Voilà plus de douze ans que la formation parisienne
Asylum Pyre est en activité, et six ans que le premier album ''Natural
Instinct ?'' est sorti. Autant d'années qui ont été largement mises à profit par le groupe pour développer une expérience non négligeable dans un metal mélodique énergique et souvent inspiré. Avantage indéniable, la maison de disques allemande
Massacre Records s'est intéressée à eux dès le deuxième opus, chose plutôt rare pour un petit groupe français. Les Franciliens retournent donc en studio au début de l'année dernière, afin de pondre à l'automne ce troisième album, toujours avec l'aide de l'écurie allemande. Il y a eu en revanche quelques changements entre temps, puisque le guitariste Hervé et le bassiste Oliv' ont quitté le groupe il y a un an à peu près, les obligeant à engager un certain Christophe Babin en musicien additionnel à la basse et le collaborateur de longue date Didier Chesneau à la deuxième guitare.
Spirited Away est le titre anglais du célèbre dessin animé Le Voyage de Chihiro, par le maître japonais Hayao Miyazaki ; mais c'est aussi le titre de cet opus. Pour ceux qui suivent
Asylum Pyre depuis leurs débuts, c'est plutôt inattendu. Quant à la pochette, si on y voit encore une fois une figure féminine, elle se révèle complètement différente des précédentes : on sent qu'elle évoque l'esprit humain. C'est d'ailleurs ce que nous ont confirmé Johann et
Heidi en interview il y a quelques mois, dans nos pages.
Exit donc les thématiques écologiques (dont ils avaient selon eux, fait le tour), place désormais aux questions sur la pensée, ses tourments, ses subtilités et ses syndromes !
La première chose qui nous interpelle après avoir écouté l'album, c'est sa très grande variété. Il y a énormément d'idées, énormément d'influences. On progresse de morceaux calmes et malsains à l'instar de The White Room à d'autres plus rentre-dedans (toutes proportions gardées) comme The
Silence of Dreams, en passant par des brûlots mélodiques à la Only Your Soul. Les boucles électroniques côtoient du riffing plus traditionnel, et le piano. Mais du coup, nous sommes rapidement perdus, submergés par toutes ces sonorités très différentes. On dirait qu'
Asylum Pyre veut trop en faire. Selon des proches du groupe, Johann est décrit avec humour comme un compositeur talentueux, qui a quinze idées à la minute, et qui a certainement déjà composé l'album suivant !
S'il est vrai qu'il est effectivement talentueux, l'album qu'il a composé avec son groupe est dans son ensemble assez difficile d'accès, en tout cas plus que les deux albums précédents malgré leur coloration progressive. Les douze compositions peuvent être trop variées pour être appréciées directement, ou même donner l'envie d'écouter à nouveau. L'auditeur devra donc persévérer pour découvrir les pépites cachées dans ce
Spirited Away.
Car oui, des pépites, il y en a, et elles se dévoilent au fur et à mesure des écoutes. At My Door peut s'imposer comme l'un des titres phare de l'album, en représentant parfaitement le son d'
Asylum Pyre mais ajoutant un aspect théâtral déjanté que ne renierait pas
Dir En Grey. L'excellent Soulburst se détache quant à lui du lot en créant une progression très efficace, notamment au niveau de l'interprétation vocale, et rappelle certaines compositions plus progressives dans le passé du groupe. Si le titre éponyme évoque un substitut d'
Amaranthe au premier abord,
Asylum Pyre a le mérite de ne pas plonger la tête la première dans la facilité commerciale, et d'offrir un titre frais et bien foutu. L'introduction à la Kraftwerk d'Instants in Time annonce un titre plus posé mais pas désagréable pour autant, au contraire, il donne comme une bouffée d'air frais après des titres plus sombres et intenses. Tout cela amène, après les quelques secondes bénéfiques de Remembering, à une conclusion tout en sensibilité sur un Fly à la
Steven Wilson.
On applaudira tout au long de l'album des soli inventifs et particulièrement bien torchés (désolé, il est tard, j'ai pas trouvé d'autre qualificatif). Les Parisiens se payent même le luxe d'aligner solos de guitare puis de basse/batterie sur The
Silence of Dreams. Tant qu'à parler de la technique, impossible de ne pas évoquer les prouesses vocales de Chaos
Heidi, qui connaît bien son boulot (c'est le cas de le dire) et impressionne aussi bien dans les passages extrêmes que lors de moments plus intimistes. Certains esprits facétieux en profitent d'ailleurs pour taquiner la vocaliste sur l'aspect démonstratif ''regarde qu'est-ce que j'sais faire'' de la chanson Only Your Soul. Côté production il n'y a pas grand chose à redire, le résultat est très carré, il privilégie l'impact, mais sans être trop synthétique comme on aurait pu le craindre avec un disque incluant beaucoup d'électronique.
Après deux albums assez proches dans les thématiques et le style artistique,
Asylum Pyre a tenté un gros pari sur ce troisième opus. En prenant en compte un concept original, cette évolution est osée, et la prise de risque remarquable. Il est d'ailleurs assez rare d'entendre ce genre de son en France, mais aussi sur leur label
Massacre Records. Cela ne s'est bien sûr pas fait sans écueil, et le groupe a encore une marge de progression ; en revanche,
Spirited Away démontre une maturité bien présente à travers des choix artistiques forts et cohérents. C'est ce qu'il faudra affirmer pour le futur, sans jamais cesser de se remettre en question. Je suis confiant quant à leur avenir.
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