Message a été reçu par le quartet étasunien du souhait communément partagé par sa fanbase de le voir revenir dans la course suite à son premier et truculent EP, «
Vegvisir ». Deux ans de patience seront toutefois nécessaires avant l'arrivage de son successeur, «
Temperance », second EP concocté par le groupe nord-américain. Ce qui ne signifie nullement que le combo soit resté terré dans l'ombre ce laps de temps durant, celui-ci ayant accouché d'un single, « GAFY », en 2023. Ce faisant, les cinq pistes de cette fraîche offrande permettront-elles à nos belligérants de tenir en respect l'âpre concurrence dont le registre metal alternatif à voix féminine continue de faire l'objet ? Les 26 minutes du ruban auditif de ce message musical leur offriront-elles l'opportunité de rejoindre dès lors les valeurs montantes dudit registre ?
Emmené là encore par sa chanteuse aux puissantes inflexions, Tina
Firefly (Tina
Firefly, Cryptic
Shade), et ses acolytes – Einar Einarsson (Voodoo
Machine, Black Tie
Messiah) aux guitares, Soren Einarsson à la batterie et
Jason Johnson, bassiste et ingénieur du son aux Green Light Studios –, le collectif étasunien continue d'œuvrer dans un metal mélodique mâtiné de heavy et de grunge, où de seyants arpèges d'accords s'allient le plus souvent à des riffs massifs assortis de virulents coups de boutoir. Aussi, conformément à leurs aspirations premières, les empreintes de
Bif Naked,
Ela,
Live, Sede Vacante et
Lacuna Coil se font à nouveau sentir sur cette galette à la production d'ensemble tout aussi soignée que sa devancière, dont une qualité d'enregistrement de bonne facture et des finitions passées au crible.
A l'aune de ses passages à la cadence mesurée, la troupe parvient le plus aisément à nous aspirer dans la tourmente. Ce qu'atteste, en premier lieu, « Letter to a Narcissist », mid tempo aux riffs grésillants et à la basse vrombissante, à mi-chemin entre
Ela et
Live ; voguant sur une série de notes plutôt engageantes et un tantinet sensuelles, cette plage metal mélodique aux relents grunge se voit mise en exergue tant par les screams déchirants que par les claires inflexions de la sirène. Et la sauce prend, in fine. Dans une énergie résolument grunge, s'imposera non moins « Butterfly Pinned Under
Glass », opulent et enivrant effort aux riffs crochetés, au regard de ses couplets graveleux relayés chacun d'un refrain immersif à souhait encensé par les angéliques patines d'une interprète bien habitée.
Moins nombreux que naguère, les morceaux les plus impulsifs sauront non moins happer le fan de la première heure. Ce qu'illustre, d'une part, «
Victim Loop », mid/up tempo à la coloration heavy, à la confluence d'
Ela et de
Lacuna Coil ; groovy et empreint de sensualité, et en dépit de quelques chemins de traverse à emprunter, cet énigmatique méfait mis en relief par les puissantes impulsions de la déesse poussera assurément le chaland à un headbang subreptice. Dans cette dynamique, on ne saurait davantage éluder le reptilien et néanmoins entraînant « Upside
Down Song » à la lumière de l'infiltrant cheminement d'harmoniques qu'il nous invite à suivre.
Est-ce à dire qu'un sans faute serait au bout du chemin ?
Pas tout à fait. Ainsi, « Only Zuul » se pose tel un lascif et ''lacunacoilesque'' low tempo aux riffs aussi grisants que rocailleux, pourvu d'enchaînements intra piste des plus sécurisés et porté par les enivrantes oscillations de la belle. Accusant toutefois une persistante et, somme toute, usante linéarité mélodique ainsi qu'une inaliénable répétibilité de ses schèmes d'accords, le félin méfait ne saurait prétendre à une inconditionnelle adhésion.
Résultat des courses : le combo étasunien nous plonge au cœur d'un mouvement à la fois enivrant et sensible, un brin moins pulsionnel mais dans la même veine atmosphérique que son devancier, et bénéficiant d'une ingénierie du son plutôt soignée. Conjuguant à nouveau avec habileté les styles convoqués, la troupe a, en revanche, moins varié ses phases rythmiques qu'autrefois, et accusé un bémol susceptible d'affadir l'attention de l'auditeur, y compris celle de sa fanbase. Une technicité instrumentale au rendez-vous de nos attentes, une signature vocale aisément identifiable et pénétrante ainsi que des arrangements de bonne facture ont, cette fois, pour corolaire des mélodies, certes, finement esquissées mais un brin moins accrocheuses aujourd'hui qu'hier. Ainsi se dessine un grisant mais lascif opus, faisant du groupe un sérieux outsider, pas encore une valeur montante de cette arène metal. Bref, une deuxième pièce en demi-teinte désormais dans l'escarcelle du quartet nord-américain...
Note : 13,5/20
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