Figure majeure du metal asiatique,
Crystal Lake s’est imposé au fil des années comme l’un des groupes les plus explosifs de la scène moderne. Mais c’est véritablement avec l’arrivée du frontman Ryo Kinoshita en
2012 que la formation japonaise franchit un cap décisif. Grâce à son intensité vocale et à une identité sonore qui mêle la violence de l’hardcore à des mélodies particulièrement accrocheuses, le collectif atteint rapidement une reconnaissance internationale, culminant avec
Helix, considéré notamment par votre modeste chroniqueur comme l’un des albums de metalcore contemporain les plus marquants et spectaculaires de sa décennie.
Malheureusement, après plusieurs années sous pression, Ryo Kinoshita quitte finalement le groupe en 2022 pour des raisons liées à sa santé mentale et à des difficultés d’adaptation au rythme de l’industrie avant de lancer son propre projet Knosis. La formation nippone entame alors une nouvelle ère avec l’arrivée du chanteur américain John Robert Centorrino, principalement connu pour son passage au sein du groupe de deathcore
The Last Ten Seconds Of Life.
Six ans après son dernier opus
The Voyages,
Crystal Lake revient avec The Weight Of The Sound, une septième toile studio et un premier disque à voir apparaître John Robert Centorrino au micro. Et c’est justement sur ce point que se fait sentir le premier véritable changement. Là où Ryo Kinoshita impressionnait par sa large palette vocale et par son amplitude ébouriffante, notre vocaliste américain adopte une approche beaucoup plus traditionnelle. Certes ses hurlements sont solides, parfois même féroces, mais ils restent globalement plus convenus et moins spectaculaires que son prédécesseur. Les prestations sont donc efficaces mais elles sont rarement surprenantes, ce qui donne à l’ensemble un visage plus classique.
Ce caractère plus élémentaire se retrouve d’ailleurs dans l’écriture des compositions. Le quintet conserve bien sûr les fondamentaux de son identité avec ses riffs acérés et ce sens de la mélodie qui a toujours constitué l’une de ses signatures, la majorité des titres reposent d’ailleurs sur cette combinaison d’agressivité et de refrains racoleurs typique du metalcore. Mais là où un Heliix débordait d’idées, d’accélérations imprévisibles et de passages aussi destructeurs qu’inventifs, The Weight Of The Sound paraît nettement plus sage dans sa construction. Les morceaux suivent des structures plus linéaires et plus prévisibles et l’on cherche régulièrement en vain ces moments de folie pure qui faisaient autrefois exploser des recueils comme
Aeon, Machina ou
Into the Great Beyond. Les breakdowns, toujours présents, n’atteignent jamais vraiment l’impact colossal auquel le combo nous avait habitués.
Pourtant, l’opus démarre sous de très bons auspices avec Everblack, probablement l’une des seules chansons à renouer pleinement avec l’ancien
ADN du groupe. La batterie y est totalement déchaînée entre doubles basses martelées, blasts incisifs et une dynamique rythmique qui donne à la pièce une véritable portée. Le riffing mélodique vient parfaitement tempérer cette déferlante de percussions tandis que l’alternance scream/chant clair lors du refrain crée une forme de communion assez inédite dans la discographie du groupe. La panne, soutenue par une double pédale massive, s’apparente quant à elle à une véritable mandale. On retrouve même par instants certaines sonorités électroniques évoquant l’univers de
Signs Of The Swarm mais on regrettera la présence extrêmement timide de son frontman David Simonich, invité à n’apparaître que durant les dix dernières secondes de la mélodie.
La dynamique se prolonge d’ailleurs avec
BlüdGod qui partage bon nombre de caractéristiques avec l’écrit précédent. Taylor Barber, convié sur les couplets, bénéficie d’une présence bien plus notable et participe clairement à la robustesse du morceau. Le breakdown s’avère particulièrement réussi, notamment grâce à l’intégration de textures ambiantes qui viennent créer un contraste étonnant mais très appréciable avec l’agressivité générale du titre, de quoi faire de cette piste l’un des temps forts de l’ouvrage.
La suite se révèle malheureusement plus inégale. Une proposition telle que
Crossing Nails affiche certes une rythmique solide et une proposition vocale correcte mais l’ensemble souffre d’un riffing assez simpliste. La rupture, mal amenée, peine à réellement marquer les esprits, tandis que le refrain, pourtant fédérateur, se montre rapidement assez envahissant et répétitif.
Même constat pour un
Sinner qui adopte une approche beaucoup trop mélodique. L’intention n’est pourtant pas mauvaise car introduire un moment d’accalmie et d’émotion au cœur de compositions plutôt rudimentaires aurait pu offrir un contraste bienvenu. Mais rien ici ne parvient réellement à nous emmener vers quelque chose de marquant. Les refrains restent très rassembleurs, parfois même trop insistants et l’ajout d’un background vocal féminin, bien que partant d’une bonne idée, finit par se montrer particulièrement redondant, réduisant sensiblement l’impact émotionnel recherché.
Au-delà même des compositions, qui s’avèrent globalement plus prévisibles, on ne retrouve plus non plus cette production viscérale et croustillante qui faisait autrefois la force du groupe. Produit par le guitariste Yudai Miyamoto, l’album affiche un rendu extrêmement propre et contrôlé. Une qualité technique irréprochable, certes, mais qui atténue quelque peu la
Dimension organique et brutale qui caractérisait les précédentes réalisations du combo nippon. Là où les travaux passés pouvaient sembler bouillonnants et imprévisibles, cette septième esquisse apparaît finalement nettement moins aventureuse.
The Weight Of The Sound apparaît avant tout comme un projet de transition pour
Crystal Lake. Sans être foncièrement mauvais, ce septième effort peine toutefois à retrouver l’explosivité et l’inventivité qui avaient permis au groupe de s’illustrer comme l’une des figures majeures du metalcore mélodique moderne. L’arrivée de son nouveau vocaliste apporte une approche plus classique et directe, tandis que les compositions se montrent majoritairement plus directes et moins audacieuses que par le passé.
Quelques titres rappellent néanmoins ce dont le combo nippon est capable mais ces éclairs demeurent trop isolés pour véritablement porter l’ensemble. Il en résulte une galette techniquement irréprochable mais trop mesurée, qui manque cruellement de ces fulgurances et de cette folie créative qui faisaient autrefois toute la singularité du quintet. Un disque en demi-teinte qui restera dans l’ombre des œuvres majeures du groupe.
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