'album Versus
Type Album
Date de parution 1993
Labels Epic Records
Produit par
Style MusicalGrunge
Membres possèdant cet album198

Tracklist

1. Go
2. Animal
3. Daughter
4. Glorified G
5. Dissident
6. WMA
7. Blood
8. Rear View Mirror
9. Rats
10. Elderly Woman Behind the Counter in a Small Town
11. Leash
12. Indifference

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Pearl Jam


Chronique @ Hacktivist

01 Juillet 2014

« Versus » est un coup de poing dans le ventre, une revanche sur laquelle PJ tient profondément.

Libre à chacun d'interpréter le succès comme il le désire. Jusqu'à ce jour, à condition d'oublier une seconde le sacre et très varié « In Utero » sorti dans les bacs il y a maintenant un peu plus d'un mois, on pouvait dire que Nirvana avait effectué le chemin inverse de Pearl Jam. D'une musique brute et sans concessions, le célèbre trio avait radicalisé ses mélodies en les rendant en somme plus pop, plus aérées, en les adoucissant même sur « Nevermind » mais toujours en gardant cet aspect très pro, et c'est en ce sens qu'il se rapprochait assurément d'un certain « Ten » (en plus du côté accessible évident de l'oeuvre). Après l'épisode passionnant de 1991 et de ses innombrables albums en or, Pearl Jam en a vite déduit qu'il n'était point maître de son succès mais bel et bien esclave. Esclave des médias, des étiquettes, à la merci de son propre public, méprisés, sur le coup, par une poignée de fans post-Nirvana jugeant les productions parfois trop faciles, pas assez sincères et ne s'alignant pas dans l'esprit originel du mouvement grunge... Mais « Versus » est un coup de poing dans le ventre, une revanche sur laquelle Pearl Jam tient profondément et mieux encore, ce second opus vient d'atteindre des records de vente alors que paradoxalement, le combo revient à des sons plus agressifs, moins propres et donc plus tranchants.

Même si Pearl Jam a tout fait pour combattre tant bien que mal ce que généralement, tout grand artiste semble rechercher durant sa carrière, le succès, en refusant de publier la moindre vidéo et en accordant deux fois moins d'interviews et d'apparitions à la télévision, nos cinq gars n'ont cependant pas pris le risque de sortir ce « Versus » en auto-production. En première ligne se dresse donc Brendan O'Brien (le « Core » de Stone Temple Pilots) qui plus tard deviendra l'homme de main, le producteur historique de PJ. De surcroît, afin de maîtriser tout cet afflux de violence, il nous fallait évidemment quelqu'un derrière les fûts, prêt à parer au moindre signal de Sir Vedder : il est tout trouvé, puisqu'il s'agit de Dave Abbruzzese ayant déjà participé à la tournée de l'album précédent (le troisième batteur tout de même, après Dave Krusen et la très brève apparition de Matt Chamberlain en 1991).

Le combo va donc bien au-delà des seuls affrontements qui étaient proposés sur la piste cachée du nom de « Master/Slave » et même sur le seul morceau considéré comme agressif de « Ten » autrement dit le très habité « Once ». Ici, deux grandes parties ou blocs se distinguent : les titres furieux, chaotiques, ceux qui attaquent là où ça fait mal et le reste... qui avait fait le charme de cette jeune formation à l'époque, c'est-à-dire la douceur, la mélancolie et l'émotion qu'ils savent si bien transmettre. Mais pour l'heure, « Go » ne retient d'ores et déjà plus rien car les riffs se font déjà très lourds et denses pour un quintette de rock alternatif, les grosses guitares sont présentes tout le long et même plus étonnant, le final enragé de ce scénario-catastrophe viendra presque effleurer le metal (pour bien appuyer la différence). Le punk ? Pearl Jam en fait son affaire quitte à piquer la vedette à Nirvana sur « Blood » dont l'esprit/violence du titre renvoie justement à une forme de punk très nerveux et rentre-dedans. Le timbre de Eddie Vedder n'a jamais été aussi éraillé voire rocailleux, et voilà qu'il nous déverse un enchaînement de screams hargneux poussés à leur paroxysme (« it's my blood ») en plus de la sévère critique dirigée droit vers les médias.

Peu de groupes ont cependant réussi l'exploit de s'attirer des textes et des interprétations aussi profondes et sincères que l'illustre Pearl Jam sur la scène de Seattle ne s'en tenant généralement qu'à un ou deux titres plus ou moins expressifs. Là, il y de quoi pleurer, souffrir et saigner pour longtemps encore. La preuve en est avec par exemple, « Daughter » où derrière ce petit côté folk rock qui part vite en éclat se cache une tristesse, un mal-être chronique qui ne fait que s'emparer de l'auditeur déjà bien immergé dans l'univers des Américains. Bien évidemment, la douleur n'ira pas en s'arrangeant mais les fans de la première heure ne seront pas dépaysés à l'écoute de « Dissident » : l'intensité générale et l'aspect déchiré dominant ressemblant fortement aux compositions de « Ten ». Son introduction est mémorable, on en a déjà la larme à l'œil, une ambiance chaleureuse et rassurante s'empare très vite de nous tandis que le tonton Vedder commence à nous conter de belles histoires près du feu. C'était la première partie car après cela, les mots manquent terriblement tant l'émotion reste incommensurable, nous file des frissons et on y retrouve une bonne dose de gros riffs, même jusque dans les morceaux les plus touchants comme celui-ci.

Pour en revenir aux quelques influences folk de ce « Versus » non seulement contenues sur « Daughter » mais aussi sur la très calme « Elderly Woman Behind the Counter in a Small Town » - précisons que ce second opus est aussi un poil plus varié que « Ten » même si son contenu diffère totalement. A ce titre-là, il est toujours intéressant de remarquer qu'un seul titre sort réellement du lot par son attitude positive et optimiste, ce qui est plutôt étonnant dans un album aussi lourd et puissant musicalement. De ce fait, « Glorified G » nous sert un funk/country un peu relâché, très sympathique à l'écoute, que Neil Young n'aurait évidemment pas renié (cf. aussi les bonus du disque). Hormis cela, on sait tous que le jeu de guitare de McCready a toujours contenu un peu de stoner (« Animal » par exemple) mais sur « Rats » - Eddie Vedder se glisse dans la peau de Billy Gibbons (ZZ Top) lorsqu'il fait appel à ses graves, ce qui donne parfois une mouvance un peu rock sudiste.

Un dernier aspect que nous n'avions pas évoqué mais qui apparaît discrètement sur cet opus : les expérimentations de « W.M.A. » et de « Indifference ». L'une de ces pièces réussit tout de même à atteindre les six minutes, passant d'un rythme typiquement tribal à des envolées très colériques, soutenues par un Dave Abbruzzese qui prend de plus en plus d'importance par la maîtrise de multiples percussions (cymbales, tambour, octobans). Dans une moindre mesure, l'ambiance apaisante, planante et bluesy de « Indifference » pourrait aussi faire partie de ces petites folies, Eddie Vedder employant pour l'occasion un tambourin.

« Versus » devrait faire taire quiconque essaie d'affirmer que Pearl Jam n'est pas un artiste à la hauteur de la scène grunge. Non, PJ ne se résume pas exclusivement à ses performances commerciales ou à sa seule élite de fans féminine et au diable les codes, c'est un pas de plus vers la marche de l'underground, une franche bataille contre le succès, une philosophie punk débordante que Eddie et ses comparses devront continuer à mener de tout cœur dans les années qui suivent.

9 Commentaires

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samolice - 03 Juillet 2014: Merci pour la chro, très réussie. Je n'avais jamais réalisé que Dave Abbruzzese tenait les baguettes sur ce skeud. Joue t'il aussi sur "Vitalogy" (un album dont j'attends maintenant ta chro avec impatience héhé)?
Hacktivist - 03 Juillet 2014: En effet, il joue aussi sur "Vitalogy" même si Jack Irons, le futur batteur officiel de PJ a, on dirait, déjà commencé à prendre la relève sur un des titres de cet opus où il apparaît notamment ("Hey Foxymophandlemama, That's Me"). Oui, mais avant d'écrire sur "Vitalogy" - je compte bien passer un peu sur Soundgarden pour continuer de chroniquer la discographie qui me tient aussi à coeur. Et merci beaucoup pour ton commentaire :-)
Arkhamian - 06 Juillet 2014: Cet album est un chef d'oeuvre. Ten en est un aussi, VS est plus riche, plus varié, plus technique, plus beau encore. La patte de Dave Abruzeeze est mille fois plus présente que sur Vitalogy, et c'est un régal. A mon avis s'il y a un album de PJ à posséder, c'est celui-là, même si la réédition de Ten arrive à lui faire concurrence, avec un remixage incroyable.
Hacktivist - 08 Juillet 2014: Oh oui, et j'aime encore plus "Ten" avec les bonustracks qui y sont proposés ("Dirty Franck" est énorme...). Me concernant, j'aurai toujours cette grosse préférence pour "Ten" car au-delà de la nostalgie, c'est un album qui me fait vibrer du début jusqu'à la fin. Mais les deux premiers opus se valent largement et présentent tout deux quelque chose d'unique à mon sens.
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