Quiconque s’intéresse de près à la scène extrême belge doit forcément connaître Déhà. Multi instrumentiste de talent et touche-à-tout, l’homme, ayant entre autres officié derrière le micro de
Dunkelnacht et s’imposant comme la tête pensante de We All
Die (Laughing), évolue également dans des formations un peu moins reconnues mais non moins excellentes telles COAG ou
Deviant Messiah.
C’est cette fois-ci d’un autre groupe plus ou moins anonyme dont il convient de parler,
Merda Mundi, one man band de black particulièrement violent et hermétique fondé à Mons en 2006 par le fameux artiste.
VI - Khaos est déjà le deuxième full length de l’entité (et, comme son nom l’indique, la sixième réalisation sous ce patronyme si l’on compte les différentes démos), Déhà est donc pour le moins prolifique, mais surtout, et c’est le plus important, il se montre particulièrement inspiré lorsqu’ il s’agit de nous balancer un black glacial, hypnotique et cauchemardesque à la gueule.
Une intro lugubre et glaçante nous plonge immédiatement dans l’horreur, avec ce bourdonnement souterrain, ces chuchotements diffus et inquiétants, et ces râles à la limite du soutenable qui semblent émaner du plus profond des Enfers, portés par une basse sourde à la lourdeur abyssale et des arpèges tordus qui paraissent vouloir vous souiller l’âme. Soudain, les voix se font de plus en plus pressantes, impérieuses, et viennent éclater en un hurlement dément qui déclenche la furie destructrice la plus totale: le rythme est ultra rapide, les riffs sont glaciaux, tranchants et hypnotiques, et les vocaux totalement arrachés et démentiels.
Nous voilà partis pour 36 minutes d’un black de haute volée, retranscrivant parfaitement l’essence diabolique et bestiale des profondeurs,
Merda Mundi dégueulant une musique à la fois lourde et rapide, extrêmement immersive et totalement hypnotique, alternant blasts terrifiants et parties plus lentes et rampantes propres à insinuer des images plus sournoises dans notre esprit déjà malade.
Non,
Merda Mundi ne fait pas dans l’originalité, mais le one-man-band maîtrise totalement son sujet et le côté lancinant et vicieux des parties lentes, aux arpèges tordus et maladifs (The Signs of Sins), contraste avec des accès de violence sporadique et complètement hystérique, formant des montagnes russes schizophréniques délicieusement chaotiques.
Certaines parties peuvent faire penser à
Dark Funeral dans la beauté destructrice et envoûtante de ces harmoniques infernales et leur rapidité d’exécution phénoménale (le début d’
Odium, le riff à 0,40 minutes d’
In League, majestueux), tandis que les vocaux complètement inhumains, ainsi que certaines accélérations supersoniques, rappelleraient presque les tarés d’
Anaal Nathrakh en version foncièrement black (le début d’
In League). Enfin, l’ambiance particulièrement sulfureuse, opaque et sataniste qui enveloppe ces sept blasphèmes (parfaitement rendue sur Ad te
Domine) renvoie au meilleur de la scène true black, me rappelant dans une certaine mesure le travail de
Cryfemal, avec cette majesté grandiloquente et décadente et cette noirceur insane particulièrement prenante.
Bref, chacun pourra y trouver les références qui lui plaisent, mais finalement, peu importe, car ce qui est sûr, c’est qu’aucun blackeux digne de ce nom ne pourra rester insensible face à une telle offrande.
Alors certes, ce
VI - Khaos ne sera peut-être pas une révolution dans le monde du black metal, mais il sonnera à coup sûr comme une véritable révélation, risquant même de laisser les plus faibles sur le carreau.
A la fois hypnotique et insoutenable, aussi attirant que repoussant, un peu comme le spectacle révulsant et fascinant d’un corps qui brûle, cette nouvelle réalisation de
Merda Mundi s’impose d’ores et déjà comme un coup de maître, mettant un peu plus en lumière le travail d'un artiste qui n’a décidément pas fini de nous malmener et de nous surprendre, et ce pour notre plus grand plaisir.
Vous recherchez un black ouvertement malsain, violent, satanique, beau, froid et dérangé, et vous avez été déçus par le nouveau
Gorgoroth ? Vous savez ce qu’il vous reste à faire…
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