Le downtempo, cousin du doom dans sa lenteur, est une des ramifications gageant que le metal n'est pas qu'un genre survolté où le guitariste risque de se couper les doigts sur une corde grattée trop vite. Le deathcore, en particulier, a sa frange de fans friands de rythmes lents et de breakdowns pas pressés, fans desquels
Black Tongue est déjà certainement connu. Ayant sorti auparavant deux EP un peu fainéants (on applique la recette et puis c'est tout), puis une espèce d'album réunissant les deux, le groupe britannique inaugure sa discographie full-length avec «
The Unconquerable Dark », chez
Century Media.
Que l'album sorte sur un label qui ne doit pas vous être inconnu (
Paradise Lost,
Deicide,
Marduk... rien que ça) est révélateur de la réputation dont jouit
Black Tongue auprès des amateurs de downtempo... Hélas pas réellement méritée si on regarde la chose plus objectivement. Ancré dans son époque, leur deathcore lent est gonflé de riffs groovy rendus d'autant plus efficaces par un son djent (on reviendra sur cette affiliation) et de breakdowns qui composent en toute honnêteté la majorité de leurs morceaux. A l'écoute de « Plague
Worship », toutes proportions gardées, on pourrait même avoir l'impression d'un deathcore qui aurait couché avec
Pantera, ce qui, dans l'idée, n'est pas dégueu.
Si
Black Tongue a une qualité c'est celle, en effet, de savoir regarder vers d'autres références ou genres. Évidemment, mais peut-être pas assez pour un combo qui se réclame du deathcore, le riffing sait s'énerver et amener une touche death de bon aloi, comme sur « Vermintide ».
Pas surprenant en sachant qu'Eddie Hermida de
Suicide Silence est en featuring sur cette piste,
Suicide Silence étant certainement un des groupes les plus brutaux et death des mastodontes de la scène deathcore...Je dis death mais je pourrais aussi parler de slam, tant le son de guitare est gras, tel qu'il l'est pour bien d'autres entités du genre. Une nappe de synthé sur « Young
Gloom » ramènera aux oreilles les thrash et death de la fin des années 80/début des années 90, et le blast et l'atmosphère de « L'appel du vide » (titre en français, cocorico) une surprenante touche black metal qui ne sera pas suivie par la suite.
Black Tongue ne cache pas non plus son goût pour le djent. Le son de la gratte épouse souvent celui d'un
Meshuggah ou d'émules deathcorisés comme
Architects. La construction rythmique de patterns à base de phrasés heurtés et d'une batterie maniant à l'occasion la polyrythmie affiche l'affiliation ponctuelle à un metal plus technique(« The
Masquerade »), bien que les passages en question soient très brefs. Tout cela montre néanmoins que
Black Tongue incorpore facilement des éléments venus d'ailleurs...Quand le groupe daigne accélérer le rythme et faire autre chose que plaquer des accords et faire rouler une double pédale pour appuyer les breaks.
Sur la longueur, nulle illusion n'est possible quant au fait que
Black Tongue n'a en soi rien de spécial qui pourrait le différencier du tout venant. Ni dans le mixage, ni dans la construction des morceaux et encore moins dans un riffing paresseux, monotone, le groupe ne vous laissera un souvenir plus pénétrant que
Traitors ou Words of
Concrete. L'écoute en elle-même pourra vite s'avérer très répétitive jusqu'à ce qu'on ne puisse plus trop savoir si une piste comme « Prince of
Ash » a déjà été entendue plus tôt sur le disque ou non. S'il est dur de jouer rapide, il est également dur de jouer lent et dur alors de conserver l'intérêt de l'auditeur quand on manque de créativité...
Dans la lignée de beaucoup d'artistes qui imaginent qu'il suffit de mettre quelques trucs étonnants pour que l'on pense que c'est original (la solution de facilité de beaucoup de jeunes groupes...), «
The Unconquerable Dark » ne prend pas.
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire