Quelques notes de piano , quelques nappes de claviers , quelques arpèges cristallins suffisent pour qu'un album ou un groupe soit rapidement , et souvent injustement qualifié de Progressif . L'appellation "Rock Progressif" est née au début des années 70 , pour décrire les travaux de groupes tels que Yes , Genesis , Soft
Machine ,
King Crimson et bien d'autres .
La musique de ces groupes tendait à sortir du carcan des "trois minutes" , pour atteindre parfois les trente minutes ( souvent plus ) en développant au maximum les thèmes , en multipliant les mélodies et en sophistiquant à l'extrême afin d'illustrer une histoire , ou le plus souvent un concept .
Le groupe américain
Kansas , né en 1970 , prit le parti de faire cohabiter le
Hard-Rock avec une certaine notion de "progressisme" , liée à une très grande musicalité ainsi qu'à une virtuosité de tous les instants .
Relativement peu compris en Europe ,
Kansas connut un grand succès aux états-unis , grace à quelques hits ( "
Point of Know Return" , "
Dust in the Wind"... ) , et surtout à des prestations scéniques d'une qualité inégalable . Le groupe est composé à cette période de Steve Walsh ( claviers , voix ) , de Rich Williams ( guitares ) , de Kerry Livgren ( guitares et claviers ) , d'un couple basse-batterie ( Dave
Hope et Phil Ehart ) rompu à tous les schémas rythmiques , ainsi que d'un violoniste fantastique ( Robby Steinhardt ).
Ce double-album live est composé de 24 titres enregistrés pendant la tournée mondiale du groupe , échelonnée de mi-77 à mi-78 . Ces deux galettes offrent le meilleur de la discographie de
Kansas , et la virtuosité le dispute ici à la beauté , à l'efficacité , et même en quelques occasions à la folie contrôlée . Repoussant toute idée de démonstrations prétentieuses , ces musiciens préfèrent se concentrer sur l'interprétation de leurs magnifiques compositions tour-à-tour mélodiques , puissantes , progressives , et je n'hésite pas à le dire , géniales .
Le but avoué du groupe est d'abord de toucher l'auditeur , mais il faut toutefois souligner l'excellence du duo basse-batterie , qui fait montre d'une capacité inouie a reproduire sur scène toutes les constructions rythmiques possibles . Nous sommes ainsi emmenés dans un tourbillon de breaks , de mesures impaires , de roulements impromptus qui culminent en un solo de batterie absolument divin ( The
Spider ).
Ici , le violon électrique n'est pas utilisé comme un artifice , mais comme un instrument indispensable . C'est pourquoi il est présent sur tous les titres , que ce soit pour souligner les mélodies et les riffs , ou pour illustrer les thèmes au moyen d'interventions ébouriffantes .
S'il est question de
Hard-Rock , il est bien sur question de guitares électriques , de riffs d'une précision chirurgicale , de "
Power-Chords" concis et efficaces et de solos admirablement construits . S'il est question de "progressif" , il faut compter avec des claviers omniprésents , qui construisent les ambiances , les mélodies , et qui forment ainsi la "charpente sonore" de presque tous les titres .
Bien sur , afin de magnifier ce canevas musical , il fallait un chanteur à la hauteur...Et Steve Walsh est bien l'homme de la situation . A mille lieux de toute exagération vocale et de toute envolée pseudo-lyrique , le bonhomme pose sa voix merveilleuse , puissante , sensuelle et naturelle sur ces morceaux de bravoure avec une humilité et une assurance qui forcent le respect .
Que ce soit au travers de riffs forcenés , de nappes de claviers fantastiques , d'arpèges de piano ou de guitare acoustique , de parties de violon endiablés et d'envolées vocales admirables , l'auditeur se voit submergé par une émotion palpable de la première à la dernière note .
Les amateurs de technique pointue seront également comblés , car la plupart des morceaux recèlent leur lot de complexité , de contrastes saisissant , et de parties musicales alambiquées...Ceci m'amène donc à vous parler du monstrueux "
Magnum Opus".....
Ce morceau doit être vécu , pour être apprécié...Laissez-moi être un instant votre guide.....
Aprés l'installation d'une ambiance brumeuse et fantastique , le groupe à l'unisson expose le thème principal , puis Steve Walsh prend sa place derrière les claviers , vérifie que tout le monde est bien aux commandes du vaisseau "
Kansas" et met les gaz , immédiatement suivi par l'ensemble du groupe . Nous sommes alors conviés à un véritable voyage à travers les étoiles , entre les nébuleuses , frôlant les météorites , naviguant pied au plancher entre les mélodies et les accélérations furieuses . Une brève accalmie au milieu du morceau nous permet d'apercevoir la beauté de notre planète bleue , puis nous replongeons dans l'infini , la machine s'emballe , les solos se superposent , se multiplient dans une fièvre contagieuse et nous précipitent inéluctablement vers le néant . Se retenant à une dernière étoile , Walsh salue l'audience de la part du groupe , puis se lâche et l'explosion musicale finale nous plonge dans un trou noir sans autre espoir...que d'appuyer à nouveau sur la touche "Play" de notre lecteur de CD .
Le son de ces 24 titres n'ayant pas été remasterisé , la qualité sonore est fidèle à l'enregistrement d'origine et l'ambiance "live" est parfaitement restituée .
Pour finir , il faut signaler que ce double-album est dédié à un fan de
Kansas , frappé de cécité suite à un accident de la route en rentrant d'un concert du groupe . Un geste touchant de la part de ces musiciens décidément très attachant .
Du génie à l'état pur , débarrassé de toute autre considération...20/20 Glad.
Alors , toi aussi , tu es un vieux... non , je déconne !
Merci pour ton commentaire . Je me sens moins seul...a+
Glad.
Mais alors la chronique... ça c'est du beau travail. Félicitations!!
Très bonne chronique en tout cas.
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