Le pourtant bon Of
Empire Forlorn hélas passé inaperçu, démontrait simultanément les limites du discret label italien
Eibon Records, et le désintérêt des metalheads pour le vieux Heavy
Metal et son cousin le
Doom traditionnel.
Mais les temps changent, sans doute à cause de l’overdose de mièvreries venues de Finlande, la résistance s’organise pour remettre au goût du jour le bon vieux Heavy sans papillons ni chemises à jabot. Cruz Del Sur, autre label italien en pleine ascension offre ainsi sa confiance aux chevronnés américains, leur permettrant d’élaborer leur troisième full lenght
Vast Oceans Lachrymose (2009).
Non seulement la bande à Tom Phillips confirme tout son talent sur cet album, mais ils poussent leur style jusqu’à l’excellence. Influencé tant par le Heavy que par le
Doom trad ou les groupes Prog 70’s,
While Heaven Wept a tiré le meilleur de son background pour proposer un style épique inimitable.
While Heaven Wept n’a pourtant pas choisi de se faciliter la tâche, envoyant d’entrée The
Furthest Shore et ses 16 minutes, exercice des plus casse gueule repoussant instantanément l’auditeur en cas de longueurs ou de redondances. Mais la maturité des américains est telle que ce long titre à tiroirs passe aussi vite qu’un morceau de
Anal Cunt… Soli de clavier et de guitare, accélérations burnées (7 :00), refrain imparables, passages acoustiques, approche progressive sans trop en faire, rien n’est laissé au hasard.
A noter un apport important par rapport aux productions précédentes en la personne de
Rain Irving, chanteur exceptionnel à la palette large, apportant une émotion toute particulière aux morceaux. Tom se voit ainsi soulagé, se cantonnant à la guitare et aux backing vocals (avec la claviériste Michelle) lors des représentations scéniques. A l’image de la pochette, Vast Oceans Lachymose est un hymne épique menant l’auditeur au milieu des flots tourmentés du Heavy /
Doom, le combo possède en effet ce grain triste / mélancolique, sans jamais tomber dans le côté neuneu du power mélodique.
Comme sorti d’une autre époque (mais justement, ils sortent d’une autre !!!!!!),
While Heaven Wept exploitent des facettes Prog et Heavy façon
Fates Warning notamment, ils y ajoutent en revanche une dose de misérabilisme / tristesse qu’on peut apparenter au
Doom et qui leur donne cette identité si particulière.
Chris Salamone leur a d’ailleurs concocté un son sur mesure dans son studio éponyme, dotant
Vast Oceans Lachrymose d’une production propre, mais peu axée sur les fréquences basses, ce qui lui donne un rendu plutôt 80’s, même si tout y est un peu plus puissant : combiner l’esprit des origines avec la puissance actuelle est le parfait compromis.
Après un premier titre plutôt Prog, les compositions se font plus Heavy, To Wander the
Void captive avec les chœurs entêtants du refrain, ses riffs puissants, quelques passages assez techniques, ainsi qu’un solo tout en bravoure et un final avec guitares lacrymales, justifiant la nom de l’album. Living Sepulchre est encore plus couillue, envoyant d’entrée une rythmique basse très solide appuyant un riffing flamboyant, énorme travail au chant également.
Le clavier de Michelle Schrotz vient de temps à autre compléter les atmosphères sans jamais empiéter sur les instruments à corde : il fait davantage office d'outil ambiant, souvent en arrière plan (
Vessel).
Se moquant des modes qui vont et viennent,
While Heaven Wept obtient enfin une reconnaissance méritée dans l’underground grâce à un
Vast Oceans Lachrymose, forgé par des musiciens au summum de leur talent et de leur inspiration. Rajoutons à cela un artwork magnifique (basé sur un tableau du peintre anglais du XIXème John Martin) qui contribue à plonger l'auditeur dans leur univers, et ce troisième album s’impose tout simplement comme un chef d’œuvre, indispensable pour les amateurs d’un Heavy puissant, épique, raffiné, et pourtant toujours pur.
Attention, ne surtout pas confondre
While Heaven Wept avec le Speed mélodique gay (il paraît qu’il faut dire
Power Metal européen mais je préfère l’ancienne dénomination, plus explicite à mon sens), vous risqueriez de les vexer…
BG
Cela dit, je suis pas tout à fait d'accord avec toi quand tu dis que le groupe prend le risque de lasser l'auditeur en mettant leur pavé en première place. Ils prennent un risque, certes, mais pour moi, le risque est surtout que ce morceau est clairement le meilleur de l'album, le mieux construit, le plus recherché... Bref, en gros, ils mettent le paquet au tout début et les morceaux suivants pâtissent de ce choix. Moi, à la première écoute, les morceaux suivants m'avaient déçu faute de ne pouvoir égaler The Furthest Shore (mon Dieu, ce final !) alors que pourtant ils sont très bons aussi !
Pour moi c'était vraiment une erreur de leur part (la seule, mais pas des moindre) parce que s'ils l'avaient mise à la fin, ils finissaient en apothéose et l'auditeur en ressortait totalement soufflé.
Mais bon, je chipote, ma note serait grosso modo la tienne, on a bien à faire à un excellent album ici.
L'album est remarquable tout du long, je persiste à dire que balancer un pavé monstrueux d'entrée de jeu est risqué, mais c'est une erreur uniquement si le reste des compostions ne suis pas, ce qui est loin d'être le cas ici.
Parce que sinon, pour moi aussi c'est un risque ou plutôt une erreur, ça fait de l'ombre aux autres morceaux et c'est quand même dommage. L'album est plutôt mal équilibré. Et c'était pourtant facile à éviter, il suffisait de mettre The Furthest Shore à la fin et ça passait comme une lettre à la poste.
Mais je rappelle que je chipote, je suis pas non plus en train de dire qu'ils ont chié dans la colle. Si plus d'albums comme ça sortaient, ça serait le paradis sur Terre.
Dantesque le "The Furthest Shore".
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