Impulsé par un premier et prometteur album full length, «
Inquisition », mais plutôt que de chercher à hâter le rythme de ses sorties, le combo néerlandais aura préféré échafauder son projet pierre par pierre.
Aussi, aux fins d'un travail en studio des plus minutieux, le groupe reviendra quelque quatre années plus tard dans la course, doté d'un second opus de même acabit répondant au nom de «
The Force of Nature ». Ce qui ne signifie nullement qu'il soit resté terré dans l'ombre ce laps de temps durant, le collectif batave nous gratifiant préalablement de trois singles («
The Force of Nature » et « Lessons in
Life (Are for Free) » en 2025, suivis de «
Run with the Wolves » en janvier 2026), soit trois des douze titres arborant cette deuxième auto-production. Ainsi pourvu, le groupe cofondé en 2020 par le guitariste Robert Tangerman et le claviériste Renate de Boer aurait-il les armes esthétiques et techniques requises pour opposer une farouche résistance face à ses si nombreux challengers ?
Plus encore, les 58 généreuses minutes du ruban auditif de la galette permettront-elles à nos acolytes de se hisser parmi les valeurs montantes du foisonnant espace metal symphonique à chant féminin ?
A cet effet, et après un remaniement de fond de l'équipage, nos deux maîtres d'oeuvre conjuguent désormais les talents de : la mezzo-soprano Kimberley Jongen, dont l'empreinte vocale se situerait à mi-chemin entre Helena Iren Michaelsen (
Imperia), pour ses médiums, et Ailyn (
Trail Of Tears, Lunarian, ex-
Sirenia), pour certaines de ses inflexions en voix de tête ; Maarten Jungschläger (
Embers Of Oblivion, Thorndale) à la lead guitare ; Rutger Klijn (Abstracted Mind) à la basse ; Michal Gis à la batterie. Cela étant, le sextet nous immerge à nouveau dans un environnement metal mélodico-symphonique à la fois enjoué, épique et romanesque, instillé de touches cinématiques, opératiques et power progressif, dans la veine coalisée d'
Imperia,
Ancient Bards,
Xandria,
Delain,
Diabulus In Musica,
Sirenia et
Secret Rule.
Tout comme son devancier, ce second opus jouit d'une production d'ensemble de bonne facture : mixé et mastérisé aux Hansen Studios par son propriétaire qui n'est autre que Jacob Hansen (multi-instrumentiste et vocaliste (
Pyramaze,
Invocator...) et prolifique producteur (
Amorphis,
Arch Enemy,
Evergrey,
Pretty Maids,
Sirenia,
Volbeat...)), le méfait n'accuse pas l'once d'une sonorité parasite tout en témoignant d'une belle profondeur de champ acoustique. Par ailleurs, l'artwork d'inspiration néo-romantique et aux chatoyantes teintes relève, cette fois, du fusain de Giannis Nakos (vocaliste (Codedecoded,
Mortal Torment, ex-
Dark Vision...) et graphiste aguerri (
Evergrey,
Oceans Of Slumber,
Pyramaze...). Tous les voyants seraient donc au vert pour qu'une traversée des plus engageantes nous soit promise à bord du sécurisant navire...
A l'aune de son aîné, le bal s'ouvre sur une laconique et classieuse entame instrumentale, intitulée « The
Moon, the Sun and the Stars » ; une cinématique et enivrante ouverture aux arrangements ''nightwishiens'' nous est alors contée, nous éloignant quelque peu des orientalisantes senteurs de son alter ego d'hier, « The Council of Troubles ». Mais l'arbre, aussi majestueux soit-il, ne saurait cacher la forêt bien longtemps..
C'est sur des charbons ardents que nos flibustiers se plaisent à nous projeter, non sans nous aspirer, et d'un battement d'ailes, dans la tourmente. Ce qu'atteste, tout d'abord, «
The Force of Nature », échevelant up tempo power symphonique aux riffs acérés adossés à une frondeuse rythmique et au martelant tapping, au carrefour entre
Imperia et
Ancient Bards. Pourvu d'un refrain catchy mis en exergue par les pénétrantes oscillations de la sirène et d'un flamboyant duo de guitare, le ''tubesque'' élan poussera assurément le chaland à un headbang bien senti et quasi ininterrompu. Dans cette dynamique, on ne saurait davantage éluder « Lessons in
Life (Are for Free) », up tempo syncopé au confluent de
Delain et de
Xandria ; voguant sur d'ondoyantes nappes synthétiques, n'ayant de cesse de nous asséner de virulents coups d'olives et inoculé d'une ligne mélodique toute de fines nuances cousue, le pulsionnel mouvement n'aura pas tari d'armes efficaces pour asseoir sa défense et se jouer des nôtres.
Dans une énergie similaire, et bien qu'un tantinet moins directement inscriptibles dans les charts, d'autres espaces d'expression pourront à leur tour happer le pavillon du chaland. Ce que révèlent, d'une part, « Come into My World » et « Your Ultimate Joy », ''lacunacoilesques'' mid/up tempi aux relents ''imperiens'', au regard de leurs enchaînements intra pistes ultra sécurisés et de leurs ondes mélodiques, certes, un poil convenues mais des plus liantes, relevées par les puissantes impulsions de la déesse. Le tympan pourra encore se voir aspiré par l'impulsif et énigmatique «
Run with the Wolves » qui, à la façon de
Diabulus In Musica, et en dépit de quelque linéarité mélodique, génère une fédératrice jovialité doublée d'une énergie aisément communicative.
Lorsque le convoi instrumental refrène un tantinet sa cadence, la troupe parvient là encore à nous rallier à sa cause. Ce à quoi nous sensibilise, en première intention, le ''jamesbondien'' mid tempo « Don't
Wake Up the
Dead », au confluent de
Secret Rule et de
Diabulus In Musica ; au regard de l'intarissable sensualité de son groove et de son pont techniciste à mi-morceau décoché, injecté d'arrangements orchestraux aux petits oignons et de grisants gimmicks guitaristiques, l'enivrant mouvement ne se quittera qu'à regret. On optera non moins pour « What Goes Up Must Come
Down », mid tempo dans le sillage coalisé de
Lacuna Coil,
Xandria et
Ancient Bards, tant pour ses riffs roulants et la légèreté de son tapping que pour ses harmoniques finement échafaudés et les saisissantes envolées lyriques de la mezzo-soprano. Dans cette mouvance, on retiendra enfin le félin et ''sirenien'' «
Eyes Will Glow » à la lumière de son invitant refrain et de son fin legato à la lead guitare.
Quand ils nous mènent en de plus apaisantes contrées, nos compères trouvent non moins les arguments pour nous faire plier l'échine. Ce qu'illustre, en premier lieu, « I Thought You Were on My Side », ballade progressive pétrie d'élégance, que n'auraient sans doute reniée ni
Diabulus In Musica ni
Sirenia ; laissant entrevoir un délicat picking à la guitare acoustique, glissant le long d'une radieuse rivière mélodique sur laquelle se greffent les troublantes modulations de la maîtresse de cérémonie et instillé d'un ''floydien'' solo de guitare, et se chargeant graduellement en émotion au fil de sa progression, l'instant privilégié comblera, à n'en pas douter, les attentes du féru du genre intimiste.
Plus difficile encore de se soustraire à la petite larme au coin de l'oeil sous l'impact des vibes enchanteresses jaillissant des entrailles de «
Two Hearts ». Sublimée à son tour par les angéliques patines de la diva, cette romantique et ''delainienne'' ballade aux airs d'un slow qui emballe poussera assurément à y revenir sitôt l'ultime mesure envolée.
Mais, comme il nous y a déjà sensibilisés, ce serait à la lecture de son orgiaque pièce en actes metal symphonico-progressif que le combo batave livre son masterpiece. Ainsi, les quelque 9:18 minutes de l'altière et ''imperienne'' fresque «
Monsters in My
Head » nous plongent au cœur d'un luxuriant paysage de notes tout en témoignant de phases rythmiques aussi variées qu'inattendues ; partiellement nourri d'orientalisantes sonorités, encensé par les fluides et poignantes ondulations de la princesse et recelant un fuligineux solo de guitare, que relaie une insoupçonnée montée en régime du corps orchestral, le complexe et tonitruant élan ne manque ni d'allant ni de panache.
A l'issue d'une traversée aussi mouvementée qu'émouvante, d'aucuns pourront ressentir l'envie de remettre le couvert dès l'amorce de la chute finale. Ce faisant, le combo nous livre un opus, certes, moins diversifié que son aîné sur les plans atmosphérique et vocal, mais tout aussi varié quant aux exercices de styles dispensés et bénéficiant d'une ingénierie du son un poil plus affûtée. A l'instar de ce dernier, on regrettera le peu de prises de risques consenti et l'empreinte parfois sclérosante des maîtres inspirateurs du groupe. Carences partiellement compensées non seulement par des mélodies finement sculptées et des plus liantes et une technicité instrumentale plus aguerrie aujourd'hui qu'hier, mais aussi par une signature vocale aisément identifiable et des plus prégnantes et des arrangements orchestraux de bon aloi. Bref, un second mouvement à la fois solaire, un brin rugissant et empreint de délicatesse, apte à propulser dès lors la formation néerlandaise parmi les valeurs montantes de cet espace metal. Affaire à suivre, donc...
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire