Nouvelle figure du metal symphonique à chant féminin, et conscient des enjeux qu'implique un tel investissement, ce sextet allemand sorti de terre en 2018 n'a nullement cherché à essaimer coûte que coûte ses riffs. Il fera tout d'abord ses armes en se consacrant pour l'essentiel à des reprises dispensées sur la scène locale. Porté par un accueil favorable du public, le groupe concoctera ses propres morceaux, se forgeant dès lors une identité artistique en phase de stabilisation, optant pour un metal mélodico-symphonique aux accents gothique, heavy et power. Ce ne sera que deux ans plus tard, suite à la réalisation de quelques titres, que le groupe sollicitera Lars Rettkowitz d' Emperial Sound Studio pour la production de son tout premier et présent opus, «
Ravens Flight » ; une galette modeste de ses 30 minutes sur lesquelles ne s'égrainent guère plus de 6 pistes. Ce laconique argument serait-il à même de faire trembler leurs homologues, toujours plus nombreux à affluer, et de muer dores et déjà la formation teutonne parmi les sérieux espoirs de ce registre metal ?
Mais avant d'aller plus loin, quelques présentations s'imposent. Aux côtés de la chanteuse aux claires inflexions, Rebekka ''Bekka'' Schulze, évoluent les talents de : Rene ''Schulle'' Schulze aux guitares, Jens-Peter ''Willy'' Springer à la basse, Jürgen Übermuth aux claviers, Andreas ''Zicke'' Ziegler derrière les fûts, sans oublier le saisissant growler et guitariste Christian ''Litzer'' Litzba (
Monoblock), dernièrement intronisé. De cette étroite collaboration émane une œuvre à la fois volontiers pulsionnelle, solaire, pimpante et romantique, non sans rappeler
Nightwish,
Delain,
Dark Sarah,
Xandria,
Sirenia, ou encore
Tristania, dont les textes ont trait à la mythologie nordique, et notamment à Hel, déesse ayant inspiré le nom du groupe. Témoignant d'une ingénierie du son particulièrement soignée signée Alexander Lysjakow (SoundArt-Recording), la rondelle ne concède que de rares sonorités résiduelles tout en offrant une belle profondeur de champ acoustique. De quoi nous intimer d'aller explorer plus en profondeur la soute de l'embarcation...
C'est en partie cheveux au vent que s'effectue la traversée, la troupe parvenant alors, bien souvent, à nous rallier à sa cause. Ainsi, c'est d'un battement de cils que le refrain catchy exhalant des entrailles du ''nightwishien'' mid/up tempo «
Mistress of
Eternity » aspirera le tympan du chaland. Aussi, effeuille-t-on un tubesque effort power symphonique au léger tapping, dispensant un riffing en tirs en rafale, et glissant le long d'une radieuse rivière mélodique sur laquelle se greffent les limpides oscillations de la déesse. Eu égard à son infiltrant cheminement d'harmoniques, l'organique et ''delainien'' «
Ravens Flight », lui, se fait des plus entraînants. Recelant des couplets immersifs à souhait mis en exergue par les angéliques patines de la sirène, d'insoupçonnés et opportuns changements de tonalité, ainsi qu'un bref mais flamboyant solo de guitare et de délicats arpèges au piano, le méfait joue lui aussi dans la catégorie des hits en puissance. Enfin, au regard d'arrangements instrumentaux de fort bonne facture et d'arpèges des plus engageant, et dans une perspective heavy symphonique, «
Born Again » n'aura pas davantage tari d'armes efficaces pour asseoir sa défense.
Quand le convoi instrumental ralentit un tantinet sa cadence, nos compères trouvent à nouveau matière à nous retenir plus que de raison. Ce qu'atteste, tout d'abord, le mid tempo symphonique gothique «
Ghost of Yesterday », une énigmatique et prégnante offrande au carrefour entre
Xandria et
Tristania, encensée par un duo mixte en voix de contraste bien habité, les claires impulsions de la belle faisant écho aux serpes oratoires de son acolyte de growler. Dans une même dynamique, le félin et ''xandrien'' « Tears in the
Ocean » ne mettra qu'une poignée de secondes pour happer le pavillon. Pourvu d'enchaînements intra piste des plus sécurisants et d'un entêtant refrain mis en habits de lumière par les chatoyantes modulations de la princesse, le grisant effort ne lâchera pas sa proie d'un iota. On ne saurait davantage esquiver « Faded », un pimpant et ''delainien'' mid tempo aux riffs crochetés, dispensant d'enchanteurs arpèges d'accords et agrémenté de sensibles gammes au maître instrument à touches.
A la lumière d'un premier essai à la fois rayonnant, pétri d'élégance et à la production d'ensemble rutilante, le sextet allemand s'en sort avec les honneurs. D'aucuns auraient sans doute espéré un propos plus varié sur les plans atmosphérique et rythmique, ainsi qu'un panel plus étoffé en matière d'exercices de style, l'une ou l'autre ballade, fresque et/ou instrumental manquant cruellement à l'appel. De plus, il faudra encore à nos compères le temps de digérer suffisamment leurs sources d'influence pour permettre à leur projet de gagner en épaisseur artistique, et non moins consentir à une quelconque prise de risque pour espérer élargir le champ de leur auditorat. Toutefois, un réel potentiel technique se dessine dores et déjà, et ce, parallèlement à la féconde inspiration mélodique dont ce set de compositions s'en fait l'écho. Bref, un solaire et délicat premier mouvement, pas encore un foudre de guerre, qui pourrait néanmoins autoriser le combo à se hisser parmi les espoirs à ne pas écarter de ce si concurrentiel espace metal...
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire