Tantric

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Nom du groupe Tantric
Nom de l'album Tantric
Type Album
Date de parution 13 Fevrier 2001
Produit par Toby Wright
Style MusicalGrunge
Membres possèdant cet album4

Tracklist

1. Breakdown
2. Live Your Life (Down)
3. I Don't Care
4. Paranoid
5. Revillusion
6. Mourning
7. Astounded
8. I'll Stay Here
9. Frequency
10. All To Myself
11. Hate Me
12. Inside Your Head

Chronique @ Hacktivist

24 Août 2014

Alice In Chains, Creed et Days Of The New, qui discutent chacun autour de cette table semblent filer le parfait idylle.

Vous l'aurez sans doute remarqués au détour d'un « MTV Unplugged in New York » ou d'un certain duo « Sap/Jar of Flies » - la culture de l'acoustique, dans le grunge, n'a jamais été une chose à prendre à la légère, au contraire. C'est aussi une façon comme une autre d'extirper en profondeur l'âme de l'artiste et de se rendre compte de ce qu'il vaut réellement en ne se laissant bercer que par des vocaux, sans doute sublimés par une instrumentation et des envolées d'une rare intensité. On touche un point sensible à présent avec « The Man Who Sold the World » qui est l'hymne acoustique par définition, reprise des Nirvana en 1994 délivré sur cet album posthume survenu à l'occasion de l'extinction tragique de Kurt Cobain... Des records de vente ont ainsi pu être très vite enregistrés, si bien que l'acoustique a finalement réussi à se faire une place de choix amplement méritée. Mais au-delà de ça, on assiste également à une sorte de reprise, de renouvellement du mouvement grunge et d'une poignée de formations qui continuent tant bien que mal de s'accrocher, quitte à sortir une dernière oeuvre en cette année 2001. Citons à ce titre les albums « Silver Side Up » puis « Come Clean » pour les révélations mais aussi « Golden State » - « Weathered » et le dernier Stone Temple Pilots du nom de « Shangri-La Dee Da ». Du coup, qu'arriverons donc à faire nos gars de Tantric, relais acoustique de Days Of The New, souhaitant pour le mieux, perpétuer cette tradition bien connue de l'acoustique ? L'éponyme « Tantric » vous donnera alors la réponse à cette dernière question.

Déchu de trois de ses membres (Todd Whitener, Jesse Vest et Matt Taul) tous partis pour venir former Tantric en 1999 avec le vocaliste Hugo Ferreira, de Days Of The New, il ne restait au final plus que ce génie de Travis Meeks voué à se séparer de l'intégralité de son backing band et à continuer son chemin en solitaire jusqu'au troisième et ultime volet, le « Days of the New III ». N'en déplaise à ce dernier personnage, ce premier Tantric s'est nettement mieux vendu que celui de Travis Meeks même si en fin de compte, on voit bien que les membres s'inspirent profondément du « Days of the New Yellow » (1997) qui est en quelque sorte leur référence/source d'inspiration première. Ceci dit, la production évolue vers une forme plus accessible, un poil plus lisse voire éthérée aussi, mais mélodique surtout, se plaçant sur un modèle post-grunge avec des marques à la Alice In Chains surtout recentrées sur la période « Jar of Flies ». Et ce n'est pas étonnant, puisqu'il se trouve que Toby Wright (Alice In Chains, Jerry Cantrell) lui-même a produit et mixé l'album « Tantric » publié sous l'étiquette de Maverick Records (Candlebox, Deftones, Alanis Morissette entre autres) qui reste à ce jour, une très bonne surprise musicale. Enfin, pour clore le tout, le leader de ce nouveau combo apparaît avec un physique ressemblant assez fortement à celui de Scott Stapp, mais bon, cela vaut aussi entre Wes Scantlin et Kurt Cobain (seulement, il se trouve que dans les deux cas, la ressemblance n'est pas qu'exclusivement physique...).

Passé cela, Tantric peut désormais se prétendre être l'héritier ou du moins, le "relais acoustique" de Days Of The New qui a surtout connu ses heures de gloire dans les nineties. Prenons par exemple « Revillusion » qui est dans la lignée même des débuts de DOTN avec une mélancolie, des accents et des phrasés très influencés par Travis Meeks quoiqu'un peu plus roulés hard-rock par moments avec des solos vocaux hauts en puissance. Il faut cependant reconnaître que le son est nettement plus moderne (surtout sur les refrains) et de ce fait, bien évidemment moins brute que les compos de la formation que nous avons maintes fois évoquée auparavant. Ce qui est intéressant aussi, c'est que Tantric tente de retracer en tout point l'univers abordé par la bande à Meeks, allant même jusqu'à reproduire et s'approprier des solos acoustiques éclatant presque dans une sorte de folk/world music évasive et voyageuse sur « Astounded » ou « Hate Me » même si l'exploration est malgré tout de courte durée. De plus, lorsque le soutien vocal Todd Whitener fait son entrée aux côtés d'Hugo Ferreira à de multiples reprises sur cet opus (sur « I'll Stay Here » - « Paranoid » ou encore « Live Your Life (Down) » dont nous aurons l'occasion de reparler) - ces deux groupes commencent à se rapprocher très dangereusement l'un de l'autre... Au fond, il ne serait pas si étonnant d'avoir à reprocher à Tantric un certain manque d'identité car celui-ci semble créer son style à partir de plusieurs influences entrelacées, réunies et très appuyées, néanmoins, le combo arrive facilement à tirer son épingle du jeu, ne serait-ce que grâce à la personnalité de son vocaliste. En passant, donc, sur « I'll Stay Here » - le propos se confirme en partie (en dehors du fait qu'on aurait vraiment l'impression d'entendre un Scott Stapp chanter) puisque la fin contient vraiment une bonne dose d'émotion qui nous accroche mais évidemment, tout ça se termine bien trop vite et aurait eu le mérite d'être plus approfondi encore.

En poussant la réflexion un peu plus loin, on a même la curieuse impression que Tantric a des années d'avance sur le plan de la modernité et est en charge d'un son plutôt très actuel. C'est le cas de « Hate Me » démarrant sur un air un peu jazz-pop dansant et rêveur pour enchaîner sur un groove entraînant et très rock contrebalançant avec cette instrumentation si fine, douce et légère. Voilà encore un élément qui différencie ces groupes de post-grunge du Seattle Sound des 90's : l'expérimentation musicale (où le côté pop côtoie parfois des relents ou des riffs typiquement metal en effet) et l'intégration d'éléments assurément variés et/ou dans dans l'air du temps. Faute de quoi, certains morceaux restent évidemment plus formatés (le single « Breakdown » ou « I Don't Care ») et ont tendance à privilégier peut-être un peu plus l'efficacité au profit d'émotions plus naturelles. Mais ce n'est guère un problème, car la musique est en elle-même très sincère, de bonne qualité et représente bien l'univers du groupe qui ne cherche pas à en faire trop. Pour illustrer ceci, citons le très bon titre du nom de « Paranoid » où Hugo emploie de nombreux accents hard-rock à la Scott Stapp et nous délivre sa rage habituelle, qui fonctionne. Même chose, à savoir que la guitare acoustique de « Mourning » sonne excessivement bien s'accordant parfois des accordages et des relents un peu country à côté du fait qu'il pourrait évidemment s'agir d'une ballade en mid-tempo calibrée à la Creed. Donc on a face de nous des morceaux relativement différents, variés et si agréables à l'écoute que ce « Tantric » passe comme une lettre à la poste.

De plus, gardons toujours une petite pensée pour l'illustre Layne Staley qui finalement, regarde cette nouvelle vague de très très loin jusqu'à en attendre le dénouement final malheureux de 2002... Ainsi, les éléments les plus intéressants de cet opus sont ceux volontairement tournés vers des sonorités plus metal en témoigne « Frequency » : une pièce qui se rapproche d'ailleurs le plus d'un heavy metal étourdissant avec de gros riffs bien lourds. Mais surtout, les vocaux d'Hugo Ferreira font sensation sur chacune des notes délivrées, et pour cause, son timbre pouvant aussi bien s'acclimater à chanter du blues, de la pop que du metal. Aussi, cet acoustique à deux voix présent, en particulier, sur le « Live Your Life (Down) » rappelant effectivement, en plus de Days Of The New, un « Jar of Flies » d'Alice In Chains à la seule exception que notre vocaliste se permet l'intégration de phrasés un peu rappés et énervés avec des accents et des riffs metal. Jamais une histoire ne pouvait aussi bien se finir qu'avec un morceau comme « Inside Your Head » empli d'identité, de beauté, de mélancolie, d'émotions et d'ambiances aussi sombres. Le solo est musicalement très profond et la distorsion arrivant bien plus tard avec des guitares très présentes se terminant sur une note très positive. Hugo Ferreira se métamorphosant en un Layne Staley et Todd Whitener, en nul autre que le virtuose né Jerry Cantrell.

Peut-être aurait-on voulu obtenir quelque chose d'un peu plus brute et d'un peu moins produit sur ce « Tantric » mais Alice In Chains, Creed et Days Of The New, qui discutent chacun autour de cette table semblent filer le parfait idylle. Les Tantric se cherchent encore mais avec la surprise laissée par ce « Inside Your Head » - nous sommes sûrs d'entendre encore parler d'eux à l'occasion d'une énième récolte de cadavres grunge dépouillés et remis au goût du jour par la plus belle des façons.

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