En 2001 sortait sur le label
Cold Meat Industry alors au sommet de sa gloire «
Entrance to
Salvation » de
Letum. Un album dont la sobriété de la pochette ainsi que la maigreur des informations distillées laissaient planer un doute quand à la teneur du disque. Un disque qui fut un succès (pour du dark-ambiant) et qui se retrouva, mine de rien, en rupture de stock. Mais c’est aussi un objet controversé et pourtant on ne peut difficilement faire la fine bouche tant que la qualité des atmosphères est palpable.
Letum distille une musique sombre et emplie d’une grande tristesse qui tient en haleine sur toute la durée du disque. Mattias Henriksson magnait avec une certaine aisance des flux profonds et sans espoirs où résonne le glas mortuaire d’une existence au crépuscule de sa vie. Jusque là, rien de vraiment novateur. La crème prend aisément et on se laisse couler par les ambiances délétères de cet album. D’une structure minimale le contenu n’en est pas moins. Tel un chuchotement résonnant à l’oreille, «
Entrance to
Salvation » agit furtivement que pour mieux prendre son auditeur à parti. Et la facture à la fois classieuse et classique de l’ensemble permet une immersion simple et intuitive dans un univers certes plongé dans l’obscurité mais où transparaît ça et là quelques rais de lumières dû à des ponctuations vocales du plus bel effet montrant bel et bien qu’ils existe un souffle de vie dans ce couloir de ténèbres.
C’est sur ce point que le compositeur suédois fut pointé du doigt. Les chants grégoriens (masculins ou féminins) le rapprochant directement du poulain de
Cold Meat (ce qui faut bien l’avouer ne l’aide vraiment pas) qu’est Raison d’Être. Un faiseur ? Sûrement pas car si Raison d’Être place ces samples vocaux sacrés c’est pour approfondir voire exacerber ces atmosphères mystiques et donner à ces titres une aura crépusculaire bien sentie.
Letum quand à lui utilise ces voix similaires pour donner un éclat, une sorte d’espoir. Et même si l’on sait d’avance l’issue du disque, on ne peut que s’accrocher à ces bribes de lumières vacillantes faisant ressentir ce sentiment de compassion à son auditeur. De plus, à mesure que le disque passe (souvent en boucle d’ailleurs) les voix (et c’est là un jugement purement subjectif) donnent d’avantage l’impression de sortir d’un disque de
Dead Can Dance, d’où cette portée émotionnelle que procure «
Entrance to
Salvation ». Et si on sent que ce chemin de croix sera tout sauf rédempteur, il n’en reste pas moins d’une grande beauté. Et oui, le dark-ambiant aussi peut laisser s’immiscer une émotion dans ce tourbillon obscur...
Ce premier album de
Letum est, pour ainsi dire, un véritable classique. Un disque d’une construction éthérée et monolithique dont on a bien du mal à faire sortir un titre en particulier. Et ceci, c’est bien la marque d’un grand disque. «
Entrance to
Salvation » est, de ce fait, un excellent disque proche de la perfection...
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire