Ce septuor russe de Métal Symphonique propose ici un premier album à la fois éminemment complexe et d'une rare intensité. Au sein de ce jeune groupe, développant une imposante instrumentation symphonique, la soprano Daria "Eirene" Zhukova évolue avec grâce et profondeur. C'est dire que l'on se situe dans un univers musical riche en harmonies et techniquement solide, à l'instar de groupes tels qu'
Epica ou
Xandria. Malgré ces influences stylistiques évidentes, et quelques touches empruntées au rock progressif ou encore à une pop de bonne facture, le groupe parvient toutefois à témoigner d'une identité qui lui est propre. Ce qui n'est pas le moindre de ses mérites.
L'impression première qui s'en dégage est celle d'un groupe jouant habilement des contrastes, des ambiances et des courants d'influences musicaux et ethniques. Même si certaines plages nécessitent une écoute très attentive avant d'y adhérer, l'ensemble de l'œuvre ne souffre que de rares défauts de production. D'ailleurs, plus on progresse dans la succession des 11 titres de cet opus, moins le groupe nous laisse de temps pour nous remettre de nos émotions, déjà fort sollicitées au cœur de l'album.
Ainsi, six titres me semblent se détacher des cinq autres, toutes proportions gardées et bien que très différents de par leur teneur stylistique autant que par leur univers artistique et technique.
Les trois premiers morceaux retenus sont : "Dragonqueen", "
Alive" et "Maid Of
Lake", placés respectivement à la troisième, quatrième et sixième position dans cet album. A défaut d'être différents de par leur texture musicale, ces titres ont pour point commun de nous montrer à la fois les qualités harmoniques des compositions du groupe et quelles sont les références vocales auxquelles on pourrait rapprocher les prestations de Daria.
Le magistral et progressif "Dragonqueen" est introduit en douceur sur fond d'une délicate mélodie sur laquelle se superpose une agréable voix parlante, à la façon d'une Lisa Middelhauve (ex-
Xandria)sur certaines de ses premières compositions. Cette dernière cède ensuite le pas à une voix masculine pleine, elle-même précédant l'arrivée simultanée de chœurs somptueux et d'une orchestration puissante et mélodieuse. C'est alors que nous submerge de sa voix finement modulée la chanteuse du groupe, à la manière de Carina Hanselmann (
Arven). Là l'émotion est déjà palpable et ne va pas se relâcher avec "
Alive", au tempo plus rapide et jouant des contrastes avec brio. Au démarrage, le titre se veut typiquement Heavy avec une rythmique cadencée. C'est alors qu'une chute brutale vient rompre avec ce schéma instrumental pour faire place à une plage vocale mêlant un chant féminin limpide et des growls masculins caverneux. Ces contrastes vocaux n'altèrent en rien la qualité de la mélodie d'ensemble, au demeurant plutôt agréable. le rythme du début reprend alors de plus belle pour permettre à l'orchestration de délivrer toute sa force. De manière inattendue, le titre s'achève en douceur avec quelques notes finement distillées à la guitare acoustique. Sur "Maid Of
Lake", l'ouverture s'effectue gentiment au violoncelle, et évolue vers un univers feutré oscillant entre glam rock et pop lyrique. Cette impression est renforcée par la présence vocale d'une Daria, ici influencée par
Melissa Ferlaak (ex-
Echoterra, ex-
Visions Of Atlantis), répondant en écho à une chorale bien inspirée. Cette rupture partielle avec l'univers proprement Métal, placée en plein cœur de l'album sonne comme un appel bienvenu au repos. On a alors la marque d'une excellente gestion des titres et d'un exercice de style réussi!
Quant aux trois autres titres parmi les plus aboutis, j'ai retenu les trois derniers de l'album. A commencer par "
Silent Cry", qui est une magnifique ballade à la mélodie fort bien travaillée, aux paroles ciselées avec précision, à l'orchestration harmoniquement convaincante. La présence permanente des violons renforce l'atmosphère glam pop de ce titre plein de nuances. Le morceau qui suit contraste rythmiquement avec cette douce plage. On entre véritablement dans une ambiance épique avec "Rub Al'Khali". Il s'avère riche en rebondissements, alternant douce voix haut perchée et growls profonds, rythmes syncopés et ruptures. Les envolées lyriques ne manquent pas à l'appel et les refrains sont particulièrement soignés. On se rapproche par là de l'univers symphonique d'
Epica. Cette impression est même renforcée dans l'outro du combo. Cependant, "Prayer", titre plutôt complexe, ne joue pas la carte de l'addiction spontanée. Après trois bonnes écoutes, on peut percevoir tous les reliefs mis en œuvre. Suite à une douce introduction au piano, les guitares prennent le relai, jouant en puissance et harmonieusement, comme pour mieux asseoir les joutes vocales déjà observées, du type "The Beauty
And The Beast", entre voix de tête de la chanteuse et inquiétants growls. Là encore, les refrains nous transportent, et ce, dans un univers musical singulier où se mêlent Métal et Pop, pour le meilleur, cette fois!
Parmi les cinq titres les moins significatifs, on retiendra par exemple, les deux premiers titres de l'opus. Précisons qu'"Intro" et "1000 Years" s'enchaînent sans coupure. L'ouverture s'opère calmement avec des claviers à la touche soft. Suite à quoi une montée en puissance s'observe, faisant apparaître un jeu d'échos entre voix claire et growls ainsi que des chœurs enrichissant de leur corps un titre bien construit, avec la présence d'un beau solo de guitare en fin de morceau. Malgré d'intéressantes cassures de rythme, le titre n'accroche pas autant que les "incontournables" du fait d'une mélodicité flottante, voire un peu déroutante. Sur un même plan, "
Spirit" convainc en partie. Ce titre, plus violent que les précédents, contient des growls saignants pour une voix toujours atmosphérique de Daria en retour. Bien que jouant finement sur les contrastes de rythme et de voix, ce morceau pêche un peu par manque de richesses harmoniques. Enfin, "
Cancer Of
Earth" et "Initiation Of Al'Hazred", sans être inintéressants sur le fond, restent tout de même en retrait des six meilleurs titres de l'opus. Le premier est progressif, avec une rythmique chaloupée, de belles variations de tonalité, mais sans réelle saveur mélodique. Même remarque pour le second titre, techniquement satisfaisant mais dont les harmonies souffrent d'un certain manque d'inspiration.
Au final, l'album retient l'attention de par le colossal travail de studio réalisé. En outre, les nombreux contrastes (entre voix, instruments, rythmes et ambiances) qu'il contient invitent à l'adhésion. Les lignes mélodiques ne sont pas non plus dénuées d'intérêt. L'orchestration proposée magnifie les titres tout comme la technicité instrumentale ici développée. Malgré quelques carences harmoniques et assez peu de soli, l'album enchantera certainement les amateurs de Métal Symphonique à chanteuse, du moins celui ou celle qui aura pris le temps d'écouter attentivement le profond message qu'a voulu nous transmettre un combo russe plein de promesses!
Merci également pour cette bonne chronique, avec un tout petit point de détail cependant: pourquoi parler dans ton introduction de steppes soviétiques, alors que sauf erreur de ma part l'URSS n'existe plus depuis 1991?
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