V

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12/20
Nom du groupe Ommadon
Nom de l'album V
Type Album
Date de parution 05 Août 2014
Style MusicalDoom Metal
Membres possèdant cet album3

Tracklist

1. V1
2. V2

Chronique @ Icare

31 Août 2014

On ressort de ce V éreintés, vidés, complètement hébétés et indécis, presque traumatisés.

Oubliez tout ce que vous avez écouté en matière de doom/drone jusqu’à maintenant. Oubliez Earth, Sunn O))), oubliez Sleep, Esoteric et Culted car il y a Ommadon. Ommadon, c’est un duo anglais plutôt discret, dont les deux membres sont d’ex Snowblood, et qui sortent avec ce sobrement intitulé V leur… cinquième réalisation, si on excepte le split avec Horse Latitudes et Coltsblood. Et Ommadon, en l’occurrence, c’est aussi une expérience sensorielle unique et effroyable qui vous emmène dans une dimension parallèle où l’angoisse de l’inconnu surnage avec des lambeaux de rêves et d’humanité épars dans l’immense et froide vacuité d’un cosmos en pleine implosion. Ommadon, ça secoue, ça dérange, ça assomme, ça remue, ça révulse, en un mot ça ne laisse pas indifférent.

La dernière galette du duo se compose de deux titres monolithiques de respectivement 47 et 39 minutes, enregistrés live en une prise et masterisés par le célèbre Billy Anderson (Sleep, Eyehategod, High on Fire) qu’on ne présente plus. Voilà en guise d’introduction.



Maintenant, appuyez sur Play si vous l’osez. Le voyage commence par un bourdonnement lancinant et par des fréquences d’infrabasse traumatisantes, qui viennent insidieusement remplir l’espace sonore avant que les premiers grondements électriques n’interviennent: un son de guitare terrassant s’incarnant en quelques secousses telluriques à vous retourner le cœur, des saccades cataclysmiques à la lourdeur extraterrestre qui feraient passer Esoteric pour un groupe de heavy speed, portées par l’impitoyable pesanteur d’infrabasses monstrueuses. Ommadon évolue à la limite du drone tant il affectionne ces sonorités mugissantes et ces murs épais de basses vibrantes qui nous remuent les tripes. Les accords, lents, poisseux, bourdonnant d’une distorsion inhumaine, tournent jusqu’à nous donner la nausée, et quand quelques larsens viennent s'ajouter à la partie, on devient alors l’auditeur impuissant d’une cacophonie bruitiste à la limite du supportable.

Traumatisante expérience qu’est ce V : on peut à peine parler de musique, tout ne semblant sonner que comme un sourd grondement à la pesanteur suffocante, l’ amalgame halluciné de triturations extrêmes et de résonances distordues et grasses affolant nos méninges, le tout animé par quelques coups de batterie sourds histoire de donner un semblant de rythme à l’ensemble et de nous persuader que ce que l’on est en train de subir reste une sorte d’art, primitif, grossier et tétanisant, mais mû par un véritable sens et une conscience bien réels ; et en effet le duo anglais a un but avoué derrière cette hideuse entité qu’est Ommadon : annihiler le moi dans une quête de déstructuration sonore, et explorer les frontières de la lourdeur, de l’insanité et du malaise musical. A l’écoute de cette première pièce monolithique de 47 minutes, on ne pourra que convenir que c’est plus que réussi, chaque repère spatio-temporel étant annihilé, les rapports au matériel pulvérisés, et chaque particule d’individualité mille fois dissoute dans cet océan corrosif et hurlant de distorsion et de basse.

On attend avec douleur que ce V1 décolle, mais le titre reste désespérément encroûté sous des kilomètres d’écorce terrestre, croulant encore et toujours sous la pesanteur de ses riffs roulants, immuable et intemporel. Le tout s’enchaîne inéluctablement, comme un spectacle implacable auquel on assisterait impuissant, une immensité incommensurable et cosmique, comme la destruction, terrible et belle, d’un univers. Certes, il y a bien quelques longueurs et redondances, mais la piste évolue, fatalement, inexorablement, semblant suivre une trame logique, nous entraînant dans ses noirs méandres, et pour peu que l’on soit dans les bonnes conditions (au hasard, écoute au casque et dans le noir, dans un état second), elle se vit plus qu’elle ne s’écoute, et on décèle, presque inconsciemment, plusieurs strates musicales: un rythme pachydermique, presque humain, telle une lourde pulsation arrachée à une batterie qui revient à la vie, semble s’animer autour de 13,10 minutes sur ces saccades de guitares grasses et vomitives, mais ce n’est que pour mieux agoniser deux minutes plus tard, encore et toujours, sur ces sonorités obscènes et mourantes de fin du monde, lentes, lourdes, poisseuses et profondément dérangeantes.

A partir de 27 minutes, des stridences apocalyptiques à la limite du supportable nous déchirent les tympans, larsens décomposés qui nous lacèrent le bulbe durant deux minutes, avant qu’une sorte de sérénité post chaotique émerge et nous ressuscite: tout vibre, on a l’impression que la galaxie elle-même va imploser sous la compression de ces guitares, mais c’est un calme étrange qui domine, avec une sorte d’ambiant froid et angoissant à la Darkspace ; il n’y a plus de musique, simplement du son, et une sensation de vide et de glaceur s’empare de notre être tétanisé.


La deuxième partie de V se poursuit dans cette sorte de crépuscule lunaire, tout aussi inéluctable: ce bourdonnement sourd et électrique et ce vent astral entament la seconde piste, dressant les contours désolés d’un univers noir, froid et inquiétant, un immense espace vide où expirent des siècles de vie, et où l’on est balloté, tiraillé entre plénitude et angoisse. V2 est en quelque sorte la face insidieuse de la première plage, nimbée d’une lueur voilée et mystérieuse, la création après la destruction, le penchant complémentaire d’un V1 trop lourd et suffocant qui annihilait tout espoir. Les guitares sont moins oppressantes, comme noyées dans les hurlements silencieux de cet univers à l’agonie, se contentant de boucles ronflantes et hypnotiques aux tonalités presque solennelles. Ce n’est qu’au bout de 6,30 minutes que le terrible chaos post apocalyptique se remet paresseusement en branle et que les amplis dégueulent leur coulis de basses, appuyés par la frappe catatonique de la batterie. On revient à peu de chose près au doom/drone suffocant de la première partie, mais en moins claustrophobe, comme nimbé d’une aura plus aérienne, et on n’a désormais plus peur car on navigue, presque serein, en terrain connu.

Au bout de 15,13 minutes, les guitares se font plus saccadées et oppressantes, leurs rugissements deviennent plus lourds et menaçants, leur lenteur plus impitoyable, mais la voix muette du ciel, présente tout le long de ces 39 minutes, incarnée par ce bourdonnement et ces stridences étranges, cristallisant l'excitant et angoissant mystère d’une nouvelle vie promise, contrebalance la lourdeur nauséeuse des instruments. On a même presque un semblant de mélodie avec ces étranges notes de guitares qui semblent pleurer des larmes gelées à partir de 25,35 minutes, et un passage doom terrassant à partir de 28,45 minutes, qui, durant une poignée de secondes, nous ferait presque headbanger, avec la frappe sourde de la batterie qui impulse un rythme bien marqué.

Le tout se termine dans ces sonorités diffuses de planètes en décomposition et ce grondement de guitares de plus en plus lointain, rattrapés par l’immensité vide et glaciale de cet univers au bord de l’implosion.


Le voyage auquel nous convie Ommadon est d’une intensité rare, broyant toute spiritualité, disloquant toute individualité et pulvérisant toute once d’humanité sous cette avalanche de décibels et ce magma de basse en fusion. Durant cette transe de près de 90 minutes aux limites du drone, on assiste, impuissant, à la destruction et à l’éclosion de mille univers, et on retourne, humble et ridicule enveloppe humaine, à la poussière originelle qui nous a vu naître. On ressort de ce V éreintés, vidés, complètement hébétés et indécis, presque traumatisés. Une expérience aux frontières de la folie à ne pas recommander, assurément, sauf aux plus masochistes et extrêmes d’entre vous.

7 Commentaires

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edenswordrummer - 01 Septembre 2014: Sublime chronique ! Ta description de l'album est juste époustouflante de détails et donne envie au néophyte du doom que je suis d'écouter cette bête ! C'est par curiosité, si l'expérience est intéressante, ça ne me déplaît pas de l'essayer :)
Icare - 01 Septembre 2014: Merci pour vos commentaires! edenswordrummer: fonce!
m0nkeyz - 01 Septembre 2014: Voilà un album qui soulève bien des questions pour moi. Sans être le plus grand des fans de doom, j'apprécie réellement le genre. Mais la je ne sais comment l'interpréter : expérience musicale à vivre comme un véritable appel à l'introspection ou quête inutile des limites d'un genre (le plus étant parfois l'ennemi du bien). On se retrouve la devant une œuvre minimaliste au possible (un duo qui évolue sur 4 à 5 notes en 40 minutes), et, même si le son en soi est très soigné, je me retrouve ici avec une perplexité comparable à ce que m'inspirent certaines œuvres dites d'art moderne ou l'on a plus l'impression que le peintre a saigné du nez sur la toile qu'autre chose. Et pourtant on est parfois intrigué, attiré par l'apparent néant de l’œuvre qui devient alors matière modelable de l'imaginaire et le travail vient alors du spectateur. Comme tu le dis des conditions sont requises à l'écoute, comme un véritable labeur, et la matière prend alors forme en fonction de la sensibilité de chacun. Mais du coup l’œuvre émane-t-elle vraiment de l'artiste ou n'est elle qu'un reflet, un prétexte à la recherche intérieure et donc une création purement rendue possible par le publique, par le biais de son attention. peut on dès lors parler d'art ? Oui bon je suis parti un peu loin la, très bonne chronique sinon ;)
Icare - 02 Septembre 2014: m0nkeyz: je suis tout à fait d'accord avec toi, je rapproche aussi beaucoup cet album de l'art moderne, dans la mesure où la finalité de ce V semble plus être dans l'intention de ses auteurs et, partant, la réception des auditeurs que dans sa réalisation technique et sonore à proprement parler. D'où le débat éternel: art ou escroquerie? On a l'impression qu'Ommadon se contente de nous balancer son magma de larsens et de basses à la gueule, nous laisse nous démerder sans aucun repère, tirer de cette fusion indigeste et monolithique nos propres visions et en extirper de par notre analyse personnelle le statut d'oeuvre en en décryptant nous même des subtilités toutes subjectives. Un autre rapport à faire avec l'art moderne peut-être, c'est cet effort d'approche indispensable pour pouvoir espérer être touché par l'oeuvre : comme tu le soulignes, je pense que le contexte ainsi que l'état d'esprit dans lequel on appréhende V sont très importants. On n'écoute pas V comme un album de musique, il faut plus essayer de le vivre comme une expérience sensorielle complète, une sorte de cénesthésie qui ouvre des perspectives autre que purement musicales. C'est à mon avis seulement dans ces conditions que ce cauchemar sonore peut prendre tout son sens, s'il en a réellement. En tout état de cause, je n'ai pas la prétention de prendre position sur ce débat (d'ailleurs, pour être franc, j'ai beaucoup de mal avec l'art moderne, je veux dire, les arts plastiques, mais c'est une autre histoire...), c'est juste que cet album m'a particulièrement touché, d'où la note. Après, chacun se fera son idée de la bête, et je conçois tout à fait qu'on puisse trouver cet album juste creux, vide, insipide voire carrément inaudible!
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