Nous ayant laissés sur le souvenir d'un premier et friable album studio, dénommé «
Madness and Heroes », sorti deux ans suite à sa création, en 2017, sur une idée originale de l'auteure/compositrice et guitariste Patri
Grief, le sextet espagnol revient enfin dans les rangs, à pas de loup toutefois. Et ce, à l'aune d'un EP répondant au nom de «
The Spark of Freedom » que quatre longues années séparent de son prédécesseur ; auto-production modeste de ses 5 pistes mais généreuse de ses 28 minutes d'un parcours épique, opératique et romanesque. Cela étant, cette nouvelle offrande aurait-elle dès lors les arguments requis pour espérer voir la formation sud-européenne se hisser parmi les sérieux espoirs de ce registre metal ?
Dans ce dessein, un remaniement partiel du line-up s'est opéré. Aux côtés de Patri, évoluent désormais les talents de : Nia Creak, en remplacement d' Ann Meseguer, en qualité de frontwoman ; Alejandro Leonidas, dorénavant au chant clair et aux growls exclusivement ; Frehul Martinez, aux claviers ; Jeffrey Garcia, à la basse ; David García Carbonell (dit ''David
Breaker''), à la batterie. Ainsi constitué, et conformément à ses aspirations premières, le collectif ibérique continue d'officier dans un power mélodico-symphonique à la fois solaire, tourmenté, chevaleresque, un brin dark/death gothique, dans la lignée de
Visions Of Atlantis,
Epica,
Ancient Bards,
Tristania,
Draconian,
Against Myself et
Diabulus In Musica, le chant mixte ayant, cette fois, pris l'ascendant sur la seule empreinte féminine du précédent effort.
Un soin particulier a été apporté à la production d'ensemble de la rondelle. Enregistrées par Irene Génova (
Thirteen Bled
Promises, High
Fire Risk), aux
Sundown Studios, les lignes de chant offrent de saisissants effets de contraste tout en s'avérant d'une confondante fluidité. Les arrangements orchestraux, pour leur part, ont été dispensés à l' Opus
Magnum Studio (Bruxelles, Belgique), par son propriétaire, Déhà, pluri-instrumentiste/vocaliste (Déhà,
Merda Mundi,
Imber Luminis,
Slow,
Yhdarl...) et prolifique producteur (
Abduction,
Bleak Revelation,
Nachtlieder...). En émane une belle profondeur de champ acoustique doublée d'orchestrations finement esquissées, luxuriantes et bien amenées. A nouveau mixé et mastérisé, tout comme pour Catalyst, Deathawaits,
Savage Annihilation et
Witches, aux Vamacara Studios (Clisson, France), par son dirigeant, qui n'est autre que l'ex-bassiste/vocaliste de
The Order Of Apollyon,
Herr Krauss, l'opus jouit d'une péréquation de l'espace sonore entre instrumentations et lignes vocales. Qualités d'aujourd'hui qui, précisément, faisaient défaut hier. Mais entrons sans plus attendre dans la petite goélette pour une traversée des plus mouvementées...
Comme il nous y avait accoutumés, c'est sur une terre de lave en fusion que nous projette le plus souvent la troupe espagnole, non sans essaimer de réjouissantes séries de notes. Ainsi, c'est d'un battement d'ailes que les sémillants harmoniques nourrissant « Nekaroth, the Undefeated » happeront le pavillon du chaland ; un tempétueux up tempo power symphonique aux relents death gothique à mi-chemin entre
Ancient Bards et
Tristania. N'ayant de cesse de nous asséner ses riffs acérés adossés à de virulents coups de boutoir, doté d'un fringant solo de guitare, et mis en exergue par un duo mixte bien habité, les angéliques inflexions de la belle répondant alors point pour point aux attaques tantôt en voix claire, tantôt en voix gutturale de son acolyte, le tonique et néanmoins avenant méfait ne lâchera pas sa proie d'un iota. Dans cette mouvance, on retiendra non moins le tubesque et trépidant «
The Island of Airlevan » tant pour ses couplets finement ciselés, mis en habits de lumière par les limpides volutes de la déesse, que pour son énergie aisément communicative.
Tout aussi enfiévrées, mais dans une visée power symphonique pur, d'autres plages pourront également nous retenir plus que de raison. Ce qu'atteste, d'une part, le chevaleresque et invitant « One Last Effort » qui, dans la veine coalisée de
Visions Of Atlantis et
Diabulus In Musica, nous gratifie d'un ragoûtant paysage de notes sur lequel se greffe, ici, un duo mixte en voix claires et en parfaite osmose. Déployant un inaltérable et martelant tapping, laissant entrevoir un fin legato à la lead guitare et se parant d'un refrain certes convenu mais des plus engageants, le frondeur manifeste poussera assurément à un headbang bien senti. Dans cette énergie, on n'éludera pas davantage l'échevelant et progressif « The
Tyrant » tant pour la flamboyance de son solo de guitare que pour la soudaineté de sa montée en régime à mi-morceau ; efficace et offrant une originale triangulation oratoire – les cristallines patines de la belle se voyant relayées en voix masculine tantôt claire, tantôt rocailleuse –, le sémillant propos n'aura pas tari d'armes pour asseoir sa défense.
Mais ce serait à l'aune de son ample plage symphonico-progressive, la première de son répertoire, que le combo serait au faîte de son art. Ainsi, c'est sans ambages que le cheminement d'harmoniques suivi par «
The Spark of Freedom » se fait infiltrant. Au fil de ses quasi 7 minutes d'un parcours épique et romanesque, cette fresque polyrythmique que n'auraient sans doute reniée ni
Epica ni
Against Myself abonde en coups de théâtre tout en se calant sur une sente mélodique des plus enivrantes. Enrichi de délicats arpèges au piano et de choeurs samplés opportunément positionnés, et là aussi mise à l'honneur par un duo en voix claires bien inspiré, cette luxuriante offrande se fait aussi poignante que palpitante. Un exercice de style certes inédit mais qui sied bien à nos acolytes !
Au final, en dépit de la modestie de son format, cette œuvre se fait à la fois puissante et rayonnante ; bénéficiant d'une ingénierie du son désormais rutilante, et faisant fi de tout bémol dont pouvait avoir à souffrir son aîné, cet entraînant effort se suit de bout en bout sans sourciller. Varié sur les plans atmosphérique et rythmique, l'opus l'est également eu égard aux joutes oratoires dorénavant dispensées. Si l'on peut regretter l'absence de ballades, la fresque proposée permettra de combler, au moins partiellement, ce vide. Un potentiel technique réel et judicieusement exploité, des arrangements aux petits oignons et des sentes mélodiques plus immersives, et surtout plus personnelles que naguère, renseignent sur la capacité du collectif ibérique à rebondir, et ce, même si l'une ou l'autre prise de risque manque encore à l'appel. Bref, un frugal mais solaire essai, loin de son tâtonnant devancier, susceptible de placer dès lors la formation espagnole parmi les sérieux espoirs de cet espace metal. Un groupe aujourd'hui à suivre de près, donc...
Note : 14,5/20
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