Empathy for the Wicked

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14/20
Nom du groupe Ommadon
Nom de l'album Empathy for the Wicked
Type Album
Date de parution 15 Juillet 2015
Labels Golden Mantra
Style MusicalDoom Metal
Membres possèdant cet album1

Tracklist

Limited to 500 copies
1. Empathy for the Wicked: Part One 23:04
2. Empathy for the Wicked: Part Two 22:18
Total playing time 45:22

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Ommadon


Chronique @ Icare

11 Fevrier 2016

Ommadon ne laissera personne indifférent, et finalement, c’est bien ça qui compte.

Rappelez-vous, c’était le 5 août 2014, Ommadon nous avait pondu un V hallucinant et halluciné qui dépassait les simples frontières de l’expérience auditive. Formation britannique évoluant dans un doom drone bruitiste et expérimental, le duo avait immortalisé pendant 86 minutes monolithiques l’émergence, la dégénérescence et l’implosion d’une galaxie, c’est du moins l’impression viscérale qu’auront laissée ces deux titres interminables, minimalistes et ô combien éprouvants, naviguant quelque part entre le génie et la fumisterie sonore.

Car oui, la musique d’Ommadon s’apparente plus à une expérience, elle se vit ou plutôt se subit plutôt qu’elle ne s’écoute, de préférence au casque, les yeux fermés, dans le noir, dans un espace clos, sans aucun parasite sonore, et si possible sous l’emprise de substances pour dégager pleinement son potentiel à la fois nihiliste et créateur. Ommadon, c‘est un peu comme l’art contemporain, un quitte ou double éhonté et provocateur qui, au choix, laissera soit complètement froid et dubitatif, pour ne pas dire septique et méprisant, soit, au contraire, et ce de manière totalement irrationnelle, viendra transporter l’auditeur complètement médusé par ces sonorités abrasives, bourdonnantes et intemporelles qui iront le toucher dans un coin oublié de son cortex malade.


Qu’en est-il donc un an et demi plus tard avec ce Empathy for the Wicked ?
Ommadon ne s’est certes pas mis au power metal, mais on remarquera une certaine propension à rendre sa musique plus accessible, déjà via le format, les deux titres présents sur cette nouvelle galette ne faisant « que » 23 et 22 minutes.

Ceci dit, rassurez-vous, les premières minutes de ce Side A sont toujours la juxtaposition bruitiste d’un gros coulis de cordes distordues, sortes de riffs monocordes et neurasthéniques qui vibrent de toute la force d’un ampli poussé à fond, ponctués de stridences et de bourdonnements propres au drone. Mais, contre toutes attentes, un vrai rythme vient s’imprégner assez rapidement à cette symphonie pachydermique pour proposer quelque chose d’incroyablement lourd, jupitérien et… jouissif.

Car putain que c’est bon ! On croirait entendre un groupe de mort vivants sous valium qui s’essayeraient à un sludge sélénite purement instrumental.
Le groupe a enregistré ce premeir titre live à Northumberland et ça s'entend: on peut penser, toutes proportions gardées, aux passages les plus pesants et poisseux de Cult of Luna ou The Lumberjack Feedabck, et le constat est étonnant, on se prend à taper du pied voire à headbanger sur ce morceau, pour le coup plus réellement musical que bruitiste ! Evidemment, vu le style pratiqué, ne vous attendez pas à une technique instrumentale raffinée ou à des changements de rythme subtils, le tout est affreusement minimaliste et répétitif, et long, trèèèès long, ceci dit, cette lourdeur hypnotique parvient à nous foutre dans un état de transe béat (ces parties de batterie, tribales et succulentes, rappelleraient presque un Neurosis en comas éthylique) et finalement, ces 23 minutes, pour peu que vous vous les infligiez dans les conditions adéquates, passeront étonnamment vite ; les variations arrivent au bon moment, infimes, mais primordiales, petit effet de guitare, ajout d’une couche sonore supplémentaire, nouveau pattern de batterie, pour un titre qui tient plus de la cérémonie hallucinée que du véritable morceau de musique, rappelant un peu le côté ritualiste et psychédélique d’un Electric Wizard en pleine descente.

Ceci dit, quand on vit, il faut bien mourir. Et en la matière, Ommadon est expert : on a l’impression que le duo meurt et ressuscite sur chacun de ses enregistrements. C’est donc sur un léger crachotement que démarre Side B, faible signal vital dans un monde post apocalyptique où tout est déjà mort, sonar irréel dont le crachotement s’amplifie et surnage dans le néant.
Voilà le son de l’espace, glacial, immense et vide, d’où émerge petit-à-petit, en des milliers de siècles, ce son diffus se débattant pour sa survie, entre bourdonnement, sifflements, grésillement et crépitements qui forment un amalgame bruitiste mais organisé luttant contre la toute-puissance du chaos. Une sorte d’ambiant ultra minimaliste, l’autre face d’Ommadon, la descente, terrifiante de silence et d’angoisse, qui se fait de plus en plus forte, sourde et inquiétante dès 6,40 minutes. Rien de vraiment musical, mais l’attente obscène et interminable d’une explosion, d’un début, qui se fera interminablement désirer. Rien, pas de musique, aucune guitare, aucun instrument, des grincements, des mugissements, une sorte de dark ambiant ultra minimaliste qui ferait passer Trist pour un virtuose, incarnant la lente et interminable dégradation d’un corps céleste et immense, ou, au contraire, l’éveil à la vie d’une particule infinitésimale qui, en des milliards d’années, se mue lentement en galaxie.
Puis quelque chose émerge, pas un riff à proprement parler, juste un son, une corde vibrante, qui, au bout de dix minutes se mue en un ensemble de notes grasses et vibrantes, toujours noyées dans ce halo spatial; le tout est grondant, menaçant, anti-musical, sonnant comme une symphonie macabre évoquant la destruction, et il faut quand même attendre 13,12 minutes pour avoir le premier coup de cymbale qui viendra donner un semblant de rythme à ce processus immuable de destruction et de renaissance. Lent, lancinant, fascinant et hypnotique, ou désincarné, vain, creux et inaudible, à vous de mettre les adjectifs qui vous conviendront sur cette seconde plage de plus de 22 minutes, qui s'achève sur ce coulis gras de guitares bourdonnantes que les amplis dégueulent copieusement, la batterie ayant déjà rendu l'âme depuis longtemps.


Encore une fois, les Ecossais repoussent les limites de la musique en proposant une sorte de symphonie aussi bruitiste qu’organisée qui se savoure ou se vomit avec tous les sens. Ceux qui n’ont pas aimé les albums précédents auront du mal à trouver leur compte avec Empathy for the Wicked, car quoi qu’on en dise, le doom drone minimaliste reste du doom drone minimaliste, ceci dit, on remarquera tout de même que, dans leur style qui semble si figé et monolithique, le duo se permet d’évoluer un tant soi peu, s‘orientant vers des terres plus ambiant.
Quoi qu’il en soit, ce qui est certain, c’est qu’Ommadon ne laissera personne indifférent, et finalement, c’est bien ça qui compte. Une expérience à tenter, ne serait-ce que pour se faire sa propre idée…

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