Il est aussi amusant que consternant de lire certaines publicités que sont capables de sortir les maisons de disques pour présenter leurs poulains. Un tel "réduit en cendres tout ce qui a été réalisé auparavant", un autre "est destiné à devenir un futur incontournable", … autant de descriptions pompeuses et qui s'avèrent la plupart du temps mensongères.
Sur ce point-là, il faut reconnaître que Candlelight a fait excessivement fort, en décrivant ce nouvel enregistrement d'
Apocryphal Voice comme (dixit) "un mélange de
Burzum et de Nick Cave". Primo, j'ai beaucoup de mal à imaginer ce que ça pourrait donner (si tant est que ce soit possible…). Deuxio, "Stilltrapped" n'a absolument rien à voir avec le style de l'un ou l'autre des deux artistes précédemment cités. Du grand n'importe quoi ! Et c'est à se demander quelle substance pas très catholique a bien pu absorber le responsable marketing de Candlelight avant de pondre une telle absurdité.
Bon, ce fait se devait d'être signalé, mais il est inutile de s'y appesantir plus longtemps. Place à ce qui nous intéresse véritablement, c'est-à-dire le contenu de "Stilltrapped", premier véritable album d'
Apocryphal Voice faisant suite au mini "
The Sickening" sorti quatre années auparavant. Quatre années qui s'évaporent en un souffle à l'écoute des premières secondes de "Trapped Under the Iron Sky" qui reprend les derniers arpèges de "Sleeping in Tar" (dernier titre du mini).
Comme on ne change pas une formule qui gagne, on retrouve également le même duo constitué du chanteur et multi-instrumentiste Juhani Jokisalo, épaulé par son fidèle batteur (et accessoirement illustrateur) Ville Salonen.
La griffe personnelle du duo finnois est immédiatement reconnaissable, avec son extrême ambivalence, son aspect froid et inhumain, même si son expression a quelque peu évolué.
La voix tout d'abord, à mi-chemin entre le chant mélodique, la plainte, la déclamation et le crachement de pestiféré, s'est nettement détachée de ses racines black. Sa performance est proprement hallucinante, signe que l'esprit de la bête est toujours aussi torturé (et c'est tant mieux !).
La musique, elle aussi, s'éloigne de sa matrice black originelle, mais devient paradoxalement encore plus glaciale, avec un son de guitare encore plus trafiqué et une présence accrue des sonorités synthétiques. Elle s'est aussi considérablement diversifiée, les longues complaintes désabusées ("
Forgotten", "Can You Feel the
Presence of
Death", "
Dry Sound of Rusty Nothingness") étant entrecoupées de nombreux sursauts d'humeur imprévisibles (le quasi-tribal "Incognito", le grand-guignolesque "Sideshow", le reposant "
Lazy") et d'interludes complètement cinglés ("Dance of the Phantoms", "March Towards
Hell"), sans oublier l'inquiétante outro "
Burden", dont les notes de piano spectrales résonnent encore bien longtemps après que l'on ait sorti le disque de notre lecteur.
La forme a évolué, mais le fond est resté intact, avec cette impression permanente de se sentir progressivement pris au piège, sans que l'on ne puisse rien y faire et sans que l'on sache réellement d'où vient le danger.
Comme tout bon psychopathe qui se respecte,
Apocryphal Voice affine sa méthode et sa technique d'approche, même si quelques hésitations et quelques longueurs se font de temps à autre sentir, preuve qu'il ne maîtrise pas encore totalement son énorme potentiel meurtrier.
Espérons néanmoins qu'il ne faille pas attendre une nouvelle fois quatre longues années avant qu'il ne frappe à nouveau.
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