Evidemment lorsque un musicien choisira sciemment d'adopter un pseudonyme aussi délibérément caricatural que "La Bomba" et que, de surcroit, il n'hésitera pas à affirmer des désirs musicaux Heavy Speed Epique /
True Metal s'inspirant de certains des poncifs les plus traditionnels dont
Hammerfall, Iron Maiden,
Manowar voire même
Blind Guardian,
Virgin Steele et
Wizard usèrent, il va sans dire qu'il s'exposera d'emblée à une critique facile et arbitraire puisque aprioriste. Autant de considérations qui pourtant n'auront absolument pas réfréné les envies créatives de ce chanteur Allemand, Johnny La Bomba donc, alors qu'en cette année 2010, accompagné du guitariste Jens “Shredmaster JB” Basten, il se décide à fonder
Gloryful. Volontaires et enthousiastes nos deux hommes sortiront, la même année, une première démo composée de trois titres et baptisé
Sedna's Revenge. Un premier pas qui leur permettra d'acquérir une certaine réputation qui se concrétisera par la signature d'un contrat avec
Massacre Records. A l'été
2012, le duo, complété par quelques autres instrumentistes (Vito Papotto à la guitare,
Oliver Karasch à la basse et Hartmut Stoof à la batterie) entre au Unisound Studio pour enregistrer son premier véritable album,
The Warrior's Code, sous la houlette du sorcier Dan
Swanö.
Cet opus, dans la droite lignée, toutes proportions gardées, de l'art et des artistes évoqués dans le paragraphe précédent, pourrait prêter à sourire tant certaines des postures qu'il défend semblent caricaturales. Un sourire qui néanmoins s'efface assez rapidement puisque de ces hypothétiques faiblesses, il fait des forces et nous offre un spectacle très réjouissant. Afin de parfaire cette démonstration citons en exemple quelques morceaux de ce manifeste comme l'excellent et vif
Gloryful's Tale, le preste et entrainant Heavy
Metal -
More Than Meets the Eye,
The Warrior's Code écrit et composé en hommage au groupe britannique mené par
Steve Harris et qui apparaitra comme un morceau très empreint, justement, de la créativité de ces anglais (a tel point d'ailleurs que certains passages de ses couplets ressembleront à s'y méprendre à ceux de Be Quick or Be
Dead), Breaking
Destiny possède une entame qui, quant à elle, serait plutôt dans l'étroite continuité de The Wicker Man (
Brave New World(2000)) ou encore le superbe
Fist of Steel que l'on croirait issus de la session d'enregistrement du Bound by
Metal de
Wizard.
Au sujet de l'expression de ces liens de parenté parfois trop évidents qui lient
Gloryful à ses influences les plus manifestes, soulignons qu'ils s'estompent assez rapidement et assez souvent. A dire vrai dès lors que les pistes affirment une identité propre.
L'une des autre caractéristique de ce disque réside dans l'usage de ces choeurs (interjection voyelle fédératrice reprise à l'unisson(Oh, Ah)) et de ces refrains épiques en des complaintes dont les suédois comparses de Joacim
Cans pourraient indubitablement réclamer la paternité.
Au-delà de toutes ces remarques concernant les influences musicales et l'expression de ce collectif, il nous faudra assurément évoquer les qualités de ce vocaliste au timbre étonnamment particulier. A la fois rauque et médium, héritage typique de l'école teutonne du genre, Johnny La Bomba n'hésitera pas à s'égarer en des rugissements moins graves aux aspérités délicieuses. Tant et si bien d'ailleurs qu'on ne saurait vraiment dire si ses prestations tiennent davantage de celles de Joakim Brodén, Eric Adams, David DeFeis,
Bruce Dickinson ou si elles se nourrissent, tour à tour, de toutes ces figures emblématiques auxquelles il emprunte subrepticement quelques délectables accents en une sorte de métissage, auquel il ajoute, bien entendu, sa propre personnalité. Il va sans dire que l'homme est assurément un des atouts majeurs de cet opus.
Pour clore cette analyse, disons encore quelques mots sur la pochette de ce plaidoyer qui est l'œuvre du Belge Kris Verwimp dont certains travaux resteront éternellement mythiques. On lui doit, notamment, les illustrations du Sun of Tiphareth et du Tara d'
Absu, ou encore, par exemple, celle de la réédition de 2003 du Those of the
Unlight de
Marduk. Il aura aussi officié pour de nombreuses autres formations parmi lesquelles SuidAkrA,
Sear Bliss, Månegarm,
Folkodia ou
Vintersorg. Pour celle qui nous occupe ici soulignons à quel point elle est remarquable. Loin de cette norme actuelle aux planches au rendu magnifique mais tellement artificiel, l'esquisse de celui qui vit dans la petite ville de Zammel possède, en effet, une beauté et une signature très particulières nous rappelant l'aspect Heroico fantaisiste épique d'antan.
The Warrior's Code est donc un album sincère dont les soubresauts
True Metal, mis en exergue par l'excellent travail d'un vocaliste étonnant, nous séduisent aisément.
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