Quand on associe le death metal à l’Amérique du Sud, on pense principalement au Brésil, mais des pays comme le Pérou et le Chili ne sont pas avares en hordes bestiales et sataniques.
Thy Serpent’s Cult fait partie de ces légions infernales depuis 2008, et le quatuor de Santiago sort désormais son troisième blasphème longue durée sous la bannière noire de Ordo MCM.
Ici pas de fioriture, on démarre sur les chapeaux de roue avec le titre éponyme :
Supremacy of Chaos s’ouvre sur un solo hurlant et hystérique sur une rythmique qui bastonne sec, formant un chaos total jouissif parfait pour démarrer les hostilités. Puis ce riff rampant et velu vient nous prendre à la gorge sur ce tempo à la lenteur obscène, extrêmement lourd et poisseux, le tout porté par le guttural impressionnant de profondeur du sieur
Hatred ainsi qu’un groove diabolique qui nous condamne à secouer la tête, surtout quand le rythme s’accélère un peu. Voilà un morceau de moins de cinq minutes impeccablement torché, simple, efficace, bref, un condensé idéal de bon death old school bien gras, sale, pesant et sataniste jusqu’au bout des ongles. S’ensuit un
Diabolic Force d’une lourdeur effroyable, avec ces guitares saccadées violentées par les secousses de la basse. Le son est extrêmement grave, nous précipitant la tête la première dans les abysses, avec une quatre-cordes baveuse qui fait trembler les murs et ces grattes bourdonnantes et sifflantes qui cognent à nos tempes et hurle à nos oreilles comme un essaim de mouches vertes tournant autour d’un cadavre (Into the
Depths of
Hell,
Satanic Rites of
Blood, Real of
Satan, qui joue presque uniquement sur les dissonances des guitares et le claquement infernal de la basse). L’alternance de mid tempi pesants à souhait et de morceaux plus rapides à la gravité tout aussi imposante (Pedophiliac Priest,
Endless Hate) nous cloue au sol, nous embourbant dans une mare de sang coagulée et puante de laquelle on ne peut se dépêtrer. L’ensemble de ces trente-six minutes est extrêmement épais, suffocant, malsain et blasphématoire, et en cela, on peut rapprocher
Thy Serpent’s Cult de nombre de ses cousins chiliens. Cependant, pas aussi technique que
Dethroner, bien moins rapide que
Orategod, plus simple rythmiquement que
Denying Nazarene, le quatuor ferait plutôt penser à un bâtard abject de
Cannibal Corpse,
Six Feet Under et
Profanatica si on devait le décrire en utilisant des références connues de tous.
C’est indéniable, les musiciens savent jouer, mais malgré de très bons soli qui viennent aérer presque chaque piste (à ce titre, le break central de
Endless Hate fait du bien), le tout manque cruellement de variations et de moments forts, les onze morceaux se contentant d’un rythme simple et martelé et ne décollant jamais vraiment. Le guttural terrifiant de Hated est trop linéaire, et finalement, ce
Supremacy of Chaos est bien trop compact et manque de respirations, malgré sa durée assez courte. De même, le riffing, essentiel dans le style, n’est ici pas particulièrement transcendant, jouant souvent sur les mêmes tonalités et les mêmes saccades, ce qui n’aide pas vraiment les morceaux à se démarquer les uns des autres.
C’est un fait, à l’instar d’un
Profanatica, avec qui il partage cette production tellurique à la basse très mise en avant (c’est flagrant sur
Satanic Rites of
Blood),
Thy Serpent’s Cult joue plus évidemment sur un son et une ambiance poisseuses et blasphématoire que sur la musicalité de ses compos à proprement parler. Reste que l’ensemble est bien exécuté, lourd à souhait, et parfois jouissif dans cette débauche de brutalité primaire, invitant à un headbang décérébré (le très bon titre éponyme, l’expéditif
Endless Hate). Les Chiliens nous proposent donc un bon album de death metal, rugueux et visqueux à souhait, possédant un groove infernal et une aura sataniste palpable, mais cela ne suffira évidemment pas à faire entrer les Chiliens au panthéon du metal de la mort. En conclusion, cette troisième offrande du quatuor de Santiago est un chaos sympathique à l’agréable goût de souffre mais encore loin d‘être suprême…
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