Comme souvent, tout démarre par une longue et lente montée en puissance atmosphérique. Le moins que l'on puisse dire est que les disques de Post Hardcore/Post
Metal se suivent et ont une certaine tendance à se ressembler. Les Suisses de
When Icarus Falls ont toutefois mis à profit les 3 années séparant ce disque de leur précédente réalisation pour affiner le style et y imprimer leur propre personnalité. Et le pari est réussi.
Donc, le démarrage sur une montée en puissance. Certes. Mais celle-ci se caractérise par le choix de faire appel à des mélodies arabisantes de bon aloi et à un choix assumé de retenir la violence (dont on sait qu'elle va forcément finir par éclater) pour se concentrer sur la partie atmosphérique de leur musique : on retrouve là une approche stylistique qui rappelle le morceau « Finland » de
Cult Of Luna, mais en beaucoup plus épuré... Et au final, « One Last Stand » s'achève sans l'explosion attendue. Car le morceau évolue pour basculer immédiatement dans un « Into The
Storm » réutilisant la même formule de la montée en puissance, mais débarrassé des mélodies arabisantes. Lesquelles sont remplacées par une lourdeur dans la rythmique donnant un aspect menaçant à la musique. C'est ici aussi que le chant murmuré est remplacé par les classiques cris déchirés en mode 'arrachage de gorge' plus caractéristiques du genre... Pour soudainement s'arrêter et embrayer sur le titre suivant.
Pour n'importe quel autre groupe moins aguerri, on crierait au scandale en notant que ce n'est pas des manières d'arrêter un morceau en plein milieu. C'est qu'en fait, le titre suivant « The Lighthouse » reprend les choses quasiment au point où « Into The
Storm » s'était arrêté, mais en ralentissant le tempo et en incorporant des passages jazzy dans la rythmique. Et le chroniqueur comprend enfin ce que veut faire le groupe : «
Resilience » n'est pas à prendre en compte comme une série de différents morceaux, mais il a été conçu comme un morceau unique dans lequel chaque chanson représente une pièce différente. On est plus proche de l'expérimentation Post Rock d'un groupe comme
Godspeed You ! Black
Emperor, dans le côté planant d'un
Nojia, que dans la violence poisseuse d'un
Neurosis. À ce niveau, le morceau-titre est une jolie démonstration de douceur dissonante qui rappelle aussi bien
Jesu que
Red Sparrowes.
La très grande force de «
Resilience » est de ne pas être une pâle copie de ses ainés, et d'avoir eu une sacrée paire de couilles de prendre des risques dans un genre difficile où pas mal de groupes choisissent la facilité. 41 minutes magnifiques, le genre de musique s'appréciant idéalement au casque lors d'un voyage en train en regardant défiler inlassablement le paysage. Une franche réussite, prouvant que la scène Post
Metal est encore capable de nous étonner.
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire