Il y a beaucoup de groupes de
Metal que l’on nomme parfois avec mépris « à chanteuse ». Cela existe dans de nombreux sous-genres (là encore pas de mépris, juste de la précision) comme le
Gothic Metal, le
Metal Symphonique, le
Pagan, le Néo
Metal, et plus rarement le Black
Metal, le
Doom Metal, etc. Il y a des chanteuses qui excellent dans le chant guttural ou Black, comme Angela Gossow, ex-
Arch Enemy (dont se rapproche la voix de la chanteuse de
Cadaveria), il y a aussi celles qui excellent dans un chant de soprano classique, mais rarement les deux à la fois et puis.... il y a la singulière Raffaella ivarolo, alias
Cadaveria (le nom du groupe-un quintet-mais aussi du nom de scène de cette ame).
Cadaveria est, rappelons-le, un groupe italien formé en 2001, après la participation de la chanteuse dans le groupe
Opera IX (entre 1992 et 2001).
Et là je ne sais pas pourquoi, album après album («
Silence » est le cinquième), même s’ils ne sont pas exempts de défauts -notamment un abus régulier de plans « néo-metal »- j’ai toujours une tendresse et une admiration pour cette chanteuse et son concept d’«
Horror Metal » empruntant tour à tour des éléments au Black
Metal, au Gothique Métal, au heavy
Metal, voire au
Power Metal, et j’en passe. Elle passe du chant clair et doux au chant guttural, hargneux, avec une facilité déconcertante et j’y trouve même désormais un peu plus de fluidité, voire de naturel. Entourée d’un solide groupe, à la section rythmique sans failles, elle peut laisser libre court à son imagination florissante, une
fois encore. Les thèmes ? Globalement toujours les mêmes chez
Cadaveria, autour de l’amour & la mort, l’introspection permanente, le bien, le mal, les sentiments humains, la tristesse, la douleur, et le doute en tête. Ne vous fiez donc pas à cette pochette faussement sobre, un rien cynique...elle ne vous prépare pas à ce qui va suivre, à savoir un mélange de sensualité et de violence, de mélancolie et de hargne.
Moi qui avais adoré l’hymne à la fois classicisant et délirant «
Spell » sur le premier album « The Shadows Madame » (2002), la puissance incisive des guitares et le sens dramatique d’« Irreverent
Elegy » sur l’album «
Far Away from Conformity » (2004), ou encore le très maîtrisé « Before the Apes Came » sur l’album suivant «
In Your Blood » (2007), sans parler du contrasté « Flowers in
Fire » (avec un côté
Madder Mortem) sur l’album «
Horror Metal », j'ai retrouvé à la fois les qualités de ces titres et peut être bien une synthèse de ceux-ci sur cet album.
Ce nouvel album, «
Silence », démarre très fort avec « Velo (The Other Side of
Hate) », un titre pur et dur mais aussi d’une grande maturité, dévoilant subtilement plusieurs facettes du chant et de la musique de
Cadaveria, alternant vitesse et mid-tempo, effets dramatiques (sur le refrain, aidé de synthés subtils, ou encore sur le break final), bref, c’est somptueux et à mon sens un des meilleurs titres enregistrés par le groupe à ce jour.
Si le titre suivant, «
Carnival of Doom », est un peu moins spectaculaire (avec un côté curieusement Stoner dans les couplets),
Cadaveria se paie ensuite le luxe avec «
Free Spirit » d’un titre qui sonne comme un hit, mais aussi le risque de sonner presque exactement comme
Madder Mortem sur certains titres, là encore. Sur l’excellent « Death
Again », les paroles en anglais sont parfois interrompues par une phrase en italien (c’est aussi une partie du charme du groupe, cette pointe d’accent qui se devine ici ou là dans la prononciation de l’anglais), et il y a une belle progression mélodique, le tout en alternance presque à part égale entre chant clair et chant guttural.
Sans détailler ici tous les titres, signalons "Almost Ghostly », un peu dans l’optique du précédent titre cité, sauf qu’il contient quelques accélérations meurtrières du plus bel effet, l'excellent et contrasté "The Soul that doesn"t sleep", puis encore le véritable tube caché qu’est « Loneliness » (et son mid-tempo au chant clair, gothique à souhait-superbe !) ou le magistral final « Strangled
Idols », ou une sorte de New Wave rejoint le gothique (oui j'ai pensé un peu plusieurs fois, à la noirceur sensuelle d'une Siouxsie Sioux), puis tout cela se mêle pour devenir…du pur
Cadaveria.
Un album décidément bien construit, avec une chanteuse et un groupe au top de leur forme, pour un disque par ailleurs impeccablement produit à mon sens. Dans cet album, c'est davantage la synthèse (entre puissance, mélodie, hymnes et complaintes) que la dispersion (c'est pour cela aussi que c'est mon préféré des 5 albums du groupe), même si le groupe brasse encore plusieurs styles. Il y a une maîtrise, une variété qui peut plaire à la fois à des amateurs de
Metal gothique ou de Heavy
Metal, avec juste suffisamment de plans plus proches du black, du
Doom voire du Death (ce toutes proportions gardées, évidemment) pour plaire à d'autres. Mais je ne vois pas d'équivalent à citer tellement
Cadaveria a une personnalité unique (la voix et la personnalité de la chanteuse y étant pour beaucoup), au style que l'on pourrait peut être finalement qualifier de Heavy Gothique
Metal. Un excellent cinquième opus, et qui mérite cette note (même si j’ai d’abord pensé y mettre un 15 ou un 16/20), rien que pour le premier titre !
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