Parfois, il faut savoir s'armer de patience : l'adage semble être fait tout entier pour les français de
Ritualization. A une époque où la démocratisation des moyens de conception voire de financement (le crowdfunding par exemple) semble faciliter, peut-être plus que jamais la naissance de groupes et disques auto-produits (mais de manière satisfaisante, pas lo-fi), le quatuor a patienté plus de dix ans avant de pouvoir sortir un premier full-length, intitulé «
Sacraments to the Sons of the Abyss ». Formé en 2005,
Ritualization a baroudé dans le death metal underground français pendant une décennie, pointant sa tête lors de concerts de-ci de-là (de Colmar à Berlin, on notera la gradation sur l'échelle du rêve) sans oublier pour autant de graver leurs sons sur supports disques, avec régularité : une toute première démo de quatre titres en 2007 «
The Abduction Mass », un split album avec le stylé groupe de death/black metal français lui aussi
Temple of
Baal, un EP en 2013. Jusqu'à aujourd'hui leur premier album pour eux tous seuls donc, édité chez les Allemands de Iron Bonhead, que les fidèles lecteurs de
Spirit of
Metal ne découvrent certainement pas.
Tel qu'il a été porté à notre connaissance lors des précédentes efforts, courts ou plus longs, enregistrés par le groupe, le death metal de
Ritualization n'apportera pas d'innovation au genre, ni vous éblouira par une complexité éblouissante qui vous laissera bouche bée. Les français font du death old school, et ils le font avec une rigueur dans l’exécution et la composition qui ne prête pas à rougir. Ne cherchant pas plus loin que leur efficace bout de nez,
Ritualization sait manier les introductions sans préliminaires où le blast surgit comme un lion qui vous dévore (« The
Graveyard Coven ») ou les riffs excités aux harmonies qui font penser à du
Depravity ou en tous cas tout à fait dans l'
ADN initial du genre (« Genesis to Your
Curse »). Ils savent également calmer un peu le rythme avec des passages mid-tempo, à l'image du morceau «
Herald of
Betrayal » imposant de lourdeur. Il faut bien préciser que malgré sa qualité relative (c'est parfois un peu brouillon) la production donne une vraie puissance sourde au disque et restitue une certaine violence qui en réalité durcit (si je puis dire) le death old school de
Ritualization et le fait bouger vers le brutal.
Au rayon des genres, il n'y a pas que le brutal qui squatte la galette. Revendiqué comme influence par les membres du groupe et constatable par les amitiés du quatuor (on a cité
Temple of
Baal), le black metal plane aussi, à sa manière, sur plusieurs moments du disque. Le phrasé musical de la guitare rythmique sur « Heretics » mais surtout son atmosphère globale donne la touche angoissante, terrifiante, pesante et putride qui caractérise l'esprit du black, et que
Ritualization n'hésite pas à convoquer. Ce ne sera pas une surprise non plus à quinconque aura prêté un peu d'attention à la pochette de l'album...Il n'est pas inutile non plus de parler du côté visuel de «
Sacraments to the Sons of the Abyss », tant, au-delà du simple sentiment d'inquiétude que les musiciens tentent de nous véhiculer, on sent poindre une influence cinématographique. L'intro («
Conjuration of the Howling
Depths ») et l'outro du disque sont des pistes instrumentales, encore une fois angoissantes, semblant avoir été enregistrées dans des caves, rappelant, pour «
Ashes Pouring from the
Chalice », une soundtrack de film d'horreur des années 80- début 90 avec des synthés imitant des cordes...
Comme les
Angelcorpse ou les excellents
Incantation,
Ritualization maîtrisent leur sujet, le death metal. Mais aussi comme beaucoup, beaucoup, beaucoup de disques passés et actuels, le manque de personnalité propre voire même d'un riffing vraiment décisif et marquant pourra atténuer la sympathie qu'on a pour «
Sacraments to the Sons of the Abyss », ou la garantir, selon votre niveau d'exigence. A titre personnel, j'aimerais les voir évoluer dans un registre certainement plus à la croisée des genres, persuadés qu'ils sauraient manier à merveille le death et le black de manière plus prononcée, et que cela pourrait peut-être leur ouvrir des portes créatives,, pour leur prochain album. Mais c'est pas moi qui décide, et ça se trouve personne me demande mon avis, si ?
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