5 ans se sont écoulés depuis «
The God of All Mistakes », le troisième méfait des brésiliens
Eminence. Le combo nous sert ici 9 nouveaux morceaux (plus deux transitions instrumentales) suintant la testostérone. Le style musical n’a pas vraiment changé, il s’agit du même metal moderne un peu fourre-tout, dans lequel se côtoient le heavy, le death, le hardcore ou le thrash. Cette tambouille veut, comme bien d’autres, résonner branchée, d’où son orientation bien maintstream. Toutefois, nous sommes loin du post-hardcore d’ados mécheux, le tout se voulant franchement plus couillu.
Bref, débarrassons-nous un tant soit peu des étiquettes et analysons le produit en question.
Les aficionados de la formation sud-américaine reconnaîtront assez facilement les compositions charnues du groupe, aux refrains simples mais énergiques. Les parentés avec
Sepultura sont toujours de la partie (peut-être un peu moins qu’avant), et
Eminence ne s’éloigne pas fondamentalement de ses racines. L’arrivée d’un nouveau chanteur, Bruno Paraguay, évite toute monotonie, ce dernier bénéficiant de techniques vocales variées. La production est quant à elle à nouveau confiée au respectable Tue Madsen (
Dark Tranquility,
Dagoba). Pourtant celle-ci pâtit d’un son un peu trop aseptisé, bien que très puissant. L’aspect rugueux des précédents albums vient à manquer, ainsi que l’exquis réglage de batterie présent sur la galette de 2008.
Les bonnes idées sont bien présentes (des riffs groovy aux quasi-breakdowns –
Visions of
Hate-), et une poignée de mélodies s’incorporent avec brio à cet ensemble très dévastateur (le très réussi Veins of Memories en est l’exemple le plus frappant). Certains passages brillent par leur poigne (
The Stalker, Self Rejection) promettant de faire tanguer votre corps à la cadence d’une batterie toujours jouissive.
Pourtant, l’efficacité bestiale du groupe semble parfois se diluer au détriment d’une conventionalité encore plus marquée. Peu de morceaux sortent vraiment du lot, et l’ensemble reste trop compact.
Eminence ne parvient pas à retrouver sa folle identité, et tente ici d’agglutiner des tas d’influences (
Korn et Static X pour le côté néo métal,
Arch Enemy et
Hatesphere pour les aspects thrash death,
Sepultura et Ill Nino lors des rythmes tribaux). L’identité du groupe pâtit forcément de ces multiples échos. Ces derniers sont à certains moment mal distillés, procurant la sensation d'un groupe hésitant entre plusieurs styles, ayant du mal à se définir une identité qui lui est propre.
La présence des instrumentales électroniques qui aèrent l’album est plutôt inutile. Courtes, sans grande saveur, elles permettent certes de faire un minimum respirer l'album, mais ne valent artistiquement pas tripette.
Il serait pourtant idiot de passer à côté de ce bon défouloir, dynamique et se laissant facilement écouter. Il est seulement dommage de constater que le groupe ait décidé de polir son style, perdant par instants de sa brutalité d’antan (en atteste le single
Unfold, à la démence raisonnable). Les passages blastés et techniques se font moins nombreux alors que les rythmiques plus lentes et syncopées sont plus présentes (3 Time 6, Critial
Path, No Code). Avec ce dernier album, des sonorités plus modernes ont été un peu plus poussées. Le groupe a troqué de sa folie primaire pour plus de maturité ... ou plus de commercialité - à chacun d'en juger -.
Au final, «
The Stalker » s’en tire globalement bien. Ayant emprunté la voie de la sureté (ça cogne, mais pas trop non plus),
Eminence distille ses éléments passés dans un son davantage diversifié. Les amateurs de
Metal efficace seront ravis, et il est probable qu'en
Live ces morceaux soient redoutables. Les auditeurs plus exigeants et à la recherche de sonorités plus intimes et innovantes passeront sans doute leur chemin. Quoiqu'il en soit,
Eminence ne trahit pas ses racines et demeure ce qu'il est par essence : une formation axant ses compositions sur l'immédiate énergie qu'elles dégagent.
Cette fraîche offrande s’avère bien racée, très divertissante mais trop générique pour totalement convaincre.
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