Haine, violence, fureur, destruction. Voilà quatre mots qui pourraient résumer à merveille la dernière offrande de
Merda Mundi, one man band de black metal incarné par Déhà, hyperactif de l’underground belge faisant notamment partie de
Slow, We All
Die (Laughing), COAG,
Deviant Messiah ou
Imber Luminis pour n’en citer que quelques-uns parmi une liste longue comme le bras.
Il y a black metal et black metal me direz-vous, et ici, les amateurs d’extrême brutalité peuvent se réjouir car avec ce
Hatred, troisième full length au patronyme tout sauf usurpé, l’artiste a clairement choisi son camp: le côté le plus total, hideux et annihilateur de l’art noir. Sur ces 36 minutes, tout n’est que sauvagerie et violence, pas trace d’une quelconque once d’humanité, de mélodie ou de lumière. L’expérimentation et l’originalité sont absentes,
Merda Mundi se focalise principalement sur l’extermination, portée par des attaques extrêmement rapides et barbares qui anéantissent toute forme de vie, ne laissant qu’un champ de ruines et de cendres derrière elles (le début de
Castigate Them, l’ultra violence qui propulse Annihilate
Them sur les chapeaux de roue); ces blasts supersoniques, le chant hurlé de Déhà, constamment au bord de la rupture (on imagine cette grosse veine bleue pulsant sur son cou prête à péter), vomissant une haine et une rage tellement intenses qu’il semble nous lacérer l’âme comme mille lames rouillées et chauffées à blanc pour mieux imposer sa propagande délétère, ces riffs dissonants qui sifflent comme un magma chaotique, le tout forme un bloc très compact et difficilement supportable pour l‘auditeur non initié.
S’il y a quelques moments de répit (le riff black n’ roll dès 4,25 accompagné de ce bon vieux Ough des familles sur
Castigate Them, les quelques ralentissements de Annihilate
Them, ce riff lourd et headbangant à la fin de Fucking
Hate Them, à 11,09 minutes), c’est généralement pour mieux bourrer derrière et balancer une nouvelle copieuse giclée de napalm des fois que quelques particules de vie auraient par miracle réussi à résister au carnage, et il faut bien avouer que le tout est terriblement éprouvant, même pour les blackeux les plus aguerris ). La longueur des titres, terriblement intenses et comapcts, entre 7,03 et 12,21 minutes, n'arrange rien, et seuls les amateurs du war metal le plus brutal devraient avoir l’endurance requise, car
Merda Mundi fait passer le
Marduk des grandes heures pour des danseurs de claquette.
D’ailleurs, même lorsqu’il se fait moins effréné, l’art dégénéré de
Merda Mundi n’en est pas moins malsain pour autant, sonnant comme un conglomérat lourd, dissonant et affreusement tordu (Annihilate
Them, aux relents d’indus grinçant qui nous vrille les tympans et nous donne le tournis, avec ces dissonances et ces riffs sifflants comme un nid grouillant de serpents). Le dernier morceau, Fucking
Hate Them est de loin le plus digeste, avec des respirations plus nombreuses qui nous aident à reprendre nos esprits au milieu de ce déferlement de violence, ainsi que quelques riffs plus lisibles (mélodiques ?) que l’on aurait pu retrouver sur l’album précédent, et qui font du bien dans un album où les ténèbres sont totales.
Pour conclure, voilà un album de black metal terriblement brutal qui ne fait aucun quartier, à réserver à la frange la plus extrême du style.
Hatred est comme son nom l’indique un condensé de négativité pure, un acte de barbarie musical dont la force de frappe constitue évidemment également sa propre limite tant l’ensemble est intense, linéaire, suffocant et suintant de haine. Quoi qu’il en soit, sur ce coup là
Merda Mundi peut s’enorgueillir de son jusqu’au boutisme parfaitement assumé qui risque de définitivement éloigner tous les poseurs de la scène.
N’empêche une question persiste : qu’est-ce que ces pauvres diables ont bien pu faire à Déhà pour mériter un tel déchaînement de fureur et de haine qui, même condamnés, châtiés et annihilés, sont encore haïs pour les siècles des siècles ? Je n’en sais rien, mais une chose est sûre, il vaut mieux faire partie de ses amis que de ses ennemis... Sur ce, je vous laisse, je m’en vais modifier la note de ma chronique et la remonter de 3 ou 4 points…
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