Le vieil homme se tient devant sa porte. Il observe la sombre forêt qui s'étale, de toute sa splendeur et de toutes ses ténèbres, à ses pieds. Il a contemplé ce paysage pendant de nombreuses, de très nombreuses années et pourtant ce soir là, tout semble différent.
Le vent se lève peu à peu, il fait se courber les cimes des plus hauts sapins et des arbres les plus élevés. Les oiseaux et autres animaux se sont tus, seul le silence règne à présent.
Et là il le sent, il le sait, son calvaire va prendre fin. Il vit depuis trop longtemps rongé par son passé, tiraillé entre ce qu'il croit être un acte de foi et un péché qu'il ne peut expier. Il regarde la forêt une dernière fois, tourne les talons et entre dans sa maison.
Ikuinen Kaamos, jeune groupe finlandais, formé en 1997 nous aura fait patienter jusqu’en 2006 avant de sortir son premier véritable album.
« The Folorn » est une œuvre atypique, composée de cinq pistes allant de 7 minutes à plus de 13 minutes. Œuvre monolithique qui nous ouvre les portes secrètes de l’âme d’un homme. L’album est traité comme une histoire, une histoire de meurtre, d’expiation, de regret. Le tout est servi par des musiciens maitrisant parfaitement leurs instruments.
Black mélodique et aux relents progressifs, l’album va nous emmener visiter les sombres recoins d’un univers tourmenté, le domaine d’un meurtrier.
Chaque piste va nous faire vivre différents états, chacune transcrite dès le départ par les titres des pistes, l’on va ainsi commencer par la « Fragilité » suivre par la « Grace » jusqu'à finir avec « la chute ».
Les pistes vont être enchainées avec une grande cohérence, on ressent au fil de l’écoute un lien qui les unis, une cohérence qui rend cette galette d’autant plus captivante. Une fois l’écoute débutée, on ne peut s’empêcher d’aller jusqu’au bout.
Au niveau instrumental, ici il n’y point de surprise, les instruments sont ceux que l’on retrouve dans tout bon groupe de black metal qui veut un tant soit peu se faire respecter : basse, batterie, guitare et clavier.
La guitare est le premier instrument qui vient à l’esprit quand on parle d’
Ikuinen Kaamos. En effet elle y tient une place essentielle, mise en avant sur de nombreuses pistes ou lors de l’intro de «
Frailty » ou de la fin de «
Fall ». La guitare va permettre d’amener une dose de nostalgie et une tristesse simple mais très émouvante. A elle seule, elle va permettre de définir les orientations du groupe, à deviner là où le morceau va finir par nous emporter.
Les riffs quant à eux vont être les messagers de la violence « Delusion », ils vont apporter avec eux la puissance et la rage d’un black parfaitement maitrisé. La basse et la batterie vont, quant à elles, apporter un second souffle aux pistes notamment lors des breaks tout bonnement somptueux qui ornent et améliorent outrageusement la qualité intrinsèque et la profondeur de chaque piste.
Le clavier est quant à lui présent afin d’apporter une certaine consistance aux pistes, il va rajouter des effets, que se soit afin d’accentuer le coté sombre ou la tristesse. Très bien dosé, il sait se faire discret et évite de rentrer dans une surenchère d’effet dont raffole certains groupes. La voix qui est par moment growlée ou optant pour un coté plus traditionnel du black avec un côté très criard (Ascent) va tenter d’apporter une notion tristesse viciée par une féroce rancœur. Des moments plus violents se font alors entendre, le blast beat se fait entendre et la voix crache tout ce qu’elle peut, tout ce qu’elle a gardé sur le cœur. Une vaine tentative d’expiation d’un mal enfoui par un déchainement d’animosité.
L’album se vit comme un livre. Délivrant une foule de sentiments, d’émotions et recélant de moments inoubliables, il se veut captivant du début jusqu'à la fin. Malgré la longueur des pistes, certains passages se veulent un peu moins plaisant que d’autre, il faut reconnaitre que pour un premier album celui-ci est une véritable réussite. Si l’on aime les œuvres personnelles, que l’on ne se sente pas rebuté par des passages calmes ou au contraire des passages d’une violence extrême, cette galette mérite amplement une place de choix dans une collection de black metal.
Le vieil homme regarde la forêt une dernière fois, tourne les talons et entre dans sa maison. C’est ici, dans cette demeure triste et morne, ou tout lui rappelle son crime qu’il va mettre fin à ses jours. La porte se ferme en rendant son dernier soupir. Le vent chuchote dans les arbres, les animaux sentant l’appelle de la mort se figent dans leur repaire, tout n’est plus que silence. Quand soudain le silence se brise, la décadence et la folie solitaire du vieil homme viennent de se terminer.
Je n'ai plus qu'une envie maintenant c'est d'aller découvrir cet album qui a l'air de recenser tout ce que j'aime dans le black.
Merci.
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