Message a été entendu par le combo finlandais, celui d'espérer le voir revenir dans la course doté d'un album full length ! A cet effet, le duo d'hier, cofondé en 2020 à Lappeenranta par la productrice, auteure, compositrice et interprète Amanda Aalto et par le guitariste, bassiste et claviériste Jani Myllymäki, s'est mué en un quartet, où se conjuguent désormais les talents de : Pilvi Tahkola, en remplacement d' Amanda Aalto, en qualité de frontwoman ; Niko Valjus, aux guitares ; Petteri Rotman, succédant à Marko Järvinen, à la basse ; sans oublier Jani Myllymäki, dorénavant investi à la batterie. De cette fraîche collaboration naîtra leur premier opus de longue durée, «
Sand of Time », signé chez le puissant label français M & O Music. Sorties quelque trois années suite à leur introductif EP, «
My Burned Paradise », les 10 pistes de ce nouvel arrivage, dont le single «
From the Night », réalisé quelques semaines plus tôt, permettront-elles à nos quatre gladiateurs de lutter efficacement face aux si nombreux opposants que compte l'espace metal symphonique à chant féminin ?
Conformément à ses aspirations premières, la troupe nous immerge au cœur d'un environnement metal mélodico-symphonique aux relents heavy, inspiré par
Delain,
Theatre Of Tragedy,
Xandria et
Blackbriar. A la lecture d'un set de partitions volontiers enjouées et rayonnantes, un brin orientalisantes, s'observent à nouveau un réel potentiel technique, au demeurant judicieusement exploité, doublé de sentes mélodiques assez souvent bien inspirées. A l'instar de son devancier, le présent mouvement repose sur une production d'ensemble de bonne facture ; témoignant d'une qualité d'enregistrement difficile à prendre en défaut, de finitions passées au crible et d'un mixage bien ajusté entre lignes de chant et instrumentation, le confort auditif dispensé ne saurait être démenti tout au long des 40 optimales minutes de la rondelle. Mais montons plutôt à bord du navire, levons l'ancre sans plus attendre, et embarquons pour une croisière en eaux profondes, que l'on espère ponctuée d'îlots d'enchantement...
A la lecture du méfait, certains des passages les plus endiablés permettront à nos compères de marquer leurs premiers points. A commencer par « Golden City », up tempo heavy symphonique aux relents orientalisants, à mi-chemin entre
Delain et
Blackbriar ; n'ayant de cesse de nous asséner de furieux coups d'olives tout en sauvegardant une ligne mélodique éminemment enveloppante, sur laquelle se greffent les cristallines oscillations de la déesse qui, ici, ne sont pas sans rappeler celles de
Zora Cock (
Blackbriar), le tempétueux manifeste poussera assurément le chaland à un headbang bien senti et quasi ininterrompu. Dans ce sillage, ne relâchant son étreinte percussive qu'en de rares instants tout en disséminant de truculents clapotis pianistiques et en égrainant de souriantes séries de notes, le bouillonnant «
Dead Men's Tale » ne saurait se voir davantage esquivé.
Quand la cadence du convoi instrumental se fait un tantinet plus mesurée, le collectif aurait là davantage de clés pour nous retenir plus que de raison. Ce qu'illustre, d'une part, «
From the Night », ''delainien'' mid/up tempo aux riffs acérés adossés à une frondeuse rythmique. Laissant entrevoir un break opportun que balaiera prestement une bondissante reprise sur la crête d'un refrain catchy mis en exergue par les angéliques inflexions de la sirène, le ''tubesque'' effort ne se quittera qu'à regret. Dans cette veine, on pourra non moins se voir happé par l'infiltrant cheminement d'harmoniques que nous invite à suivre le ''blackbrien'' « Secret Place ». Dans cette dynamique, et dans le sillage de
Theatre Of Tragedy, se place «
Sand of Time », intrigant et néanmoins avenant effort aux riffs crochetés. Pourvu d'enchaînements intra piste des plus sécurisants et d'un fringant solo de guitare, et en dépit de répétitifs arpèges d'accords, la sauce prend, in fine.
Moins éruptifs encore, d'autres espaces d'expression sauront à leur tour happer le tympan du chaland. Ce qu'atteste « Sky
Bride » engageant low/mid tempo aux riffs émoussés, au carrefour entre
Theatre Of Tragedy et
Blackbriar. Octroyant un refrain immersif à souhait encensé par les limpides modulations de la princesse tout en se calant sur une onde mélodique d'une redoutable efficacité, le sensuel élan incitera peu ou prou à y revenir, histoire de plonger à nouveau dans cette ronde de saveurs exquises. Dans cette énergie, l'intrigant «
Fearless » interpellera tant par la théâtralité du message musical délivré que par ses insoupçonnées variations atmosphériques. Et ce n'est pas l'entêtant refrain dispensé qui nous déboutera de l'enivrante plage, loin s'en faut.
Est-ce à dire qu'un sans faute serait au bout du chemin ?
Pas tout à fait. Aussi, deux des pistes les plus magmatiques ne pourront-elles tirer leur épingle du jeu. Ainsi, d'une complexe et inaltérable technicité et empreint de bien peu d'oscillations mélodiques, l'impulsif «
Shadow Engine » peinera à nous prendre dans ses filets.
Plus théâtral mais guère plus loquace, et en dépit de la qualité de son orchestration et d'un refrain, au demeurant, agréable à défaut d'être inoubliable, le tonique « Scarecrow » ne saurait davantage prétendre à une inconditionnelle adhésion. Enfin, parmi les bémols de la rondelle se glisse encore « Stars », ''xandrien'' mid/up tempo syncopé aux riffs roulants et au léger tapping ; dévoilant des arrangements instrumentaux de bon aloi ainsi qu'un sillon mélodique, certes, agréable mais déjà couru et en proie à de tenaces linéarités, on comprend que cet effort se placera en-deçà de ses alter egos.
En définitive, si le constat plaide en la faveur du combo nord-européen, il ne va pas sans quelques réserves. Ce premier élan de longue durée témoigne, il est vrai, d'une ingénierie du son coulée dans le bronze, d'arrangements instrumentaux finement esquissés, d'une technicité instrumentale et vocale parfaitement maîtrisée et de mélodies plutôt invitantes. S'il consent à varier ses ambiances comme ses phases rythmiques, le collectif ne diversifie que peu ses exercices de style, ballades, fresques et autres instrumentaux demeurant, une fois encore, aux abonnés absents. Un set de compositions concédant l'une ou l'autre baisse de régime, une originalité architecturale et/ou stylistique tardant à imprégner son projet empêchent, pour l'heure, nos acolytes de se muer en d'anxiogènes épouvantails de cet environnement musical. Cela étant, à condition de faire fi de toute zone de remplissage, le quartet finlandais aurait une belle carte à jouer pour espérer rejoindre les sérieux espoirs de ce registre metal. Bref, un propos aussi intrigant qu'avenant, où de mornes plaines tutoient de souriantes vallées...
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