S'étant fait discret 6 longues années durant depuis leur dernier effort, qui aurait subodoré, il y a quelques mois encore, le retour dans les rangs du talentueux combo athénien ? Nous ayant gratifiés de trois discrètes démos («
Demo 2004 » (2004) ; «
Escape » (2005) ; «
Promo 2006 » (2006)), d'un éblouissant «
Always Forever », premier album full length, sorti en 2009, lui ayant ouvert la voie d'accès à une scène metal extra-territoriale appelée de ses vœux, et du poignant EP «
The Passage » (2011), lui ayant assuré une plus large visibilité lors du
Metal Female
Voices Festival à Wieze (Belgique), et après une pause de 2 ans prise dès
2012, le temps est venu, semble-t-il, pour l'expérimenté combo grec, sorti de terre il y a 14 ans déjà, de ne plus rester dans l'ombre de ses maîtres inspirateurs, à l'instar de
Nightwish,
After Forever et aux autres
Epica. Ayant essuyé moult changements de line-up depuis ses débuts, eu égard aux soucis d'identification posés par ces revirements de situation, on comprend que le défi à relever de marquer plus largement le tympan de son empreinte était de taille pour l'expérimenté combo hellénique...
Le temps de laisser mûrir son projet, de peaufiner et de sortir le single «
Race of Destiny » en 2014, mixé et mastérisé par un certain Jacob Hansen (
Amaranthe,
Delain,
Epica,
Evergrey,
Pretty Maids...), l'inspiré collectif a finement sculpté chacune des portées de chacune des 12 compositions inhérentes à cet épique et saillant «
The Butterfly Raiser », généreuse auto-production de 65 minutes, écoulée 3 ans plus tard, laissant entrevoir quelques relents de son glorieux passé tout en étant résolument tournée vers de nouveaux et enchanteurs horizons. Aussi, c'est à nouveau dans une mouvance metal mélodico-symphonique gothique, mais aujourd'hui plus qu'hier volontiers estampée folk et prog, que nous convie ce second méfait de longue durée. Sculptural et dantesque propos que l'on doit conjointement au fin guitariste Tomas Goldney, à la frontwoman italienne au timbre puissant et enveloppant Ida Elena (Cantus
Lunaris), au guitariste
Orlok Davis (
Coma Curve), au bassiste Nick Laskos et au batteur Simos Lantides.
Co-mixé et mastérisé par Max
Morton et, là encore, par Jacob Hansen, lui assurant une juste péréquation de l'espace sonore, ce pléthorique opus a témoigné de cascades d'accords bien coordonnées, d'ensorcelantes mesures orientalisantes et d'un sens mélodique que l'on penserait inné de la part de ses auteurs, à savoir Ida et Tomas. Pour parachever de nous intimer d'aller y jeter une oreille attentive, nos acolytes se sont octroyés les prestations d'experts instrumentistes (Albert Dannenmann (ex-Blackmore's
Night) à la flûte et Ioannis Maniatopoulos (Tri-State Corner) au bouzouki) et de vocalistes aguerris (Sarah
Wolf (
AfterTime) et Max
Morton (
Sanctorium,
Stilverlight...)). Un alléchant programme nous intimant d'insérer le cd dans la platine pour une longue chevauchée fantastique...
A l'aune de cette généreuse rondelle, on saluera la rare capacité du combo à enfiler les perles sur son collier. Ayant pris soin de soigner aussi bien l'enregistrement que les arrangements de chacune de ses compositions, le substrat de ces dernières prend ainsi tout son sens, et leur contenant, toute leur dimension. On comprend qu'une kyrielle de tubes attendent le chaland, qui ne lui laisseront que rarement le loisir de les déserter, chacun avec ses armes étant susceptible de le pousser à l'addiction. A commencer par les pistes pop metal symphonique, rivalisant d'atours pour nous rallier à leur cause.
Ainsi, l'entraînant « Reaching for the Sun », titre cadencé aux airs d'
Amberian Dawn mêlé à une touche de
Jaded Star, ne ratera pas sa cible, celle de nos émotions les plus intimement enfouies. Diablement efficace, cette ronde des saveurs repose sur une rigoureuse ligne d'écriture de son tracé mélodique tout en octroyant de subtiles variations, enjolivées par les troublantes inflexions de la maîtresse de cérémonie. Dans la lignée d'
Elysion quant à ses arrangements, le vivifiant « Hear Me Out », de son côté, joue à plein la carte de la séduction mélodique, notamment sur son refrain catchy typiquement delainien qui, bien qu'une impression de déjà entendu ne manquera pas de nous étreindre, déploie des trésors d'ingéniosité pour remporter l'adhésion sans avoir à forcer le trait. Ce faisant, une épaisse pluie synthétique s'abat, inondant un parterre instrumental rutilant et rythmiquement imputrescible sur une piste qui tend à intensifier ses frappes sèches et à asseoir l'autorité de la déesse, au fil de notre avancée. Par ailleurs, des nappes synthétiques tapissent le parterre instrumental par trop cyclonique de « The
Devil's Call », titre d'inspiration électro pop metal lâchant quelques effluves orientalisantes, et là encore, la sauce prend. Puissant, un brin rageur, dans la veine d'
Amaranthe, avec un soupçon de Revamp, l'offensif propos capte lui aussi l'attention de bout en bout. Enfin, une violoneuse assise corrobore un indomptable et massif riffing sur le tubesque et enfiévré « Orions Light », entêtante piste pop metal sur laquelle Ida et Sarah, muées en de cruelles prédatrices des cœurs en bataille, évoluent à l'unisson pour une immersion en eaux tumultueuses. Et ce, non sans rappeler un certain «
Paradise (What about Us ? », hit dispensé par
Within Temptation où
Tarja donnait le change à Sharon. C'est dire qu'on ne lâchera pas d'un iota cet instant privilégié d'une redoutable efficacité.
Lorsqu'il intensifie sa dynamique rythmique et qu'il accélère le débit de ses frappes, dans une visée power symphonique, le collectif grec marque également quelques points. Ainsi, le frondeur single «
Race of Destiny » laisse exulter ses riffs resserrés étreignant une rythmique enjouée, à mi-chemin entre un
Nightwish des premiers émois, eu égard aux harmoniques effilées et
Elysion, avec une touche d'
Amberian Dawn (seconde mouture) en ce qui a trait à sa ligne mélodique, au demeurant aussi charismatique que propice à un headbang échevelant. Aussi bien sur les captateurs couplets que sur un refrain qu'on entonnerait à tue-tête, les graciles inflexions de la déesse font mouche. Ce ne sera pas le volubile et prégnant solo de guitare qui démentira le constat d'être aux prises avec un hit en puissance, ce qu'il fut d'ailleurs au moment de sa sortie, que bien de ses maîtres inspirateurs pourraient lui envier. Quant au virulent «
Ashes », il dissémine des growls caverneux d'une bête acariâtre parallèlement aux aériennes impulsions d'une belle ingénue. Dans cette torride offrande, c'est sans concessions que les riffs acérés en tirs en rafale nous assaillent le pavillon, relayés par de saillantes rampes aux claviers et un sémillant solo de guitare. Dans cette énergie, des choeurs en faction entament l'offensif et vrombissant « In Desertis », épique mid tempo power sympho dans le sillage orientalisant d'un
Epica à l'ère de « The Divine
Conspiracy ». C'est à un duo mixte en voix claires que nous mène le combo grec, où les attaques frontales de Max
Morton s'harmonisent aux angéliques impulsions d'Ida pour une poignante traversée du désert. Telle une oasis dans cet espace dunaire, un pont mélodique en voix de tête accolé à une fine gradation à la lead guitare apporte un coup de souffle à cette braise progressivement incandescente.
Dans un souci de diversification stylistique, le groupe a opté pour une orientation folk combinée à son assise metal symphonique originelle. Et là encore, la magie opère. Ainsi, la pénétrante empreinte flûtesque d'Albert Dannenmann ainsi que le son d'une cornemuse enfiévrée confèrent une touche folk à « Artemis », jovial mid tempo symphonique où mitraille une rythmique vrombissante. Les influences de Blackmore's
Night et de
Lyriel se font sentir quant à l'atmosphère festive un poil roots de cette jubilatoire offrande, où un rayonnant solo de guitare glisse avec célérité dans nos tympans alanguis. Difficile de ne pas se sentir porté par le courant ascendant clôturant un acte interprété avec aplomb et une confondante justesse par la sirène italienne. D'obédience folk elle aussi, au carrefour d'influences entre Blackmore's
Night et
Leaves' Eyes, l'engageante offrande pop metal «
The Butterfly Raiser » dissémine de sensibles arpèges au piano tout en distillant une énergie communicative à laquelle s'y soustraire relèverait de la gageure. Surmontée d'une cornemuse samplée, cette piste laisse entrevoir des couplets taillés au scalpel. Si le refrain s'avère convenu, il n'en demeure pas moins immersif à souhait, entraînant dans son sillage plus d'une âme rétive. Accessible sans se montrer simpliste, mélodieux sans extravagance ni inopportune niaiserie, l'exercice est relevé de main de maître. Lacérant le pavillon de son tapping martelant, feignant d'évoluer sur des charbons ardents, le mid tempo progressif « Sands of Time », quant à lui, offre de saisissants accords et un insoupçonné et hypnotique délié au bouzouki signé Ioannis Maniatopoulos. Mais, ses charmes guitaristiques ne sont pas les seules armes fatales de cette corpulente et vigoureuse proposition. Ce serait omettre la magnétique empreinte vocale de la frontwoman, bien habitée par son sujet, insufflant de sinueuses et enivrantes séries de notes ; on comprend vite qu'une autre fenêtre sur l'Orient s'ouvre.
Sans s'y être exclusivement réduits pour nous retenir plus que de raison, le groupe hellénique n'a pas omis l'octroi de quelques instants tamisés, propices à une zénitude prolongée, délivrant alors ses mots bleus, échafaudés avec rigueur et restitués avec une rare élégance. Ainsi, un violoncelle satiné accolé à de sensibles arpèges au maître instrument à touches infiltrent « Robin's
Eyes », somptueuse et pénétrante ballade progressive aux fines variations que n'aurait reniée ni
Delain, ni
Within Temptation. Touchante, pour ne pas dire désarmante, la chatoyante et puissante empreinte vocale, assortie d'un léger vibrato, de la maîtresse de ces lieux contribue à magnifier cet intimiste moment. Difficile dans ces conditions de rester bien longtemps en retrait de ce torrent de saveurs exquises, où la justesse des accords a pour corollaire une troublante effusion mélodique. Et l'émotion nous gagne, inexorablement, naturellement...
Pour parachever de nous convaincre de plonger, et même plus profondément encore, dans une toile déjà richement ornée, nos compères ont concocté une imposante et pulsionnelle pièce en actes, judicieusement placée en bout de course. Ainsi, la fresque et outro de l'opus «
The Sword the
Stone and the
Wolf » déploie fièrement ses 7 minutes d'un voyage abondant en péripéties. C'est au cœur d'un dispositif metal symphonique aux relents folk, qui semble être la recette gagnante de nos gladiateurs, que l'on effeuille cette vibrante et progressive ogive, où foisonnent accélérations et ralentissements, insoupçonnés changements de tonalité et variations atmosphériques. En outre, cet opératique et plantureux champ de turbulences unit un riffing roulant à des gammes effilées au piano, sur fond d'inaltérables ondulations d'un serpent synthétique que rien ni personne ne peut arrêter. Une manière particulièrement habile, quoique classique dans ce registre, de boucler la boucle.
C'est véritablement un album de la démesure, aux ambiances variées, diversifié dans ses frasques harmoniques et ses joutes oratoires, techniquement éprouvé et à la mélodicité résolument impactante, à la forte charge émotionnelle, sans temps morts, ni espaces de remplissage, ni fioritures logistiques, que nous livre l'inspiré combo athénien. Louable et attachant effort qui renseigne sur ses légitimes intentions de dépasser le stade de valeur montante, pour espérer désormais faire partie intégrante des heureuses et privilégiées conformations du cru 2017. A n'en pas douter, le valeureux collectif hellénique en aurait l'étoffe. Et ce, d'autant plus que cette rondelle fourmille d'indices révélateurs d'une certaine évolution stylistique d'un projet qui s'est à la fois affiné dans la construction et le déploiement de ses harmoniques et épaissi artistiquement, le rendant par là-même susceptible de tenir la dragée haute à la concurrence, d'où qu'elle vienne. On comprend qu'en amenant un peu de sang neuf à un registre metal au bord de l'asphyxie, notamment par ses osmotiques et enivrantes cohabitations stylistiques, il contribue à lui conférer quelques lettres de noblesse. Selon votre humble serviteur, c'est à un message musical fort et novateur auquel nous avons affaire qu'il serait regrettable d'éluder. A bon entendeur...
Merci pour cette belle chronique : j'apprécie quant à moi votre plume fournie et votre style qui se gonfle telle une vague de mots et dont le rythme et l'ampleur mime si bien les tribulations de l'âme envahie par la musique...
Et puisque que nous parlons d'un combo grec : Aristote disait qu'être capable de faire des métaphores est un signe d'esprit.
Même si certains peuvent regretter que vous n'en usiez pas avec modération !
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