Prudence est mère de sûreté, dit-on... Un adage suivi à la lettre par ce combo irlandais cofondé en 2018 par la parolière et soprano Ana Marija Dundović et l'auteur/compositeur et guitariste Mario Stojčić ! Déjà à la tête d'un encourageant EP, « …Of Bygone Days », le collectif reviendra dans la course, quelque cinq années plus tard, muni de trois singles («
Higher »,
I Sit beside the Fire and Think » et «
Pride of War »), tout d'abord, soit trois des douze pistes de son premier et présent album full length : «
The Piper at the Gates of Dawn ». Cela étant, les 66 généreuses minutes du ruban auditif de cette auto-production seraient-elles à même de hisser dès lors nos exigeants acolytes parmi les sérieux espoirs d'un espace metal symphonique à chant féminin lyrique encore et toujours en proie à une féroce concurrence ?
Pour ce faire, nos deux maîtres d'œuvre ont habilement conjugué les talents de Paul Piszewski à la basse et de John Howell derrière les fûts. Conformément à ses aspirations d'hier, le groupe ainsi constitué nous plonge à nouveau dans un univers metal symphonique aux coloratures power mélodique, dark gothique, folk et aux chevaleresques effluves, dans la veine de Leaves'
Eyes,
Nightwish,
Eluveitie,
Metalwings,
Tristania et
Ancient Bards. Un mouvement à la fois pulsionnel, épique, rayonnant et romanesque se dessine, auquel des partitions orchestrales ont été intégrées et neuf choristes conviés pour l'occasion ; une assise instrumentale et oratoire loin d'être anodine, conférant précisément une dimension opératique à cette œuvre aux mélodies délicatement ciselées et à la technicité instrumentale éprouvée.
Réputé pour le soin particulier apporté à sa production d'ensemble, la troupe n'aura pas dérogé à sa règle : mixé et mastérisé aux Greenman Studios (Arnsberg, Allemagne) par son propriétaire, qui n'est autre que le pluri-instrumentiste et vocaliste
Sebastian "Seeb" Levermann (
Orden Ogan,
Angus McSix), cet album produit par Mario Stojčić bénéficie d'un enregistrement difficile à prendre en défaut, d'un mix bien équilibré entre lignes de chant et instrumentation et de finitions passées au peigne fin. Tous les voyants seraient donc au vert pour qu'une croisière des plus sécurisées en hautes eaux nous soit promise...
A l'aune de son frugal aîné, cet élan se fait des plus vitaminés, non sans nous aspirer, et d'un battement d'ailes, dans la tourmente. Ainsi, après une brève entame instillée d'un récitatif en voix masculine claire, « All Men
Dream », nos compères se plaisent à faire rougeoyer les fûts : emprunté à leur EP, et non sans renvoyer à
Metalwings, le mid/up tempo « Northern Sons » se drape d'un martelant tapping, recèle non seulement d'insoupçonnées montées en régime de son corps orchestral mais aussi un refrain immersif à souhait mis en exergue par les poignantes envolées lyriques de la sirène. Et la sauce prend sans tarder. Dans cette dynamique, l'''eluveitien'' mid/up tempo « The
Pagan March » aspirera le tympan tant pour la puissance instillée par une imposante muraille de chœurs – de fluides impulsions en voix féminine s'unissant alors à de martiales vocalises masculines – que pour ses arrangements instrumentaux aux petits oignons. On retiendra, enfin, le solaire et ''nightwishien'' « Grave Unknown » à la fois pour son seyant paysage de notes et son énergie aisément communicative.
Un poil plus enfiévrés, d'autres espaces d'expression sauront non moins happer le pavillon du chaland. Ce qu'atteste, tout d'abord, «
Higher », up tempo aux riffs épais adossés à une frondeuse rythmique, dans la veine d'un
Nightwish des premiers émois ; pourvu de sémillants arpèges d'accords magnifiés par une instrumentation en liesse, décochant de fulgurantes accélérations et à nouveau mis en habits de lumière par les pénétrantes inflexions de la déesse, ce hit en puissance ne se quittera qu'à regret. Dans cette veine, au regard des assauts répétés et de la régularité quasi métronomique de son arsenal percussif, le torrentiel et néanmoins invitant «
Pride of War » poussera à un headbang bien senti et quasi ininterrompu. Dans cette énergie, au confluent de
Nightwish et de
Leaves' Eyes, l'enjoué up tempo power mélodico-symphonique «
I Sit beside the Fire and Think » n'est pas en reste ; imprégné des angéliques ondulations de la princesse, alors escortée de chœurs aux abois, injecté de truculents gimmicks guitaristiques, de rampes synthétiques tout en légèreté et d'une inaltérable tonicité percussive, le ''tubesque'' effort se jouera de toute tentative de résistance à son assimilation.
Sur un même modus operandi, et dans un souci d'élargissement du champ des possibles stylistiques, le combo en vient parfois à assombrir son atmosphère. Ce à quoi nous sensibilise «
King of the Mark », ''tristanien'' up tempo aux riffs crocheté ; alternant chant clair et growls ombrageux à l'envi tout en maintenant une cadence effrénée et en sauvegardant une avenante mélodicité, le trépident méfait ne relâchera pas son étreinte d'un iota. Et la magie opère, une fois encore.
Mais ce serait à l'aune de leurs pièces en actes symphonico-progressives que nos acolytes révèlent leurs plus beaux atours. Ce que prouve, en premier lieu, l'altier et ''nightwishien'' élan « The Man Who Killed
God » ; déroulant ses quelque 7:06 minutes d'une traversée aussi haletante que forte en rebondissements, et inscrivant un pont techniciste bien amené dans sa trame – alors investie d'une frissonnante chorale – cette opératique fresque n'aura pas tari d'armes efficaces pour asseoir sa défense et se jouer des nôtres. Dans ce sillage s'inscrit également le chevaleresque et cinématique « Prometheus » qui, à la croisée des chemins entre
Nightwish et
Ancient Bards, déploie un fluide et inaltérable tapping tout en nourrissant son message musical d'un émouvant lyrisme ; investi, en prime, de galvanisantes montées en puissance du dispositif instrumental et voguant sur une onde mélodique des plus enveloppantes où se calent les ''siréniennes'' oscillations de la princesse, le dantesque élan demeure une belle surprise de ce set de compositions. Et comment ne pas se laisser porter par les vibes enchanteresses insufflées par «
The Piper at the Gates of Dawn » ? Pourvues de sémillantes séquences d'accords, de soubresauts percussifs aussi grisants qu'inattendus, là encore encensées par les cristallines patines d'une interprète que l'on croirait alors touchée par la grâce et réservant un vibrant final en crescendo, les 11 radieuses minutes de ce masterpiece pourraient bien laisser quelques traces indélébiles dans les mémoires de ceux qui y auront plongé le tympan.
C'est tout en douceur, et dans une optique ''nightwishienne'', que la traversée s'achève. Ainsi, voguant sur d'ondoyantes nappes synthétiques et inscrivant de sensibles gammes pianistiques dans sa trame, le cinématique « The Staves I
Never Wrote » nous ramène à bon port. Sous couvert d'un pénétrant récitatif mixte en voix claires et d'arrangements orchestraux savamment sculptés, c'est avec les honneurs que le gracieux élan ferme la marche, pianissimo...
Au final, le groupe irlandais signe-là une œuvre d'envergure, apte à nous retenir plus que de raison dans ses filets ; à la fois rayonnante, troublante et empreinte d'une infinie délicatesse, cette luxuriante offrande diversifie parallèlement ses phases rythmiques, ses atmosphères comme ses joutes oratoires, pour un rendu des plus efficaces. S'il manque toujours l'une ou l'autre ballade pour compléter un tableau déjà richement orné, le collectif a veillé à varier davantage ses exercices de style qu'il ne l'a fait jusqu'alors. En dépit de quelques prévisibles schèmes d'accords et d'un zeste d'originalité tardant à se faire jour, et en raison d'une ingénierie du son coulée dans le bronze, de sentes mélodiques finement esquissées et d'un potentiel technique judicieusement exploité, l'orgiaque méfait disposerait de l'arsenal requis pour propulser dès lors la formation irlandaise parmi les sérieux espoirs du si couru et exigeant registre metal symphonique à chant féminin. Bref, une ogive à longue portée et aux effets dévastateurs...
Note : 16,5/20
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