Turning Season Within

Paroles
ajouter une chronique/commentaire
Ajouter un fichier audio
18/20
Nom du groupe Draconian (SWE)
Nom de l'album Turning Season Within
Type Album
Date de parution 29 Fevrier 2008
Produit par Jens Bogren
Style MusicalDoom Gothique
Membres possèdant cet album211

Tracklist

1.
 Seasons Apart
 06:31
2.
 When I Wake
 05:49
3.
 Earthbound
 08:10
4.
 Not Breathing
 05:38
5.
 The Failure Epiphany
 06:20
6.
 Morphine Cloud
 07:32
7.
 Bloodflower
 05:31
8.
 The Empty Stare
 05:46
9.
 September Ashes
 01:10

Durée totale : 52:27


Chronique @ Vinterdrom

16 Août 2008

Il était une fois dans une contrée lointaine un paisible royaume qui avait pour nom Metalgothique, formé par le grand roi Paradise Lost et dirigé d'une main de fer (dans un gant de velours) par la Triarchie Theateroftragedy / Tristania / Thesinsofthybeloved. Ce royaume coulait des jours heureux : la musique y était aussi douce que rugueuse, aussi sombre que romantique, mais par-dessus tout artistiquement intègre.
Puis vint le jour où cette quiétude fut troublée par des assauts répétés en provenance de la Metalacademy et du Celinedionmetal, les royaumes frontaliers aux velléités commerciales et à la musique corrompue, chantres du gain facile et du profit maximum. Perturbée par tout cet argent à l'éclat aveuglant, la Triarchie, déjà abandonnée par son roi à l'esprit versatile, vit son harmonie voler en éclats et ses trois provinces gouvernantes fuir le navire en péril pour suivre chacune leur propre destinée, laissant le royaume du Metalgothique aux mains des envahisseurs, qui n'ont dès lors eu de cesse de saccager son patrimoine artistique, bafouant ses valeurs traditionnelles et entachant à jamais sa renommée.
La province du Theateroftragedy céda sans hésitation à l'appât du gain, non sans avoir au passage horriblement sacrifié sa plus valeureuse combattante : Liv Kristine Espenaes. Gloire lui soit rendue et que la déchéance éternelle s'abatte sur ses anciens compagnons d'armes.
La province du Thesinsofthybeloved, sentant la bataille perdue d'avance, préféra se saborder plutôt que de tomber dans les mains de l'ennemi… La mort avant le déshonneur.
La province du Tristania, minée par des querelles internes, connut une douloureuse scission, le prince Einar Moen, accompagné de sa troupe, rejoignit les rangs ennemis, tandis que le prince Morten Veland s'en alla seul fonder la province du Sirenia qui, après des années de lutte et de résistance, finit elle aussi par rendre les armes et pactiser avec l'opposant, en enrôlant sur sa dernière œuvre en date une casserole originaire du royaume de la Metalacademy.

Triste dénouement pour toutes ces gloires passées qui ne sont plus aujourd'hui que l'ombre d'elles-mêmes (du moins pour celles qui sont encore en vie), et pour le royaume du Metalgothique autrefois florissant et dont toutes les provinces, à présent en ruines, sont tombées sous le joug des cupides ennemis … Toutes ? Non ! Une province peuplée d'irréductibles metalgotheux résiste encore et toujours à l'envahisseur : la province du Draconian qui, bien que relativement discrète, continue à perpétrer les grandes traditions du metal gothique à l'ancienne : celui où les rythmes sont pesants, celui où la terre tremble au son des grondements du chant death, celui où les guitares dégagent une senteur âcre de metal extrême, celui où les orchestrations sont imposantes, celui où le chant féminin nous berce de son aura envoûtante et romantique … du vrai, du pur, fermement enraciné dans le terreau originel.
Autant on parle de true heavy metal et de true black, on peut aussi parler de true metal goth, appellation qui n'est en rien exagérée tant le gouffre séparant ses racines de ce qu'il est actuellement devenu est insondable.
Histoire de bien enfoncer le clou et de porter haut et fièrement l'étendard de ses origines, Draconian a même davantage privilégié l'aspect metal sur cette nouvelle offrande. Les claviers, bien que toujours présents sur ce "Turning Season Within", sont un peu plus en retrait par rapport aux précédentes œuvres, le fait que le préposé Andreas Karlsson se soit éloigné du groupe (temporairement ou définitivement, on ne sait trop à l'heure actuelle) n'y étant certainement pas étranger (il n'est crédité qu'en tant que musicien de session). La formation suédoise se rapproche désormais beaucoup d'un style doom/death mélodique tel que peut le pratiquer Swallow The Sun par exemple, avec cependant une très forte dose gothique de par la présence de Lisa Johansson, au chant toujours aussi inspiré et habité par la grâce.
Draconian a également très bien négocié son pari de proposer des morceaux plus courts et accrocheurs et donc à l'efficacité accrue, tout en ménageant encore suffisamment de structures progressives pour résister à l'épreuve de nombreuses écoutes … Le bon équilibre, en somme.
Mais c'est surtout par son feeling "roots" que se distingue "Turning Season Within", cette atmosphère sombre et tragique mais non dénuée d'une lueur d'espoir, illustrée à merveille par la pochette : cet homme tiraillé entre lumière et obscurité, prisonnier de ses tourments issus de sensations ambivalentes, sensations parfaitement représentées par la musique qui constitue un ensemble massif et cohérent mais où chaque titre conserve sa personnalité propre. On peut citer notamment "Earthbound" coupé par un break acoustique à la Opeth avant de repartir dans une toute autre direction, "The Failure Epiphany" avec ses contrastes passages éthérés / passages lourds jusqu'au-boutistes, ou encore "The Empty Stare" caractérisé par un rythme extrêmement pesant.

Certes, on ne trouve rien qui n'ait déjà été entendu sur cet album, mais en se posant en défenseur des traditions du metal gothique, Draconian redonne ses lettres de noblesse au style et pourrait presque paradoxalement être qualifié d'original au vu du paysage metal goth actuel. Un paysage bien triste, où écouter un tel disque, aussi pur et intègre, est devenu denrée rare, et à cet égard, Draconian ne peut qu'être couvert d'éloges. Draconian, l'ultime rempart face à la déferlante de la Metalacademy et du Celinedionmetal … mais pour combien de temps encore ?

5 Commentaires

14 J'aime

Partager

kiol - 12 Septembre 2009: Très belle chronique, sublimement racontée. Pour ma part je reste un fan inconditionnel de "arcane rain fell" qui sonne parfaitement pour des funérailles, à écouter le jour de ma mort !?
 
danton - 17 Octobre 2010: Oups ! Gothic Doom Métal de très haute volée. Leur zique est aussi sombre qu'une rue mal éclairée de Londres au 19ème siècle. C'est bourrée de mélancolie. Bref, DRACONIAN, c'est tout simplement la grande classe.
Vrael - 05 Novembre 2011: Ha ce que j'ai ri ! Si vrai et raconté avec un second degré délicieux. Chronique bien originale.

Je ne savais pas Draconian si proche de ma vision du metalgoth, on me l'avait plutôt dit orienté funéraire (à l'image de Doom:VS enfanté par Johan Ericson).
Ca ravive mes envies de ce style qui me semble tristement agonisant ces derniers temps...
Et au vu des différentes critiques positives sur cet album - et les autres de ce groupe -, je pense me servir copieusement à la fnac après les avoir goûtés et approuvés sur deezer :p

Au plaisir de vous lire !
Lloigor - 26 Juillet 2015: Ta chronique reflète l'avis que je me fait du gothic metal. Le style qui fut lancé dans les années 90 par Paradise Lost, Tiamat, Type O Negative ou encore Moonspell (le vrai metal gothique selon moi. Puis le style s'est tellement démocratiser qu'il s'est ensuivit toute la vague à athmo/pop/à chanteuse, s'éloignant de plus en plus des racines doom et gothic rock du début. Finalement, les rares groupes encore créatifs dans cette scène sont les pionners du genre. Car pour moi, le "vrai" metal gothique, c'est Paradise Lost, Type O et consorts.
    Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire

Chronique @ Eternalis

10 Octobre 2009
Il n’est pas toujours facile de trouver dans son existence l’élément qui parviendra à rendre possible la moindre petite étincelle de bonheur. Il devient souvent impossible de vivre lorsque ces éléments existent mais demeurent inexorablement hors de portée.
Là où le black métal s’évertue à conter la déchéance, la perversion et l’horreur d’un monde en perdition, reniant toute humanité et émotion, certains semblent vouloir offrir une vision plus subtile de la souffrance et de la violence intérieure. Car étymologiquement, là où il y a douleur, il y a irréversiblement amour. Rejeter cette éventualité semblerait ridicule tant la vie ne tourne qu’autour ces antinomies amour / haine, bonheur / malheur. Le sentiment de souffrance ne venant que si l’on parvient à aimer, comment souffrir si l’on renie tout ?

Cette thèse, existentielle, aussi simple et profonde qu’elle n’est clichée, se retrouve dans chaque ligne et chaque mot du troisième opus des suédois de Draconian. Si les premières démos inondaient l’atmosphère de noirceur et de dépression plus ou moins facile (une recette doom / death appliquée à la lettre mais avec maestria comme le démontre "Arcane Rain Fell"), le réenregistrement de morceau sur "The Burning Halo" laissait entrevoir un retour de la lumière, rendant encore plus noir et tragique les parties lentes et déchirantes.

Mais Johan Ericson, vocaliste et principal compositeur, ne cachait pas son amertume et sa déception à sa sortie, le jugeant bâclé et sans mal produit. C’est néanmoins dans cette direction que "Turning Seasons Within" et sa (une nouvelle fois) sublime pochette vont se diriger.
Un doom mélodique, lent et lourd, à l’emphase mélodique superbe, empreint de mélancolie et de noirceur. "Seasons Apart", le premier titre, montre que les chœurs sont de plus en plus présents, gothiques et sombres. La voix de Lisa Johansson, véritable ode à la grâce et à la beauté, incarne la parfaite métaphore de cette vision éphémère et vitale de l’amour, devenant impossible lorsque les éructations de Johan déchirent l’atmosphère. Ne se permettant aucune interventions claires, l’homme, à vif, mais sans haine, délivre une prestation s’approchant d’une essence très pure de la souffrance, brut et véritable.
Néanmoins, et ça en deviendrait presque surprenant, Jerry Torstensson, derrière ses futs, insufflent une puissance incroyable aux morceaux, notamment grâce à son jeu dynamique (descentes de toms en veux-tu en voilà) et surtout à une production le mettant très en avant au mixage.

"When I Wake" met par exemple parfaitement en valeur cet état de fait, tandis qu’"Earthbound" laisse perler une profondeur hypnotique dans ces arpèges répétitifs positionnés en superposition d’un mur monolithique de guitares désenchantées. Lisa transperce de ses vocalises l’auditeur, tandis que Johan se ferait presque plus black, dépressif et violent, pour un contraste saisissant et émotionnellement très fort, pour peu que l’on soit dans une humeur à réellement comprendre le fond du disque, qui ne fera alors que transcender nos propres émotions.

"Turning Seasons Within" est poignant le long de neuf compositions, longues et désincarnées, litanie à la tristesse et l’impossibilité du bonheur. Si "Earthbound" représente un sommet quasi irréversible, la nonchalance du riff de "Bloodflower" évoquera sans doute les instants les plus difficiles d’une vie, ceux qui nous laisse au bord du gouffre, où la colère désabusé de Johan semble encore vouloir lutter tandis que la vie (ses riffs lancinants et mortuaires) ne parait plus vouloir faire de gestes. La mélancolie présente dans les ultimes notes de piano laissant en suspens beaucoup de sentiments.
Evoquer le presque folk "The Failure Epiphany" devient indispensable, qui, loin de prendre la forme d’une lueur d’espoir, voit Lisa chantée de manière plus noire que d’habitude. Les mélodies du refrain, sublimées par le chant d’outre tombe de Johan, rentrent dans la tête pour ne plus en sortir, tandis qu’un break quasi thrash fait son apparition.

Sans chercher à révolutionner quelconques bases musicales, Draconian parvient à créer un monde et à instaurer une réalité émotionnelle d’une force indescriptible, vivant et proche de nous. "Morphine Cloud", à l’ambiance fantomatique et latente, gothique, se pare de riff des plus simples, mais qui touche, réellement. Le jeu des deux vocalistes est une merveille, amalgame de la belle et la bête, de l’homme et la femme mais surtout de ce cruel amour impossible qui nous ronge chaque jour un peu plus.
Une écoute superficielle délivrera un album simpliste et soporifique pour peu que l’on ne veuille pas y prendre la peine de le comprendre. Mais derrière tout ceci, il y a une mélancolie et une âme que toute trace de technique ne pourra jamais recréer. Draconian, en choisissant la profondeur d’interprétation à la superficialité technique, à simplement choisis de se poser en messager de la douleur humaine. Il n’est pas le seul certes, peut-être pas le meilleur également, mais ce qu’il véhicule est beau et noble. Il véhicule ce que certaines âmes sombres se bornent à appeler le tragique de la vie…

3 Commentaires

7 J'aime

Partager
Eternalis - 13 Avril 2010: Un énorme merci pour ton commentaire...qui me va droit au cœur...
Celldweller55 - 10 Septembre 2010: Je rejoins Feanor sur le fait que cette critique est excellente (pour changer)
J'ai écouté cet opus dans le train ce matin et j'ai plutôt aimé, un bon 15/2O. Mais dans le genre doom gothique, la pépite reste pour moi "The Great Cold Distance".
    Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire

Commentaire @ metalpsychokiller

01 Juin 2009
Déjà quatorze ans qu’existe le combo suédois Draconian
Mais si la période 1994/2001 avait été celle des tâtonnements, des démos et du seul accouchement difficile d’un « The closed eye of paradise » contestable ; la suivante, consécutive à l’arrivée de Lisa Johansson à l’été 2002, s’avéra beaucoup plus constructive et prolifique. Le son devint plus noir, se ralentit jusqu’à devenir doom. Une nouvelle démo « Dark Oceans We Cry » plus méritoire et bien accueillie entraina une signature chez Napalm Records.
Arrivèrent alors « Where Lovers Mourn » en 2003, « Arcane Rain Fell » en 2005, et « The Burning Halo » en 2006 (ersatz d’album puisque n’ayant que 3 nouveaux titres). Et à chaque fois la même impression, voir frustration : Comment un tel potentiel émotionnel incroyable, capable de délivrer un « She dies » d’exception, peut-il s’asservir à une pareille jachère dans ses compositions ? Un instant exacerber nos sens, nous émouvoir, nous faire frissonner par des mélodies évanescentes emplies de spleen ou des attaques vocalises gutturales à souhaits, et celui d’après nous rendre presque léthargiques en calquant longueur sur langueur. Draco ne restera t’il qu’un éternel espoir délivrant son immense talent avec parcimonie…
Turning Season Within, produit par Jens Bogren et D Castillo (Opeth, Katatonia) est la réponse à ces doutes sur la capacité du band à accéder à l’échelon supérieur. Le groupe est arrivé à maturité et s’impose comme le chef de file incontestable de cette fusion brulante de doom et de gothic.
Rien de nouveau pour autant, Draco faisant toujours du Draco. Quelques relents de « My dying bride », le syndrome de la belle et la bête, la symbiose entre le caverneux viril masculin et la beauté du chant clair féminin. Des morceaux d’ambiances surnaturels emplis de breaks, de ruptures, d’accélérations, alternants passages romantiques évanescents avec des plages plus agressives aux riffs saccadés, lourds et sombres. Les lyrics ne parlent plus de dieu et des anges, mais de la propension de l’amour à être ciel ou enfer, de déceptions et de sentiments sans espoirs. Des mélodies divines de rêves, brumeuses, éternelles, secouées d’intermittences plus âpres et violentes.
Un vrai bijou que cet opus; et sans conteste un juste équilibre trouvé et une perfection frôlée. J’aurais même peut-être utilisé le terme chef d’œuvre si le caviardage outrancier de voices over du label sur le cd promo ne m’avait empêché d’en apprécier totalement la quintessence.
Enfin, pour conclure en un mot : Indispensable.

MPK 18/20

0 Commentaire

1 J'aime

Partager
    Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire