The Wizard and the Tower Keep

Liste des groupes Heavy Metal Legendry The Wizard and the Tower Keep
ajouter les paroles de l'album
ajouter une chronique/commentaire
Ajouter un fichier audio
Nom du groupe Legendry
Nom de l'album The Wizard and the Tower Keep
Type Album
Date de parution 25 Octobre 2019
Style MusicalHeavy Metal
Membres possèdant cet album1

Tracklist

1.
 The Bard’s Tale
 
2.
 Vindicator
 
3.
 The Wizard and the Tower Keep
 
4.
 The Lost Road
 
5.
 Sorcery’s Bane
 
6.
 Behind the Summoner’s Seal
 
7.
 Earthwarrior
 

Chronique @ Hibernatus

19 Novembre 2019

les Pennsylvaniens continuent de suivre leur pente de la meilleure manière possible : en la montant

Vidarr, leader de Legendry, me désespère en signalant dans une interview récente qu'il n'est pas en mesure d'envisager une tournée en Europe : alors qu'un Courts of Chaos ou un PWOA seraient le parfait écrin pour révéler au vieux monde l'étendue du talent de cette formation. Des fois, j'en ai marre de m'intéresser à des groupes novateurs que je ne peux pas espérer voir en live. Faut dire que j'y mets pas du mien, je pourrais les trouver à New York ou sur la Bay Area ; mais non, crétin que je suis, je m'en vais les chercher dans des trous perdus comme Wichita ou Pittsburgh. J'ai attendu près de 30 ans de voir Manilla Road sur scène : si j'en fais autant pour Legendry, j'anticipe la crise dans un EHPAD sordide où un vieillard bavouillant s'en va trépigner :
-Je veux aller au concert de Legendry ! Je veux aller au concert de Legendry !
-Mais oui, monsieur Hibernatus, mais oui. En attendant, prenez donc vos cachets.

Une chose est désormais certaine, les métallos de la Rust Belt ne sont pas du genre à proposer plusieurs fois le même album. Un premier full length estampillé 2016 avait révélé leurs ambitions de jeunes loups entrant par effraction et à grand coups de crocs dans un genre Heavy épique en pleine renaissance, où ils démontraient tout leur talent d'épigones. Deux ans plus tard avec « Dungeon Crawler », ils commencent à subvertir le style en rendant moins transparentes leurs influences Heavy et en élaborant de longs titres travaillés baignant dans une ambiance vintage très 70' : c'est à la mode, encore faut-il réussir son coup, ce qui est ici pleinement le cas. Déjà, quand on a un batteur capable de faire un solo qui n'engendre pas l'ennui, c'est un atout dans le genre.

Passés dans l'écurie de High Roller Records, les Pennsylvaniens continuent de suivre leur pente de la meilleure manière possible : en la montant. « The Wizard and the Tower Keep » est largement aussi touffu que « Dungeon Crawler » ; mais quand on se perdait parfois dans les développements du second, l'écoute du dernier est étonnamment plus facile, en dépit de titres plus longs. La succession de morceaux très différents ne nuit pas à la cohérence d'ensemble, garantie il est vrai par le format concept album : le disque est basé sur une histoire écrite par Vidarr. Je glisse ici un aparté : DMR Books l'a publiée tout récemment dans un recueil de nouvelles écrites par des musiciens de Metal (dont un certain Hellwell, nom de plume du Shark), sous le nom de « Swords of Steel Omnibus ».

L'équipe est inchangée : Vidarr à la guitare et au chant (plus le mellotron et la mandoline), Kicker à la batterie et depuis « Dungeon Crawler », Evil St Clair à la basse. Les deux premiers patronymes sont bien sûr des pseudos, mais il paraîtrait que le prénom du 3e soit bien inscrit à l'état-civil : prédestiné à jouer du Metal, celui-là. Les touches d'orgue Hammond et de violon sont respectivement exécutées par l'épouse et la belle-sœur de Vidarr. La composition est assez collective et les trois musiciens sont crédités des titres.

Clavier, violon, mandoline ? Il serait malhonnête de taire les influences Rock-Prog, Hard et Folk de groupes adulés par Legendry, genre King Crimson, Jethro Tull, Uriah Heep ou Rush. J'y ajouterais bien le Space Rock à la Hawkwind, dont je trouve parfois certains relents. On n'a pas ici un simple Heavy épique revival stéréotypé, mais un conglomérat d'inspirations, parfois déroutantes, unifiées par une solide armature Metal.

Nombreux, les bruitages et effets spéciaux peuvent surprendre à la première écoute, mais s'avèrent judicieux lors des auditions suivantes. Vidarr confirme son goût immodéré pour la wah wah (un peu partout) et donne à sa guitare une distorsion parfois grinçante (intro de Behind the Summoner's Seal, premières notes de The Lost Road). Très présente, la basse d'Evil St Clair est dopée à l'overdrive, qui lui donne beaucoup d'écho. On trouve pas mal de samples introductifs ou conclusifs bien dosés. Intégrés dans Sorcery's Bane, les froissements métalliques d'épées prennent un rôle de ponctuation rythmique des plus pertinents. Dans un autre registre, les « Huh » de bûcheron de Vidarr servent le même propos.

Des touches folk sont présentes dans 3 titres. La calme intro acoustique The Bard's Tale (à toute épopée il faut une ouverture adéquate) a un relent très celtique, notamment avec les trémolos de mandoline de la fin. De ponctuelles enjolivures sont discernables dans Earthwarrior, mais le folk acquiert une toute autre dimension dans Sorcery's Bane, avec le thème gaélique incantatoire qui scande ce morceau ; tantôt à la guitare, tantôt au mellotron, il est toujours sous-tendu par un violon déchiré, de plus en plus prépondérant et aussi, de plus en plus crissant. Perturbant au début, on finit par l'adorer tant il contribue à l'intensité de ce long titre épique et majestueux.

L'aspect psychédélique et Space Rock est bien là, mais reste circonscrit, sans jamais occuper un titre entier. On ne fera pas d'overdose d'orgue Hammond, il ne rehausse que l'arrière-plan de deux morceaux. Le psyché ne bride pas l'énergie de titres plutôt Speed, comme Behind the Sumonner's Seal ou le long The Lost Road aux accents... Roadiens, justement, dont on appréciera au passage les échappées de basse récurrentes.

Il n'est d'ailleurs pas toujours là : résiduel sur l'éponyme, une power ballad au dernier tiers instrumental accéléré, et absent sur le pur Heavy Metal un peu Priestien qu'est Vindicator, plutôt bon mais dont on regrettera qu'il fasse l'objet du (fort kitch) clip officiel. Il est vrai que dans les titres courts et percutants, on n'avait guère le choix.

Cette longueur de beaucoup de titres (ils sont 7 pour 47mn), et certaines influences 70' du groupe, ne font pourtant pas de TWatTP un album « progressif ». Les 8'45 de l'obsédant, lancinant et fier Sorcery's Bane n'ont pas une once de prog : lourd, puissamment martelé, ce low tempo reste linéaire dans sa structure et puise sa force dans la tension permanente induite par la section rythmique exemplaire, la répétition obsédante des thèmes, un lead du feu de dieu et un refrain solennel (une recette qui fait l'efficacité du fameux Veteran of the Psychic Wars de BÖC). Avec ses 11', Eathwarrior fait traverser des paysages variés, mais sa composition n'est pas pour autant complexe. On part d'un tempo bien balancé pour finir peu à peu sur une ample ballade océanique au terme de laquelle le groupe a l'élégance de nous épargner la facilité d'un fade out : pas le genre de la maison, les fins sont abruptes et l’enchaînement avec le titre suivant immédiat.

Quelques mots, enfin, sur les nets progrès du chanteur-guitariste. La voix de Vidarr ne sera jamais une grande voix du Heavy, trop limitée en registre, mais son timbre reste attachant et il a pris une franche assurance par rapport aux précédents albums. Moins mixé en retrait, son chant plein de conviction n'est pas pour rien dans la réussite des meilleurs titres. Quant à la guitare, il plante désormais ses soli avec aplomb et acquiert une belle maîtrise dans la gestion des longs leads.

Magistralement contrôlé de bout en bout, « The Wizard and the Tower Keep » confirme des qualités qu'on pouvait percevoir dès « Mist of Time », premier album de Legendry. Le trio de Pittsburgh démontre qu'il a largement dépassé le stade de l'imitation : fièrement inscrit dans l'Epic Metal, son Heavy se détache du nombreux peloton de la vague revival. Il est mûr pour prendre date.

0 Commentaire

6 J'aime

Partager
    Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire