Désireuse de se réaliser à l'image d'un projet en solo qu'elle caressait depuis quelques temps déjà, l'artiste canadienne Lindsay
Schoolcraft (
Cradle Of Filth,
Daedalean Complex, ex-Mary
And The Black) nous invite à découvrir l'intimité de son univers artistique à l'aune de son premier mini album. Les sept plages de «
Rushing through the Sky » nous embarquent tout de go pour un voyage de vingt-huit minutes aux confins d'un metal symphonique empreint d'une touche atmosphérique gothique. A l'heure où les pointures du genre, à l'instar de
Within Temptation,
Xandria,
Epica et autres
Stream Of Passion ou
Delain, inondent de leurs notes un public de plus en plus acquis à leur cause, et où ses consoeurs, telle
Leah, nous font vibrer par la magie de leurs octaves, la jeune diva n'a pas hésité à retrousser ses manches pour tenter de nous ensorceler à son tour.
Dans ce dessein, elle a fait appel aux talents graphiques de Gogo Melone pour l'artwork de la pochette. Celui-ci, par un effet de superposition soigné, a mis en relief une image iconique, sobre, nette et centrée de la chanteuse. Et ce, dans une ambiance brumeuse de matin d'automne au second plan, privilégiant ainsi le noir et blanc, d'où contraste le bleu du ruban verticalement posé sur le corps de la sirène. Cette représentation picturale annonce déjà la couleur générale de l'album. Nous décelons, en effet, une atmosphère éthérée, suave par moments, mélodiquement romantique, aux nuances de tonalités très sensibles.
Plus précisément, on est à la croisée des chemins entre les univers instrumentaux et vocaux d'
Evanescence,
We Are The Fallen,
Leah et
Angelzoom. C'est dire que rien ne semble pouvoir perturber ce sécurisant, parce qu'enveloppant, environnement musical.
L'accent a été mis sur la qualité de la production d'ensemble et du mixage, que l'on doit à la patte experte de Sean
Gregory (The Recording House,
Toronto). Quant aux arrangements et à l'instrumentation samplée, ils ont été laissés aux soins du minutieux
Daedalus. Pour cet album, la talentueuse violoncelliste Kitty
Thompson a aussi été largement sollicitée. Quant à la fondatrice du projet, elle est l'auteure des paroles de toutes les chansons et compositrice de nombreux passages instrumentaux et lignes mélodiques. A ses qualités de mezzo-soprano, qu'elle a su ici tempérer, s'ajoutent de réelles aptitudes techniques et artistiques au piano et à la harpe électrique. Forte de ses expériences passées, elle a rapidement peaufiné ses gammes et savamment orchestré ce travail d'équipe.
La plupart des titres sont délicieusement introduits au son d'arpèges parfaitement exécutés au piano que nous livre la maîtresse de ces lieux. C'est ainsi qu'elle nous ouvre les portes de son royaume musical si singulier avec « Into the
Night », entame à la rythmique d'une souplesse féline. Dans une ambiance atmosphérique gothique, un serpent synthétique déambule allègrement au sein d'un parterre orchestral aussi riche qu'énigmatique. Aussi, aux arrangements,
Daedalus use de son habileté à capter nos émotions. Ainsi, d'une part, les colorations mélodiques des couplets sont invitantes, de l'autre, les refrains ne ratent pas leur cible. Pour les mettre en valeur, les paroles finement écrites sont restituées avec élégance et sous l'égide d'un brin de voix proche de celui d'Amy Lee (
Evanescence). Un break vient alors à point nommé avant une reprise en voix pleine dispensée par la déesse, celle-ci venant se conjuguer à une rythmique pop céleste. Dans cette mouvance, on aura perçu l'aérien et entraînant « You Forever », à l'ambiance tamisée, où s'harmonisent un piano aux gammes subtilement diluées, des perles de pluie déversées par une harpe insoupçonnée et un violoncelle virevoltant et fringant. Dans l'esprit de
We Are The Fallen, les couplets témoignent de jolies nuances, rapidement enchaînées par des refrains feutrés et enveloppants à souhait. Difficile alors de ne pas se sentir concerné par tant de lumière harmonique délivrée sur cette piste.
Non contente de rester rivée à cet exercice de style devenu classique, la belle a tenu à nous montrer une autre facette de la personnalité conférée à son projet. Ainsi, un minutieux travail aux arrangements a permis à «
Masquerade » de nous transporter dans un monde onirique peuplé d'êtres fantasmagoriques réunis dans un climat festif, dans la lignée atmosphérique de l'album «
Circus Black » d'
Amberian Dawn. Aussi, une rythmique en mid tempo nous place en spectateurs à la lumière de souriants refrains et de frasques inhérentes aux couplets. Cette fois, les séries de notes au piano courent le long de lignes mélodiques incitatives à l'amusement. Le rythme devient ensuite syncopé et les accords déployés témoignent de combinaisons de notes originales. C'est au son délicat d'un piano apaisé que s'achève la fête au pays des chimères.
Dans une logique de proposition différente, l'artiste a prévu une touche progressive à son œuvre, et ce, selon deux options. Ainsi, «
December Rain » est octroyé aussi bien en version chantée qu'instrumentale. La première mouture rappelle l'univers de
Leah, notamment au niveau des inflexions vocales, aériennes et un poil éthérées. Quant à l'instrumentation, on retrouve un luxuriant piano à l'entrée, une douce et progressive rythmique que vient taquiner le violoncelle enjoué de Kitty
Thompson. En outre, des changements de tonalité s'observent et les jeux de nuances des couplets ont pour corollaire de solaires refrains. Habité par la même âme orchestrale, la seconde option offre une belle mise en relief de ce bain instrumental aux doux remous. De son côté, la partie vocale se réduit à des choeurs en background. Ce qui confère toute la majesté à l'ensemble, par une profondeur de champ acoustique confondante, et permet de rendre compte à la fois de la complexité et de l'inspiration des arrangements.
Les moments privilégiés aptes à provoquer une pure intensité émotionnelle n'ont pas manqué à l'appel. Difficile de rester de marbre face à la ballade « Your Mind » somptueusement initialisée par des gammes hypnotiques au piano. Si les couplets s'avèrent fondants, les refrains atmosphériques ne pourront être esquivés. Dans cet exercice, les impulsions vocales de l'interprète sont finement modulées, nuancées et, parfois, quelques douces envolées s'échappent de ses lèvres, à la façon de
Leah. Ici, des nappes synthétiques en arrière-fond subsistent tout le long, au moment où un romantique violoncelle s'invite au bal autant que quelques larmes de joie coulant du front de la harpe tenue par la princesse. C'est dire qu'on ne résiste pas longtemps à l'envie de réécouter cette plage aux mots bleus. Dans la même veine, à la manière d'
Angelzoom, «
Darkness Falls » nous octroie des couplets ouatés et des refrains patinés, le long d'accords à la palette étoffée. On n'aura pas manqué les gouttes de pluie émanant des cordes d'une harpe céleste venues se calfeutrer au creux d'ondoyantes notes échappées d'un violoncelle au top de sa forme. L'ensemble évolue tout en finesse, mais sans extase particulière.
On ressort de l'écoute de l'opus séduit par la virtuosité de la compositrice autant que par ses chatoyants médiums, nous cueillant bien souvent, sans même avoir à faire l'effort de nous retenir. Tout en sobriété, elle nous convie à une ambiance sulfureuse sans être vaporeuse, au sein d'une œuvre enivrante d'une belle épaisseur artistique. C'est sans emphase qu'elle parvient à l'éveil de nos sens, au son immersif de ses gammes aseptisées et sous l'effet conjugué de ses comparses. Par ailleurs, tant les finitions que la qualité des enchaînements sont au rendez-vous de nos attentes.
On aurait aimé cependant quelques envolées lyriques supplémentaires ainsi qu'une dynamique rythmique un poil plus ardente. Par ailleurs, aucun titre ne dépassant cinq minutes, on aurait pu concevoir une fresque, comme on l'observe souvent chez des formations du même registre. Peut-être aussi un duo ou la présence de choeurs auraient enrichi un peu plus le corps vocal, au demeurant de bonne facture. On aurait pu aussi requérir les services d'un guitariste soliste en complément de cet espace orchestral déjà bien customisé. Mais, en l'état, pour une première esquisse, cette roborative petite galette est parfaitement apte à éveiller en nous d'authentiques plaisirs.
On conseillera cet opus aux amateurs de metal symphonique à chant féminin dans sa fibre la plus atmosphérique qui soit. Selon votre humble serviteur, les aficionados de metal gothique, mélodique ou d'ambient pourront aussi y trouver matière à satisfaire leurs aspirations sans que rien ne vienne entraver leur plaisir. Dans l'ombre d'
Evanescence, dans le sillage de
We Are The Fallen, le projet s'en inspire certes, mais sans s'y réduire exclusivement, ne serait-ce que par certaines touches d'originalité qui en fondent son identité.
De la personnalité, Lindsay n'en manque pas. Elle le prouve ici de bien belle manière. Il s'agit là d'un premier jet, témoignant d'un travail approfondi en studio, mais qui ne saurait se suffire à lui-même. Souhaitant faire évoluer encore ses gammes et ses arpèges, l'impétrante compte bien ne pas se limiter à une éphémère production. Comptons sur cette prolifique créatrice pour nous concocter prochainement un album full length dont elle seule a le secret !...
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