Actifs depuis 1992, on ne peut pas dire que les Américains soient très prolifiques, puisque la discographie de
Cretin n’affiche qu’un seul album, "
Freakery", paru en 2006. Mais ce long laps de temps est loin d’être anodin puisque Dan Martinez (chant/guitare) en a profité pour changer de sexe, se muer en Marissa Martinezet, devenir le premier transsexuel à exercer dans le milieu du metal extrême (dixit Dan ou Marissa Martinez, on s’y perd un peu). En plus de ce changement notable,
Cretin a intégré en son sein une deuxième guitariste,
Elizabeth Schall(
Dreaming Dead), et a publié, il y a un an, son deuxième méfait longue durée, intitulé "
Stranger", chez Relapse Records.
Les ingrédients qui faisaient la recette de "
Freakery", à savoir, une grosse influence Repulsion à laquelle nous aurions ôté une grande partie de ses décélérations, un grindcore presque bête et méchant, sale et dérangeant, sont évidemment présents. Mais
Cretin a injecté dans ses compositions, une dose de "death" vieille école bien plus importante comme sur le titre d’ouverture "It", les commencements de "Mister Frye", "The
Janitor Guy", de "Mary Is Coming" ou de "We
Live In A Cave", pour n’en citer que quelques uns. Cet ajout de "death-metal" rend la musique du quatuor plus lisible et contribue à diminuer cette influence Repulsion, trop prédominante qui émanait de son prédécesseur, même si celle-ci reste encore assez présente.
Hormis ce côté "death" plus prononcé, l’incorporation de breaks lourds et massifs, ajoute à l’impact de l’ensemble et annihile toute linéarité. Ces cassures rythmiques sont de véritables "brise-nuques" et mettent en exergue les accélérations blastées et frénétiques. Il suffit de jeter une de vos cages à miel à "It", "
Ghost Of Teeth
And Hair", "Mister Frye", "The
Janitor Guy" ou "They Buried The Lunchbox" pour sentir vos bouchons exploser les uns après les autres, mais je doute que vos cervicales apprécient ce moment. Aussi, il est indéniable que le song-writting a évolué car, à l’issue de la découverte intégrale de "
Stranger", ce dernier paraît bien plus construit et structuré que "
Freakery". Cet état de fait est surtout flagrant lors des multiples changements de rythmes incessants qui jalonnent l’album dans sa globalité. L’ajout d’une deuxième guitare ne se fait pas trop sentir à l’écoute de l’album, sauf sur les multiples solos pertinents d’
Elizabeth, qui intervient toujours à bon escient. Toutefois, elle décuplera sans doute la puissance des compositions du groupe pendant les prestations scéniques de
Cretin.
A l’instar de bon nombre de ses congénères, le format court des morceaux, inhérent au style, est bien respecté. L’ensemble est compact, sans fioritures et va droit à l’essentiel, rehaussé en cela par la production de Matthew Widener, qui a su allier passé et présent, avec un son clair et précis, tout en conservant ce côté sale, brut et dérangeant. De plus, chaque instrument est parfaitement audible et ce n’est pas une mince affaire dans le genre. Les musiciens sont également au diapason, avec une section rythmique qui avoine sévère. Mention spéciale à Col Jones, qui alterne mid-tempos pachydermiques et blasts hystériques sans sourciller et les guitares cisèlent telles des hachoirs au milieu d’un abattoir. Les vocaux de Marissa Martinez sont à l’avenant et très convaincants mais, de par son histoire, le challenge est un peu faussé, Marissa ayant gardé l’organe (vocal) de Dan.
Même s’il est pétri de qualités, "
Stranger" n’est quand même pas le disque de l’année 2015 et ne va aucunement révolutionner le genre, mais loin de
Cretin cette prétention. L’originalité est donc restée au placard, lequel est fermé à double tour et la clé est définitivement perdue. L’influence de Repulsion est encore bien trop présente et nous ne pouvons éviter le parallèle entre les deux formations. Aussi, "
Stranger" est une sorte de parpaing compact qui rebutera assurément quelques néophytes car, même si le "grindcore" est un style assez immédiat, plusieurs écoutes seront nécessaires pour déceler les "subtilités" des compositions de ce disque.
Cretin offre avec "
Stranger", un album plus que sympathique, faisant honneur à sa réputation, avec une facette "death" plus prononcée et une écriture musicale plus poussée, évitant, de ce fait, l’écueil de la facilité et de la lassitude, maintenant, grâce à de multiples alternances rythmiques, l’attention de l’auditeur.
Cretin prouve effectivement qu’ils ne le sont pas et montre une certaine évolution bénéfique et bienvenue pour leur avenir.
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