Depuis les dix dernières années, il est de plus en plus difficile de creuser son trou dans la vaste galaxie du metal progressif, tant les sorties d'albums sont nombreuses. En 2013 pourtant, un jeune combo norvégien, originaire de Trondheim, parvenait à se démarquer du lot, avec son premier full-length
Awakening. Il s'agissait d'un album de grande classe, avec des compositions ambitieuses mais qui faisaient mouche, et une interprétation sans faille. Il faut croire que les efforts ont payé, puisqu'ils ont été remarqués par le label danois Mighty Music, gage de sérieux.
Awakening était passé par la table de mastering de Jens Bogren, qui est reconduit pour ce nouvel opus, aux côtés cette fois de Christer-André Cederberg pour le mixage (qui a travaillé entre autres avec
Anathema).
Tous les voyants sont donc au vert pour
Vicinity pour espérer faire décoller leur carrière avec ce deuxième opus. Comme le premier, celui-ci comporte des titres en moyenne … très longs, allant jusqu'à dépasser les 20 minutes. Mais est-ce que l'alchimie fonctionne toujours ? Malheureusement, au bout de quelques titres, et après plusieurs écoutes, on se rend compte que l'exploit de 2013 n'est pas entièrement réitéré.
Ça partait pourtant très bien avec le premier titre, The Unwritten
Manifest, dévoilant sur presque neuf minutes des mélodies complexes mais très bien assemblées, sublimées par la voix toujours très mélodieuse d'Alexander. Mais c'est sur
Phoenix que les choses se gâtent : plusieurs fois dans les dix minutes, on se retrouve avec des riffs carrément mous et un chant grave qui manque vraiment de dynamique. Et l'écueil se répète plusieurs fois (
Extinction, Immaterial
Failure) avec des loooongs passages qui ne décollent jamais. Curieusement, The Long Goodbye et ses 22 minutes en est à peu près exempt. Déjà qu'un disque de prog n'est pas évident à apprivoiser, là ça complique encore plus les choses. Pour éviter ces moments de plat, on pourrait imaginer que
Vicinity aille chercher plus d'intensité, en rendant les riffs plus agressifs par exemple, ou en coupant totalement les guitares comme à la fin de The Long Goodbye.
Passées les quelques longueurs qui parsèment l'opus (alors que le précédent n'en comportait quasiment pas), on se retrouve tout de même avec des mélodies d'excellente qualité, et un son tout à fait correct, quoiqu'un peu lisse. Les soli de Kim-Marius sont toujours aussi bons, et il n'y a qu'à écouter les finals de The Unwritten
Manifest ou Mountainfall pour s'en convaincre.
Vicinity nous offre aussi de superbes intros, tout en crescendo, jusqu'à l'explosion mélodique, un régal. Encore un fois, Alexander donne beaucoup de personnalité à l'ensemble, avec son timbre de voix remarquable. Néanmoins, sa performance n'est pas aussi impressionnante que sur
Awakening, justement à cause de ces nombreux passages où ses lignes de chant manquent clairement de dynamisme et d'intensité. On regrette un peu
Mass Delusion et The Time for Change.
The Long Goodbye s'en sort finalement assez bien dans sa tâche difficile de final grandiose qui clôture l'opus. Les ambiances sont toujours très mélodiques, mais variées, évoquant
Pagan's Mind ou encore les jeunes années de
Symphony X, la démonstration technique en moins. Un grand moment, on ne s'ennuie pas un instant.
Le cap du second album s'est avéré après coup bien plus compliqué à passer que prévu pour les Norvégiens. Avec une situation de départ fortement favorable, il n'y a que la composition qui est en cause. Et pourtant, le groupe s'est donné plus de trois ans pour peaufiner ce second effort. On dirait que
Vicinity s'est un peu reposé sur ses lauriers, sans chercher à pousser beaucoup plus loin que ce qu'ils savaient faire déjà. Car il faut dire que musicalement, les deux opus sont très proches, d'où les nombreuses comparaisons, en la défaveur de ce dernier.
Néanmoins,
Vicinity conserve sa place parmi les groupes sérieux, prétendants à être les
Dream Theater et les
Symphony X de demain. La maturité est bien présente, et ce serait dommage de la gâcher. Gageons que ce
Recurrence ne soit qu'un mauvais pas, et qu'ils sachent nous étonner dans les prochaines années. Ils méritent une seconde chance !
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