En ce mois de mai 2014,
Sabled Sun a fait d'une pierre quatre coups. Annoncé depuis quelques semaines, le digipak contenant les trois premiers opus de la série
Signals Vient de sortir (et est déjà en rupture de stock sur la page du label) pour tous les fans de drone lourd et d'ambient spatial qui chérissent leurs galettes. Par la même occasion, Simon Heath, qui se cache derrière
Sabled Sun,
Atrium Carceri et son label Cryo Chamber, rend disponible depuis le 13 mai le quatrième épisode de la saga Signals, et sous pas mal d'aspects, ça sent le changement. Pour le mieux.
Quand
Signals I, II et III ont utilisé au moins deux variations plus ou moins proches de leurs thèmes respectifs,
Signals IV va rester fidèle à sa base sonore tout au long de ses presque 59 minutes. Un drone monolithique s'approprie l'espace et le temps ; combinant à la fois un aspect mécanique par ses résonances métalliques et organique par un bourdonnement incessant, les sons évoquent un lieu sacré à l'immensité pesante, tel un temple titanesque ayant appartenu à une civilisation déchue. La construction de pierre se transforme peu à peu en ruine suite aux assauts du temps et à la reconquête du minéral par le végétal. C'est oppressant, c'est pesant, c'est hypnotisant, et c'est définitivement ce qui fait de
Signals IV l'épisode le plus sombre de la série.
Au fur et à mesure du morceau, un souffle froid apparaît périodiquement, nous faisant prendre de la hauteur sur la situation. La solitude et la désolation imprégnant ce monde post-apocalyptique se révèlent lorsque notre champ de vision s'élargit, ne restent qu'un vent glacial pour remplir les ruines et le silence qui les habite, des sons distants de sirènes qui semblent être une réminiscence du chaos qui a précédé l'implosion de la société que nous connaissions, des sons métalliques rappelant ceux des gongs, annonciateurs d'un futur sombre... Mais plus discrète, on discerne une trame sonore de faible volume qui est centrale au concept des Signals : des parasites qui interfèrent avec le paysage sonore décrit plus haut.
En effet, l'infortuné condamné à errer seul sur une Terre dévastée, celui-là même que l'on suit dans les albums
2145 et
2146, cherche en parallèle du projet principal une trace de vie au travers des signaux radio perdus dans l'air. Cependant, les Signals ont tendance à devenir plus sombre, en particulier dans cet épisode, comme si notre protagoniste perdait un peu plus espoir de trouver des semblables. Un fatalisme évident transpire de
Signals IV, alimenté par la lourdeur du drone et la répétition des mêmes parasites muets tout au long de la composition.
Une seconde interférence plus apparente se manifeste aux environs de la 27ème minute, apparaissant et disparaissant aléatoirement jusqu'aux derniers balbutiements de la piste, tandis que les sonorités métalliques et le vent sournois se font plus prépondérants à tour de rôle, accentuant le malaise dans un paysage globalement sombre et impressionnant de par son pouvoir de suggestion. Un des éléments marquants se situe à la dernière minute, lorsque le souffle disparaît complètement, laissant place nette au drone initial et aux dernières ondes captées. Cet effet de style me fait imaginer un travelling arrière de caméra, partant d'un gros plan sur le protagoniste solitaire et reculant progressivement, le laissant seul et immobile au milieu d'une gigantesque rue entourée de gratte-ciels et remplie de cendres qui voltigent, avant de s'effacer entièrement. La disparition du bruit du vent nous retire de la situation que nous partagions avec cet homme, accentuant la solitude et les ténèbres dans lesquelles
Sabled Sun a placé son personnage. Simon Heath n'a pas menti en décrivant Cryo Chamber comme un label focalisé sur du dark ambient de haute voltige avec un aspect cinématographique.
Les trois premiers travaux de
Sabled Sun dans les royaumes du drone et du space ambient étaient déjà bons à très bons, mais il a réussi à taper encore plus fort avec un
Signals IV qui semble ouvrir une nouvelle ère concernant l'avenir de son projet. Massif, impressionnant et fascinant pourraient faire partie des mots utilisés pour décrire cet album, mais au final, je vous conseillerai juste vivement de vous jeter dessus, surtout pour 5 $.
2147 a déjà été annoncé, et si la qualité de l'histoire principale évolue comme celle des Signals, autant dire que vous pouvez déjà commencer à vous impatienter.
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