Nouvel entrant dans le séduisant mais si concurrentiel, et parfois létal, registre metal symphonique à chant féminin, Piano Black ne repose pas moins sur les solides épaules de deux artistes aguerris, suite à leur départ du groupe de power symphonique croate Lux Purus. Il s'agit-là d'un projet, dénommé
Kaizen il y a peu, né en Irlande en 2018 sous l'impulsion de la parolière et soprano Ana Marija Dundović et de l'auteur/compositeur et guitariste Mario Stojčić. Ce faisant, l'expérimenté duo compte légitimement essaimer ses riffs et sa voix, non sans afficher un zeste de prudence, n'accouchant de son introductif EP, « …Of Bygone Days », pas moins de deux années suite à sortie de terre. A l'aune de cette auto-production modeste de ses quatre pistes, égrainées sur un ruban auditif de 20 minutes tout au plus, nos acolytes détiendraient-ils l'arsenal suffisant pour venir jouer les épouvantails parmi leurs homologues, toujours plus nombreux à affluer, dont de jeunes loups aux dents longues, à l'instar de
Beyond The Black,
Elvellon,
Once ou
Walk In Darkness ?
Mixé par Ben Wanders, aux Ben Wanders' Productions Studio, en Irlande, et mastérisé par un certain Mika Jussila, aux Finnvox Studios, en Finlande, connu pour avoir mastérisé moult albums de
Nightwish,
Children of Bodom,
Amberian Dawn,
Amorphis,
Edenbridge,
Kotipelto,
Masterplan,
Sonata Arctica,
Stratovarius,
Visions Of Atlantis, parmi tant d'autres, l'opus jouit d'une qualité d'enregistrement d'excellente facture, d'une péréquation de l'espace sonore entre lignes de chant et instrumentation, tout en offrant une belle profondeur de champ acoustique. Une ingénierie du son aux petits oignons nous intimant d'aller jeter une oreille plus attentive à la menue rondelle.
Avec le concours, pour l'occasion, de David Mooney aux guitares et à la basse, Josip Hrgović derrière les fûts et Marco Iannello aux claviers, le combo nous mène au cœur d'une œuvre metal symphonique aux relents power mélodique, dark gothique et chevaleresques, dans le sillage de Leaves'
Eyes,
Nightwish,
Lyriel,
Midnattsol,
Metalwings et
Ancient Bards. A la fois pulsionnel, épique, orchestral, mais un poil moins énigmatique qu'un « Chaos Creates » de Lux Purus, cet arrivage se veut aussi plus immédiatement lisible de par l'accessibilité de ses grisants arpèges et impactant au regard de mélodies aussi finement esquissées qu'accrocheuses. Une nouvelle carte serait ainsi jouée, synonyme de pari osé mais parfaitement assumé par nos compères...
C'est sur une cadence effrénée que s'effectuer le plus clair de la traversée, le combo trouvant alors sans mal les clés pour nous retenir, un peu malgré nous. Ainsi, à mi-chemin entre un
Nightwish de la première période et un
Leaves' Eyes imprégné de l'angélique empreinte vocale de
Liv Kristine, le fringant up tempo calibré power mélodico-symphonique « I Sit Besides the
Fire and Think » se fait des plus enveloppants. Encensé par les cristallines inflexions de la sirène, conjuguant de seyants gimmicks guitaristiques, d'aériennes rampes synthétiques, de délicats arpèges au piano et une indéfectible vivacité percussive, le tubesque méfait ne se quittera qu'à regret. D'autre part, non sans rappeler
Metalwings, l'épique et opératique « Northern Sons », lui, se pare d'un inaltérable et martelant tapping et d'un refrain immersif à souhait, mis en exergue par les saisissantes envolées lyriques de la déesse. Et la magie opère, une fois encore.
Mais nos acolytes sont allés jusqu'à intensifier d'un cran le rythme de leurs frappes, se jouant à nouveau de nos résistances les plus tenaces. En témoigne, d'une part, le mordant, organique et violoneux «
Elements », frénétique effort aux riffs corrosifs, au carrefour d'
Ancient Bards et de
Lyriel, Aussi, si c'est sur des charbons ardents que déambulent les troublantes modulations de la maîtresse de cérémonie, celles-ci se calent sur une captatrice sente mélodique, propice au total enivrement de nos sens. En outre, se dessine un sémillant face à face instrumental, les assauts répétés d'une guitare léonine répondant point pour point aux lestes et inaltérables morsures d'un serpent synthétique, un soufflant combat qui ne manquera pas d'interpeller l'aficionado du genre. Dans cette énergie, eu égard à ses enchaînements intra piste ultra sécurisés, son infiltrant cheminement d'harmoniques et sa mélodicité toute de fines nuances cousue, c'est d'un claquement de doigts que l'incisif et ''nightwishien'' «
Beneath Another Sky » aimantera le tympan du chaland.
Résultat des courses : le combo nous invite à une brève mais poignante incursion dans un espace metal symphonique à la fois solaire et efficace, n'ayant pas concédé l'ombre d'un bémol susceptible d'en atténuer les effets. Jouissant d'une production d'ensemble à faire pâlir bien de leurs pairs, d'une technicité instrumentale et vocale de fort bonne facture, et d'une féconde inspiration mélodique, nos gladiateurs auraient quelques flèches dans leur carquois, et des plus affûtées, pour assurer leur défense. S'ils sont loin d'avoir démérité, il leur faudra néanmoins étoffer quelque peu leur palette en matière d'exercices de style (ballades, instrumentaux, fresques...), penser à varier leur propos sur les plans rythmique et oratoire, tout en lui annexant une pointe d'originalité, ici aux abonnés absents ; conditions si ne qua non pour espérer voir leur projet se pérenniser dans un registre metal aussi couru. Peut-être à l'aune d'un album full length ?...
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